Nigeria : "Toutes les filles de Chibok ont des enfants", raconte une ancienne élève retrouvée huit ans après son enlèvement

Mary Dauda faisait partie des 276 filles kidnappées en avril 2014 dans un pensionnat dans le nord-est du pays.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Mary Dauda (à gauche) et Hauwa Joseph (à droite), deux anciennes élèves kidnappées dans un pensionnat pour filles à Chibok, en 2014. Elles posent avec leurs bébés à Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria, le 21 juin 2022. (AUDU MARTE / AFP)

Deux filles portées disparues depuis huit ans ont été retrouvées à la mi-juin par l'armée nigériane lors de raids contre Boko Haram. Elles avaient été enlevées par le groupe islamiste en avril 2014 dans un internat pour filles dans la ville de Chibok, dans le nord-est du Nigeria.

"Nous étions abandonnées"

Mary Dauda, 26 ans, et Hauwa Joseph, 17 ans, ont été présentées à la presse avec leurs bébés dans les bras. Les anciennes élèves du groupe des "filles de Chibok", devenues mamans de force, ont été retrouvées par hasard les 12 et 14 juin derniers, à deux endroits différents, par des soldats nigérians qui menaient des raids contre des bases de Boko Haram. Toutes les deux se trouvaient à près de 200 kilomètres de leur pensionnat.

"J’avais 9 ans quand nous avons été enlevées de notre école à Chibok. Je me suis mariée récemment et j’ai eu cet enfant."

Hauwa Joseph, ancienne otage de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria

à l'AFP

Comme la majorité des otages, Hauwa a été mariée de force à un membre de Boko Haram, le groupe islamiste qui s’oppose à l’éducation des filles jugée pervertie par les valeurs occidentales. Son mari et son beau-père ont été tués lors d’un raid de l'armée, selon The Guardian Nigeria. Elle s'est retrouvée "abandonnée" et seule "sans nourriture" avec son fils de 14 mois.

"Si heureuse d'être de retour"

Le sort de Mary est tout aussi tragique. Kidnappée à 18 ans, elle raconte avoir été mariée à plusieurs combattants du groupe durant les années de détention où elle a vécu l'enfer avec d'autres filles. Celles qui ne priaient pas étaient "battues" et "affamées", affirme-t-elle, sans préciser s'il s'agissait d'anciennes élèves de Chibok. Même si elle se dit aujourdhui soulagée et "si heureuse d’être de retour", elle pense à toutes les élèves dont la vie a basculé. 

"Toutes les filles de Chibok encore otages sont mariées et ont des enfants. J’en ai laissé plus de vingt dans la forêt de Sambisa"

Mary Dauda, ancienne otage de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria

à l'AFP

Sur les 276 élèves enlevées en 2014, 109 filles sont toujours en captivité. Le terrible drame qui avait suscité l’indignation internationale au moment des faits s’est banalisé au fil des années et les enlèvements sont devenus monnaie courante. Depuis l’attaque de Chibok, le 14 avril 2014, plus de 1 500 enfants ont été enlevés dans le nord du Nigeria par des groupes armés, selon Amnesty International. 120 élèves sont toujours aux mains de leurs ravisseurs. Ce sont pour la plupart des filles.

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