"Amina", le magazine qui brosse les portraits des Africaines depuis 50 ans

Lancé par l'éditeur français Michel de Breteuil, le féminin est un incontournable de la presse panafricaine.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Le magazine panafricain Amina à travers les âges. Le féminin célèbre son cinquantenaire en 2022. 


 (AMINA)

Cinquante ans que la revue Amina se fait l'écho des succès et des combats des femmes du continent africain et de sa diaspora. Le féminin francophone a été conçu en 1972 par le Français Michel de Breteuil à Dakar, au Sénégal, où il vivait alors.

"Mon père a passé plus de temps sur le continent africain qu'en France. Quand le magazine est né, il était au Sénégal. La femme à laquelle il pensait était africaine", répond Nathalie de Breteuil, sa fille, qui assure aujourd'hui la rédaction en chef du féminin, quand on l'interroge sur cette géniale singularité d'Amina, qui s'est pendant longtemps autoproclamé "Le magazine de la femme". A savoir, passer sous silence les origines de cette femme à laquelle s'adressait la revue. Comme une évidence confirmée par les lectrices qui se sont toujours reconnues dans la parution. "Notre imprimeur a même oublié une fois de mettre le logo du magazine. Cela n’est arrivé qu’une seule fois. Ce qui est assez étonnant, c'est qu'avec ou sans logo, nos lectrices l’ont acheté exactement de la même façon. C’était à l’époque de mon père qui avait eu alors quelques frayeurs. Cependant, même sans le nom, on reconnaissait l’ADN du magazine", se souvient Nathalie de Breteuil. 

Accompagner "un mouvement qui existait"

En devenant éditeur, Michel de Breteuil s'inscrit dans une tradition familiale. Cependant, il s'intéresse davantage à la presse magazine et Amina sera l'un de "ses chouchous". Avec cette revue, il capte l'air du temps. "Dans les années 70, note Nathalie de Breteuil, il y avait eu beaucoup de grandes conférences internationales sur les femmes". Notamment celle de Mexico en 1975. "Il s’est rendu compte que les femmes ne pouvaient pas s’exprimer et il a accompagné un mouvement qui existait." Désormais, avec Amina, les Africaines auront une tribune. Pour assurer ce porte-parolat, Michel de Breteuil se tourne très vite vers la Guinéenne Assiatou Bah Diallo, épouse du journaliste et opposant guinéen Siradou Diallo, qui sera pendant plusieurs décennies la rédactrice en chef du féminin. La jeune femme, qui a fait des études de linguistique aux Etats-Unis, vient de démissionner d'un poste à l'ambassade du Nigeria suite à "une lettre de protestation" de son pays, raconte-t-elle au site d'informations en ligne Le Journal du Cameroun. Elle débarque ainsi le 3 novembre 1973 au 11, rue de Téhéran, dans le VIIIe arrondissement de Paris, le siège de la revue. Pour Nathalie de Breteuil, Assiatou Bah Diallo dont les éditos ont fait le succès de la revue, est "la maman du magazine".

Tiré aujourd'hui à environ 50 000 exemplaires, Amina a été un mensuel, un bi-mensuel, avant de devenir un bimestriel qui fait aussi l'objet d'une distribution digitale. Le Gabon, le Cameroun et la Côte d'Ivoire sont les plus importants marchés de la revue qui a eu, à ses débuts, des déclinaisons locales baptisées Awoura en Côte d'Ivoire, Akouavi au Bénin, Wife au Cameroun et Amina au Sénégal. Dans les années 70, confiait Assiatou Bah Diallo au Journal du Cameroun, le magazine comptait neuf versions dont les huit premières pages revenaient sur le paysage féminin national. Le magazine, qui n'a jamais eu de version anglophone, a bénéficié quelques temps d'une traduction portugaise. 

Toutes les femmes sont des stars !  

