Vidéo Un an après la chute de Kaboul, "il est devenu extrêmement difficile de faire sortir des Afghans", selon l'ambassadeur de France en Afghanistan

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Il a décollé de Kaboul moins de deux minutes avant que les talibans arrivent à l'aréoport. Depuis, David Martinon poursuit sa mission diplomatique depuis Paris auprès des dirigeants de la République afghane. Mais il n'a pas de contacts avec les talibans qui ne respectent toujours pas les conditions fixées par la communauté internationale.

Un an après la chute de Kaboul, "il est devenu extrêmement difficile de faire sortir des Afghans" ayant travaillé avec la France, a expliqué sur franceinfo David Martinon, ambassadeur de France en Afghanistan lundi 15 août et auteur de Ces quinze jours qui ont fait basculer Kaboul publié aux éditions de l’Observatoire. Il y a un an jour pour jour, les talibans prenaient Kaboul.

franceinfo : Quels souvenirs gardez-vous de cette journée ?

David Martinon : Le souvenir d'une accélération permanente des choses. La veille au soir on avait appris la chute de Mazâr-e Charîf, qui était la grande ville du Nord. J'avais réuni mon équipe et je leur avais demandé leurs impressions. Personne n'était particulièrement préoccupé, pour ma part j'ai eu le sentiment que les choses allaient s'accélérer et je leur ai demandé de se préparer pour le lendemain. Le lendemain, j'ai pris la décision de tous nous évacuer vers l'aéroport. On a brûlé les derniers documents papier, cassé nos communications et exfiltré vers l'aéroport nos gardes indiens. À 11 heures, je réunissais les ONG puisque les Américains nous avaient dit qu'ils ne seraient plus capables de protéger la zone verte dès 15h. A 11h30 j'ai eu un appel du délégué de l'Otan qui m'a dit de partir tout de suite. Donc, cela a été une accélération permanente.

Pourtant, vous n'êtes pas parti tout de suite ?

J'ai décollé de la zone verte à 18h46 et les talibans sont entrés dans cette zone à 18h47 ou 18h48.

Combien de personnes ont été rapatriées ?

Le 15 août nous avions déjà fait partir, depuis au moins deux mois, la totalité des employés afghans de l'ambassade de France, de l'Institut culturel français, de la délégation archéologique française. Il y avait aussi des personnels civils de recrutement local. Il y a eu trois campagnes de mise en sécurité et d'accueil en France en 2013, 2015 et 2017. On parle de 800 personnes qui ont été accueillies en France et parmi elles, tous ceux qui étaient vraiment en danger. Il n'empêche qu'il y avait toujours des gens qui ont travaillé pour la France. Nous en avons encore sortis 31 entre le 15 et le 28 août 2021. Nous recevons toujours des sollicitations, et quand on peut on le fait, mais il est devenu extrêmement difficile de faire sortir des Afghans. Nous avons pu faire une dizaine de vols entre septembre et novembre avec l'aide des autorités du Qatar. Aujourd'hui, ce n'est plus possible, donc on est obligés d'imaginer d'autres voies.

Vous n'êtes pas revenu à Kaboul depuis. Quel est votre rôle aujourd'hui ?

Il y a encore du travail parce qu'il faut en permanence faire l'évaluation politique de ce qui se passe, se tenir informé, parler aux dirigeants de la République afghane dont certains sont restés à Kaboul et ils le paient. Je parle aux ONG, à tous ceux qui interagissent en Afghanistan, l'ONU. Il y a le travail sur l'aide humanitaire, il y a un certain nombre de questions juridiques à trancher.

Est-ce que vous parlez avec les talibans ?

Personnellement, je ne parle pas aux talibans mais la France parle aux talibans. Nous avons considéré depuis toujours qu'il fallait garder un canal de communication avec les autorités à Kaboul, notamment pour leur dire ce que nous attendons et rappeler que le Conseil de sécurité a fixé un certain nombre de conditions à la reprise d'un engagement normal et qu'elles ne sont pas remplies.

Est-ce que les moyens de pression sur les talibans sont insuffisants ?

Ils sont inopérants puisque nous nous en tenons à une aide humanitaire.

"La France a donné plus de 120 millions d'euros depuis la chute de Kaboul. Pour ce qui est de l'aide au développement, dont le pays aurait grandement besoin, elle est conditionnée au fait que les talibans remplissent les conditions fixées et ce n'est pas le cas."

David Martinon, ambassadeur de France en Afghanistan

à franceinfo

La rupture avec le terrorisme est une des conditions mais ce n'est pas la seule, il y a le respect des droits de l'homme, en particulier celui des femmes qui sont oppressées. Malheureusement pour le moment la diplomatie est inopérante avec ces autorités.

La non reprise de l'aide économique touchent surtout les Afghans et pas forcément les talibans. Est-ce que cela pose question ?

Il n'y a pas de sanctions économiques, il n'y a pas de reprise de l'aide économique. La crise économique est particulièrement violente depuis un an puisque les autorités des talibans ne sont pas capables de gérer le pays, de faire les choses de manière intelligente. Malgré ça, les talibans nous envoient tous les jours des messages en nous disant que pour eux, la priorité des priorités c'est l'oppression des femmes.

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