Khmers rouges : un deuxième procès long, très long pour deux responsables de la dictature

La procédure pourrait durer jusqu'en 2016. Les survivants et les accusés risquent de ne jamais entendre le verdict du tribunal de Phnom Penh.

Le deuxième procès des dirigeants Khmers rouges s\'est ouvert à Phnom Penh (Cambodge), le 30 juillet 2014.
Le deuxième procès des dirigeants Khmers rouges s'est ouvert à Phnom Penh (Cambodge), le 30 juillet 2014. (NHET SOK HENG / ECCC / AFP)

Trente-cinq ans après les faits, la justice aura-t-elle le temps de passer ? Le deuxième procès des deux plus hauts responsables khmers rouges encore vivants, jugés pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, s'est ouvert mercredi 30 juillet devant le tribunal de Phnom Penh (Cambodge), parrainé par l'ONU.

L'idéologue du régime, Nuon Chea,  88 ans, et le chef de l'Etat du "Kampuchéa démocratique", Khieu Samphan, 83 ans, comparaissent depuis 2011 pour leurs responsabilités dans les atrocités commises entre 1975 et 1979 au nom d'une utopie marxiste qui a fait deux millions de morts sous le régime de Pol Pot, mort en 1998 avant d'avoir pu être jugé. Mais pour tenter d'obtenir au moins un verdict avant la mort d'accusés octogénaires qui nient toutes les charges retenues contre eux, la procédure, complexe, a été découpée.

L'un des deux accusés absent "pour raisons médicales"

Le premier "mini-procès", qui a duré deux ans, s'est concentré sur les crimes contre l'humanité qu'ont constitué les déplacements forcés de population, lorsque les villes ont été vidées de leurs habitants envoyés travailler dans des fermes collectivistes. Le verdict est attendu le 7 août. Ce deuxième procès, qui a débuté en l'absence de Nuon Chea, excusé pour raisons médicales, abordera les accusations de génocide, qui ne concernent que les Vietnamiens et la minorité ethnique des Chams musulmans. Le nouveau procès se penchera aussi sur divers crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

Si le champ du premier procès était "relativement limité", le deuxième va permettre de constituer un "dossier de preuves sur [le processus] de prise de décision qui a conduit aux vastes horreurs", affirme Anne Heindel, conseillère juridique du Centre de documentation du Cambodge.

Le procès examinera notamment les mariages forcés et les viols commis dans le cadre de cette politique destinée à encourager les naissances. Ce sera la première occasion d'obtenir justice pour des dizaines de milliers de couples, mariés souvent lors de cérémonies collectives. Les audiences aborderont également les crimes commis dans plusieurs prisons, en particulier celle de Phnom Penh, S-21 ou Tuol Sleng, où quelque 15 000 personnes ont été torturées avant d'être exécutées.

Un procès qui pourrait durer deux ans

Les survivants risquent malgré tout de ne jamais entendre de verdict. Selon le porte-parole du tribunal Lars Olsen, le procès pourrait durer jusqu'à 2016. Après l'audience de mercredi consacrée à des questions de procédure, l'examen des faits ne devrait pas commencer avant septembre.

A l'ouverture symbolique du procès en juin 2011, avant son découpage, quatre anciens responsables étaient dans le box des accusés. Mais la ministre des Affaires sociales du régime Ieng Thirith, considérée inapte à être jugée pour cause de démence, a été libérée en 2012. Son mari Ieng Sary, ancien ministre des Affaires étrangères, est décédé l'an dernier à 87 ans.

Le tribunal, critiqué pour ses lenteurs, n'a rendu jusqu'à présent qu'un seul verdict, contre Douch, de son vrai nom Kaing Guek Eav, chef de S-21, condamné en appel en 2012 à la prison à perpétuité.