Dan Gertler, le milliardaire israélien sanctionné pour "corruption", poursuit ses affaires en RDC

Une enquête révèle comment le magnat controversé a exploité les failles du système congolais pour se soustraire aux sanctions américaines.

L\'enquête de Global Witness et PLAAF révèle que le magnat controversé du secteur minier Dan Gertler continue de mener des affaires suspectes en RDC.
L'enquête de Global Witness et PLAAF révèle que le magnat controversé du secteur minier Dan Gertler continue de mener des affaires suspectes en RDC. (Image d'illustration (Photo AFP/ Pascal Deloche/Godong))

Une nouvelle enquête, menée conjointement par Global Witness et la Plateforme de protection de lanceurs d'alerte en Afrique (PPLAAF), affirme que Dan Gertler, le magnat israélien du secteur minier, continue de s'enrichir au détriment des Congolais malgré des sanctions américaines.

Des millions qui s'évaporent

L’homme, au centre du nouveau scandale de corruption qui secoue la République démocratique du Congo, n'est autre que le milliardaire israélien Dan Gertler. C'est lui qui domine le secteur minier dans le pays depuis vingt ans, grâce à son amitié avec l’ancien président Joseph Kabila, précise le département du Trésor des Etats-Unis. 

Mais en décembre 2017, le magnat des mines tombe sous le coup de sanctions américaines en raison de ses contrats "opaques" et "entachés de corruption". Washington l’accuse d’avoir fait perdre 1,36 milliard de dollars de recettes fiscales au Congo, rien qu’entre 2010 et 2012. Ce qui représente le double du budget annuel consacré à la santé et l'éducation.

Depuis plusieurs années, les affaires profitent aux étrangers avec, comme prédateurs, nos propres dirigeantsJean-Jacques Lumumba, lanceur d'alerte congolais et cofondateur de la plateforme Unis à franceinfo Afrique

Des affaires qui continuent 

Mais les sanctions américaines ne mettent pas fin aux activités de Dan Gertler, comme le révèle l’enquête de Global Witness et PPLAAF. "Au lieu de se 'ranger' et de quitter la RDC, il apparaît qu'il s'est tourné vers une banque accommodante, un réseau de mandataires (...) en continuant possiblement à acquérir des actifs miniers dans des circonstances douteuses", précise le rapport qui se base sur des documents fournis par des lanceurs d'alerte. 

L'homme d’affaires controversé aurait profité des failles du système congolais pour continuer son business en se basant sur un réseau international présumé de blanchiment d'argent. Un fonctionnement qui n'étonne pas Jean-Jacques Lumumba, premier lanceur d’alerte congolais, lui-même expert financier.

Au Congo, n’importe qui peut ouvrir un compte bancaire. Il y a un déficit énorme dans le système. Ça profite aux banquiers qui sont parfois de connivence avec des réseaux mafieuxJean-Jacques Lumumba, lanceur d'alerte congolais et cofondateur de la plateforme Unisà franceinfo Afrique

Et la lutte contre la corruption ?

Entre juin 2018 et mai 2019, "au moins 100 millions de dollars ont transité par des comptes bancaires" associés au réseau de Dan Gertler. Des sommes qui ne profitent pas au peuple congolais. Les révélations des ONG, démenties par les avocats du milliardaire israélien, ont d'ailleurs un fort retentissement en RDC. 

Dans ce pays immensément riche en ressources naturelles, plus de 70% de la population vit avec moins de deux dollars par jour et attend désespérément des changements. Au pouvoir depuis 2019, le président Tshisekedi s'est engagé à lutter contre la corruption et a entamé un chantier dans ce sens, avec un premier procès qui a condamné l'un de ses proches. Ce nouveau scandale à une échelle internationale pourrait-être, selon la société civile, un argument supplémentaire pour poursuivre son action contre ce fléau.

Les gens en ont marre. Ils veulent que ça change, le président Tshisekedi a le peuple avec lui et il peut inverser la tendance dans le paysJean-Jacques Lumumba, lanceur d'alerte congolais et cofondateur de la plateforme Unisà franceinfo Afrique

Félix Tshisekedi gouverne en coalition avec le parti politique de l'ancien président Kabila qui contrôle encore une grande majorité des institutions du pays.