Depuis son premier numéro, un roman-photos réalisé au Kenya, Amina a "progressivement" évolué, mais sa ligne éditoriale "n'a pas bougé depuis cinquante ans",  souligne Nathalie de Breteuil : "Mettre à l’honneur des femmes inspirantes." "Au départ, poursuit-elle, celles qui étaient mises en avant avaient valeur d’exemple dans le sens , en couverture, nous avons eu beaucoup de premières femmes (qui ont été des précurseurs dans leur domaine d'activité). Aujourd’hui, les femmes ont investi tous les secteurs d’activité et on ne peut que s’en féliciter." Toutefois, "les pionnières, on en a encore aujourd’hui. Notre rôle est de les rendre visibles. La grosse difficulté des femmes, c’est d’être mises en lumière d’autant qu'elles se posent souvent la question de leur légitimité alors que les hommes ne le font pas du tout." Amina répond d'ailleurs, à sa manière, à cette quête avec son support papier plébiscité par celles auxquelles la revue s'intéresse parce qu'il "donne une certaine légitimité et qu'il se garde."

Formée en droit, en information et en communication, Nathalie de Breteuil a rejoint l'aventure "extraordinaire" de son père en 1992. Elle l'a accompagné dans la gestion du magazine jusqu'à sa disparition en 2018, à l'âge de 91 ans. Ce "bébé qu’il n'avait pas forcément envie de partager", celle qui en deviendra la directrice de publication mettra "un point d'honneur" à faire évoluer sa maquette, sa présentation et son contenu. Cela n’a pas été toujours évident de convaincre Michel de Breteuil : heureusement, "on pouvait s’opposer aussi", confie-t-elle"Quand je suis arrivéeje lui ai dit qu’il fallait réorganiser, aérer."

Réseau social féminin avant l'heure

Amina a souvent essuyé la critique d'être un peu fourre-tout. "A l’origine, argue Nathalie de Breteuil, le but était de donner de l’information. Pour mon père, l’intérêt était de mettre les femmes en contact entre elles. La forme importait peu, c’était le fond (...) Maintenant, c’est devenu compliqué, mais à l’époque mon père y tenait. Il voulait que l’on mette les coordonnées des personnes que l'on retrouvait dans le journal afin que d’autres puissent entrer en contact avec elles, créer un réseau et que ses femmes puissent d’une certaine façon s’entraider. On n’hésitait pas alors à mettre les numéros de téléphone." Cet espoir de mise en relation motivait l'achat. Par ailleurs, "le magazine, m’a confié Assiatou Bah Diallo, était comparable à une amie, une confidente vers qui les femmes se tournaient", affirme Nathalie de Breteuil. Aucun féminin panafricain ne peut en effet se targuer d'avoir la proximité d'Amina avec les femmes. Peut-être aussi parce le magazine permet à toutes d'être un jour en couverture d'une revue qui se veut "toujours à l’écoute des femmes" et, ajoute Nathalie de Breteuil, "on essaie d’aller dans leur sens". C'est la philosophie qui sous-tend les futurs développements du magazine. Notamment la refonte de son site où devrait se perpétuer la dynamique du réseau social qu'Amina a toujours été. 

La revue a raconté des générations d'Africaines et de leurs sœurs de la diaspora. "Nous avons une histoire, note Nathalie de Breteuil, mais au-delà de nous, c’est l’histoire des femmes du continent." "Pour moi, ce n’est pas un héritage parce que ce magazine appartient à tout le monde, avant tout à une équipe, un peu comme une coopérative" à laquelle de nombreuses plumes ont contribué, aguerries ou non. "Ça s'est plus professionnalisé qu’autrefois", note aujourd'hui Nathalie de Breteuil à propos du réseau de journalistes qui participent à la fabrication du magazine.

Que souhaiter à "Amina Mag, le magazine de la femme africaine et antillaise" pour qu'il reste encore et toujours à la page ? De pouvoir "se réinventer pour continuer à toucher nos lectrices et lecteurs et continuer à mettre en avant les femmes avec beaucoup de bienveillance", répond Nathalie de Breteuil qui a également un message pour son lectorat : "Continuez à nous acheter !" 

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