«Crise humanitaire imminente» au Sinaï, alerte Human Rights Watch

Depuis le 9 février 2018, l’armée égyptienne a lancé une vaste opération de ratissage dans le nord de la province du Sinaï. Objectif: «Mettre fin au terrorisme» qui sévit dans la région en coupant les djihadistes de leur ancrage local. La population locale souffre d’un quasi blocus et l’ONG Human Rights Watch (HRW) parle de «crise humanitaire imminente».

Les troupes égyptiennes se déploient dans le Sinaï
Les troupes égyptiennes se déploient dans le Sinaï (Ministère de la Défense égyptien)

Le 24 novembre 2017, l’attentat contre la mosquée de Raoudah dans la ville de Bir al-Abd est un carnage. 325 personnes, pour l’essentiel des fidèles, tombent sous les balles d’un commando dont l’attaque ne sera pas revendiquée. Ce n’est pas le premier attentat de la sorte. Les coptes, notamment, payent le prix fort. Mais cette fois, l’émotion est telle que le gouvernement égyptien se doit d’agir.
 
Le bouclage du Nord-Sinaï est donc décidé et l’armée met le paquet. 60.000 hommes, 335 avions de combat participent à l’opération,avancent certains média. Les villes de la région sont coupées les unes des autres. Comme celle d’al-Arich, 150.000 habitants. Pas d’entrée ni de sortie sans une autorisation spéciale des autorités. Faute de laissez-passer, les transporteurs ne viennent plus. RFI évoque un «état de siège». «Nous sommes pris dans l’étau de la famine, il y a des morts, notamment parmi les enfants», témoigne un habitant.
 
Villes bouclées
L’ONG Human Rights Watch est encore plus alarmiste. Dans un rapport récent, elle écrit que les 420.000 habitants de la région sont «dans une situation d’urgente nécessité d’aide humanitaire».

Dans les villes condamnées à vivre en autarcie, les vivres manquent. Mais aussi les médicaments, le gaz pour faire la cuisine. L’essence est rationnée afin de réduire drastiquement les déplacements. Même le téléphone est régulièrement coupé, tout comme l’eau et l’électricité. L’armée assume la distribution de nourriture, mais elle le fait au compte-gouttes. Et les opérateurs humanitaires comme le Croissant-Rouge n’ont pas l’autorisation d’intervenir.
 
«Opération illégale»
Dans sa détermination à détruire les terroristes, l’Etat fait peu de cas des populations civiles. «Une opération antiterroriste qui met en péril la circulation de biens essentiels pour des centaines de milliers de civils est illégale et n’endiguera de toute évidence pas la violence», s’insurge Human Rights Watch. «Une forme de punition collective», ajoute l’ONG.

Pourtant, certains médias sont moins alarmistes. Le Figaro a ainsi recueilli le témoignage (lien payant) d’un médecin d’al-Arish qui estime que la situation s’améliore. Grâce notamment à l’armée qui distribue nourriture et essence, dit-il.
 
L’opération est donc aussi affaire de communication. Car dans cette guerre asymétrique, le soutien de la population voire son aide est indispensable. L’armée égyptienne communique largement sur ses succès, que certains observateurs jugent surestimés.
 
Bavures
Ainsi, selon HRW, les bavures ne manquent pas, bien souvent lors de rassemblements de la population à la recherche de nourriture. L’armée a ouvert le feu pour disperser la foule le 9 mars 2018 à al-Arish, le 30 mars à Rafah. «Les agissements de l’armée constituent des violations graves du droit à une alimentation adéquate, telles que définies dans les critères de l’ONU», accuse l’ONG.
 
L’opération Sinaï 2018 était prévue pour s’achever le 25 avril 2018. Une date qui ne sera évidemment pas tenue.