Le crash d’Egypt Air: nouveau coup dur pour l'économie égyptienne

Attentat ou accident, le crash de l’Airbus d’Egypt Air est une mauvaise nouvelle pour l’Egypte qui, entre violences politiques et difficultés économiques, a beaucoup de mal à construire une économie dont le tourisme était un des piliers. Avant la révolution, ce secteur représentait plus de 10% du PIB du pays. Aujourd'hui, il est en chute libre.

Image d\'Epinal du tourisme en Egypte: pyramide, désert et soleil. Les attentats ont éloigné les touristes du pays.
Image d'Epinal du tourisme en Egypte: pyramide, désert et soleil. Les attentats ont éloigné les touristes du pays. (MOHAMED EL-SHAHED / AFP)
Ils étaient environ 15 millions chaque année à visiter l’Egypte. C’était avant la révolution de 2011. Depuis ce chiffre a fondu. Entre désordres, attentats et violences, les visiteurs étrangers ont abandonné cette destination. Et pourtant le tourisme représentait un des piliers de l’économie égyptienne avec un début d’extraction de pétrole et les recettes du canal de Suez. 

Le tourisme comptait, en 2010, pour environ 11% du PIB de l’Egypte et faisait vivre quelque 11% de sa population. C’est dire le poids que représentait ce secteur dans l’économie égyptienne. Or, aujourd’hui on est loin, très loin de ces chiffres. Selon les chiffres internationaux, le pays des pyramides ne recevrait plus que 9 millions de touristes. Et encore ces chiffres datent de 2015, avant l’attentat contre l’avion charter russe qui a explosé en plein ciel au dessus du Sinaï faisant 224 morts (octobre 2015). Or, la Russie fournissait à l’Egypte son premier contingent de touristes…

Chute de 66% du tourisme en 2016
Résultat, ce secteur pourrait encore reculer… et cela avant même le crash de l’avion d’Egypt Air. «Le nombre de touristes a été ramené de 7,604 M au cours des neuf premiers mois de l'année fiscale 2014/2015 à 5,688 M au cours des neuf premiers mois de l'année fiscale 2015/2016, soit une diminution supérieure à 25 %. Quant au nombre de nuitées touristiques, il a baissé de 38,5 % dans le même temps», confirme le ministère français de l’économie.

Après l'attentat contre l'avion russe, les chiffres ont dégringolé. L'Egypte a d’ailleurs enregistré une chute de 66% de ses revenus du tourisme au premier trimestre 2016, par rapport à la même période de 2015. Au cours du premier trimestre 2016, seuls 1,2 million de touristes se sont rendus en Egypte, contre 2,2 millions au cours du premier trimestre 2015, a déclaré Adla Ragab, conseillère économique du ministère du Tourisme.

La carte des \"conseils au voyageurs\" réalisée par le ministère français des affaires étrangères.  -en rouge: fortement déconseillé, -en organge: déconseillé sauf raison impérative -en jaune vigilance renforcée -en vert: vigilance normale
La carte des "conseils au voyageurs" réalisée par le ministère français des affaires étrangères.  -en rouge: fortement déconseillé, -en organge: déconseillé sauf raison impérative -en jaune vigilance renforcée -en vert: vigilance normale (diplomatie.gouv.fr)

Il suffit d'aller sur le site du ministère français des Affaires étrangères pour comprendre pourquoi l'Egypte ne fait plus recette. Dans ses conseils aux voyageurs, le ministère ne cesse de mettre en garde l'éventuel touriste. A propos du Sinaï, Il est ainsi indiqué qu’«il est formellement déconseillé de s’y rendre, à l’exception de la bande côtière Charm el-Cheikh/Taba et des agglomérations sur cette route. Les déplacements y sont déconseillés sauf raison impérative, notamment professionnelle. Dans cette zone, il convient de faire preuve d’une grande vigilance, de se conformer strictement aux consignes de sécurité données par les autorités locales et de limiter les déplacements routiers de jour».

A Charm el-Cheikh, on ne compte plus les hôtels fermés. Des compagnies russes et anglaises n’assurent plus la destination.

Un coup dur pour le président Sissi
La révolution avait provoqué une crise économique dans un pays dont les bases étaient déjà fragiles. Le coup d’Etat du maréchal Sissi ne semble pas avoir fondamentalement amélioré la situation même si une certaine confiance semble revenue. «Les réformes structurelles engagées sous la présidence Al Sissi ont permis un retour de la confiance des acteurs économiques  qui s’est traduite par un taux de croissance de 4,2% en 2014/15, une remontée des investissements étrangers (+55%) et par l’amélioration de la notation souveraine de l’Egypte. La consolidation de la reprise économique reste néanmoins tributaire de la continuation des réformes comme de l’évolution de la situation sécuritaire », note le ministère français de l’économie.

Le léger mieux enregistré sous la gouvernance Sissi, qui est arrivé après la période révolutionnaire, marquée sur le plan économique par une chute de la croissance, ne doit pas masquer les difficultés du pays, symbolisées par un déficit commercial et une balance des paiements négative. «Le surplus de la balance des services a fondu, passant de 4,1 Mds USD à 2,2 Mds USD, conséquence directe de la chute des revenus du tourisme  de 4,0 Mds à 2,7 Mds», note Paris.   

Le roi d\'Arabie saoudite Salman (à droite) avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (avril 2016)
Le roi d'Arabie saoudite Salman (à droite) avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (avril 2016) (STR / EGYPTIAN PRESIDENCY / AFP)

Abdel Fattah al-Sissi: «le redressement du tourisme, c'est le redressement de l’Égypte»
Signe positif en revanche, les investissements vers l’Egypte sont en augmentation. Dans un contexte difficile, l’Egypte peut compter sur le soutien de l’Arabie saoudite, symbolisée par la visite du Roi Salman en avril 2016. Important partenaire commercial de l’Egypte, l’Arabie est aussi un gros soutien financier, «L’Arabie Saoudite a en effet accordé à l’Egypte plus de 12 Milliards de dollars d’aides exceptionnelles depuis 2011 et aurait promis de lui octroyer une aide d’un montant global de plus de 8 Mds USD au cours des cinq prochaines années, essentiellement sous la forme de prêts et d’investissements. Enfin, plus d’1,5 million d’Egyptiens travailleraient en Arabie Saoudite», selon Paris.

La croissance a cependant ralenti et ne devrait être que de 3,3% cette année, selon le FMI.

Pourtant l'optimisme règne au Caire. Avant le crash de l'Airbus d'Egypt Air, le ministre du Tourisme, Yehia Rached, déclarait que l'Egypte avait l'intention d'en revenir à un chiffre de 12 millions de touristes d'ici la fin 2017, entre autre en développant la présence de la compagnie aérienne EgyptAir à l'étranger...

Quant au président Sissi, il affirmait: «le redressement du tourisme, c'est le redressement de l’Égypte».  Le crash du MS804 d'Egypt Air pourrait en décider autrement.