Isabel dos Santos, fille de l'ex-président angolais, accusée de corruption massive

Une enquête menée par le Consortium international de journalistes d'investigation révèle les montages financiers opaques mis en place par la fille de José Eduardo dos Santos, qui dirigea l'Angola d'une main de fer pendant 38 ans, jusqu'en 2017.

Isabel Dos Santos à Londres, le 9 janvier 2020.
Isabel Dos Santos à Londres, le 9 janvier 2020. (TOBY MELVILLE / REUTERS)

"La princesse du Luanda" est accusée d'avoir détourné plus d'un milliard de dollars. Isabel dos Santos, fille de l'ex-président angolais José Eduardo dos Santos, est accusée d'avoir "siphonné les caisses du pays" dans une enquête du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) publiée dimanche 19 janvier. Un tissu de "mensonges", selon elle.

Les 36 médias internationaux membres du consortium, parmi lesquels la BBC*, le New York Times* ou Le Monde (article payant), ont mobilisé 120 journalistes dans une vingtaine de pays pour exploiter une fuite de 715 000 documents et révéler "comment une armée de sociétés financières occidentales, d'avocats, de comptables, de fonctionnaires et de sociétés de gestion ont aidé" cette femme de 46 ans "à cacher des avoirs aux autorités fiscales". 

La justice angolaise soupçonne Isabel dos Santos d'avoir détourné, avec son époux danois Sindika Dokolo, plus d'un milliard de dollars des comptes des entreprises publiques Sonangol (pétrole) et Endiama (diamant) pour nourrir ses propres affaires. Grâce à ce que Le Monde décrit comme une "nébuleuse composée de 400 sociétés identifiées dans 41 pays", Isabel dos Santos avait mis en place un véritable "schéma d'accaparement des richesses publiques".

La femme la plus riche d'Afrique

Début janvier, la justice portugaise a annoncé l'ouverture d'une enquête sur la responsable, qui détient des intérêts dans de nombreuses entreprises du pays, pour blanchiment d'argent public. "Monaco a fait de même récemment pour les mêmes motifs", selon Le Monde. La fille de José Eduardo dos Santos, qui dirigea l'Angola d'une main de fer pendant 38 ans (1979-2017), avait vu en décembre ses comptes bancaires et ses actifs dans des entreprises angolaises gelés.

Celle qui est considérée par le magazine américain Forbes comme la femme la plus riche d'Afrique a elle-même dénoncé auprès de BBC Afrique une "chasse aux sorcières", destinée à les discréditer, elle et son père. Elle a également répliqué, via une trentaine de tweets en portugais et en anglais. "Ma 'fortune' est née de mon caractère, mon intelligence, éducation, capacité de travail, persévérance", se défend-elle dans le premier tweet.

Isabel Dos Santos estime aussi qu'il s'agit d'"'informations' qu'ont fait fuiter les services secrets angolais pour manipuler l'ICIJ, au profit d'un agenda politique des autorités angolaises". Son avocat a également réfuté les accusations du consortium, dénonçant auprès du journal britannique The Guardian* une "attaque parfaitement coordonnée" par le dirigeant actuel de l'Angola, Joao Lourenço, qui s'est lancé dans une spectaculaire lutte anticorruption.

* Les liens signalés d'un astérisque sont en anglais.