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Afrique du Sud : les femmes de l’"hostel Helen-Joseph" vivent dans la misère et la peur

Article rédigé par franceinfo Afrique avec AFP
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Dans le township d’Alexandra, en Afrique du Sud, les résidentes de ce foyer réservé aux femmes vivent entassées dans la crasse. Et la peur de l’agression est omniprésente.

Initialement construits pour loger les ouvriers noirs de la capitale pendant l'apartheid, les bâtiments de l’hostel Helen-Joseph sont aujourd’hui en très mauvais état et n'hébergent plus que des femmes et des enfants depuis plusieurs décennies. Les locataires y vivent dans le plus grand dénuement et la peur du crime.

Neuf photos de Guillem Sartorio illustrent ce reportage de l’AFP

Dans l'agglomération de Johannesburg, à Alexandra, un des townships les plus miséreux d'Afrique du Sud, 8 000 femmes noires et quelque 3 000 enfants vivent dans la crasse et la misère à l’"hostel Helen-Joseph". Car cette enceinte en briques aux allures de pénitencier, composée de huit blocs, est laissée à l’abandon depuis des décennies. (GUILLEM SARTORIO / AFP)
Les "hostels" ont été conçus au départ par les Blancs sous le régime de l'apartheid pour mettre à disposition une réserve de main-d’œuvre noire, souvent employée dans les mines et cantonnée à la périphérie des villes. La mixité y a été prohibée pour empêcher les travailleurs d'y amener leur famille. (GUILLEM SARTORIO / AFP)
Au début des années 1990, dans ce qui a été baptisé "la guerre des hostels", les soutiens de l'ANC de Nelson Mandela et les militants du parti Inkhata épaulés par les services de sécurité du pouvoir blanc s'y sont affrontés, faisant des centaines de morts. Aujourd’hui, ce foyer construit en 1972 et strictement interdit aux hommes est dans un état de délabrement avancé.   (GUILLEM SARTORIO / AFP)
La plupart des femmes qui y vivent sont au chômage. En Afrique du Sud, 41,5% des femmes noires sont sans emploi contre 9,9% des femmes blanches. Si le loyer à "Helen-Joseph" est modique, une centaine de rands (environ 6 euros), beaucoup ne peuvent pourtant pas l’assurer. Il n’est pas rare de voir plusieurs personnes occuper des logements d'une seule pièce meublée d’un lit.   (GUILLEM SARTORIO / AFP)
L’une des pensionnaires âgée de 62 ans déclare à l’AFP : "Rien ne va ici. Pas d'eau, pas d'électricité, rien." Les toilettes communes bouchées sont condamnées. Des flaques d’eau sur le sol dégagent une odeur âcre. Elle n’a rien pour le dîner, seulement de l'eau et du pain pour tout petit-déjeuner.     (GUILLEM SARTORIO / AFP)
Une autre femme venue de sa province rurale pour trouver du travail et une vie meilleure vit ici depuis 40 ans. Elle a depuis perdu ses illusions car l'avènement de la démocratie en 1994 n'a rien changé à sa situation. Les gouvernements successifs ont promis de réhabiliter ces logements publics. Mais difficile de voir une trace des près de deux milliards de rands (plus de 100 millions d’euros) promis pour réhabiliter Alexandra.   (GUILLEM SARTORIO / AFP)
Dans les immenses dortoirs de ces bâtiments mal famés où la police ne s'aventure que prudemment, la criminalité est un autre problème et un réel danger auquel elles sont confrontées. Il y a quelques années, une femme a été violée et poignardée dans sa chambre, et la police n'a jamais trouvé de coupable, raconte Nomvelo Nqubuko, 28 ans. "On vit dans la peur, mais on n'a nulle part où aller."   (GUILLEM SARTORIO / AFP)
Contre les viols, ces femmes ont mis en place un système d'alerte, raconte l’une d’elle, âgée de 32 ans et dans le foyer depuis cinq ans. En cas d'attaque, quelques coups de sifflets et elles viennent se battre, en groupe. "Personne ne peux vivre comme ça, surtout pas avec des enfants", dit-elle. Elle raconte aussi que des nouveau-nés sont parfois retrouvés dans les ordures, emballés dans des sacs plastiques : "La vie est une souffrance ici."   (GUILLEM SARTORIO / AFP)
Pour les jeunes qui ont grandi derrière ces fenêtres, l'horizon ne s'étend pas bien loin. "L'avenir ? C'est flou", déclare désabusée en tirant sur un joint une jeune fille née ici, qui partage une pièce avec sa mère.     (GUILLEM SARTORIO / AFP)

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