Futures mesures du gouvernement pour les harkis : "Les plaies ne sont naturellement toujours pas cicatrisées"

Benjamin Stora, historien et président du musée de l'Immigration a réagi sur franceinfo alors que la secrétaire d'État auprès de la ministre des Armées a déclaré qu'elle allait faire des annonces au sujet des harkis. 

L\'historien français Benjamin Stora
L'historien français Benjamin Stora (JOEL SAGET / AFP)

"Les plaies ne sont naturellement toujours pas cicatrisées" après la guerre d'Algérie, a estimé sur franceinfo Benjamin Stora, historien et président du musée de l'Immigration.

La secrétaire d'État auprès de la ministre des Armées, Geneviève Darrieussecq, a annoncé dimanche 19 août dans le Journal du dimanche que des annonces seraient faites concernant les harkis le 25 septembre.

L'historien estime que "les mémoires continuent de saigner". On estime que jusqu'à 250 000 personnes ont été recrutées en Algérie par l'armée française pour lutter contre l'indépendance du pays, au début des années 1960.

franceinfo : Est-ce que c'est un sujet qui est encore sensible, ce qui expliquerait qu'il reste des choses à mettre en place sur l'enseignement de cette période ?

Benjamin Stora : Oui parce que la guerre d'Algérie est à la fois une guerre d'indépendance nationale pour les Algériens mais aussi une guerre civile franco-française, entre les Français qui ne voulaient pas l'indépendance de l'Algérie et ceux qui soutenaient la cause algérienne. C'était une véritable fracture à l'intérieur de la société française qui a eu du mal à se résorber et qui a toujours du mal d'ailleurs. Il a fallu la forte personnalité du général de Gaulle pour essayer d'obtenir un consensus au moment de l'indépendance de l'Algérie mais les plaies ne sont naturellement toujours pas cicatrisées.

Est-ce qu'on peut se racheter aujourd'hui auprès des harkis ?

Je ne sais pas. Je pense qu'il faut enseigner l'ensemble des problèmes, des points, des sujets, des discussions qui ont trait à la guerre d'Algérie et qui touchent de très nombreux groupes de mémoire. Les harkis, bien sûr, mais aussi les pieds noirs, les Algériens, les immigrés et les soldats du contingent puisque 1,5 million de soldats français sont allés en Algérie. Ça fait beaucoup de groupes de mémoire à qui il faut s'adresser sans cesse parce que les mémoires continuent de saigner.

La secrétaire d'Etat parle d'une reconnaissance possible par le Parlement du sort des harkis. Qu'est-ce que ça signifie exactement ?

Les historiens se sont toujours méfiés des histoires de loi ou de discussions sur l'histoire passant par le Parlement, notamment après ce qui s'est passé en 2005 lorsqu'il y a eu un vote à l'Assemblée nationale française jugeant que la colonisation comportait des "aspects positifs". On se souvient de la levée de boucliers et, depuis ce moment-là, il n'y a plus eu de loi mémorielle proposée ou discutée à l'Assemblée nationale. En revanche, il peut y avoir des déclarations solennelles du Parlement français dans la reconnaissance du sort tragique qui a été fait aux harkis au moment de l'indépendance de l'Algérie. Il peut y avoir une sorte d'unanimité autour de la caractérisation du sort "tragique" qui a été fait aux harkis dans l'année 1962 de la part de l'ensemble des groupes politiques. Faire des lois en matière d'écriture d'histoire risque précisément de figer l'écriture de l'histoire, ce dont les historiens se méfient absolument.

Il y a également la question du fonds de réparation. Les familles de harkis se battent depuis des années pour qu'il soit créé. La réparation nécessaire se mesure-t-elle en euros ?

C'est très difficile de mesurer cela parce que perdre sa famille, un territoire, un bien est inchiffrable. En revanche, il peut y avoir des mesures de réparations qui peuvent être faites pour chacune des familles qui en font la demande, tel que ça avait été fait, notamment en ce qui concerne les Européens d'Algérie qui avaient quitté le pays après 1962 et qui ont été indemnisés par plusieurs lois. Il pourrait y avoir ce même type de procédé mis en oeuvre pour les harkis.