Attaque en Afghanistan : "Il y a des complicités évidentes" entre le gouvernement et les talibans

Karim Pakzad, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques, était l'invité de franceinfo samedi. Il est revenu sur l'assaut taliban contre une base militaire du nord de l'Afghanistan, qui a fait plus d'une centaine de morts vendredi. 

Une ambulance transporte les corps des victimes de l\'attentat en Afghanistan samedi 22 avril. 
Une ambulance transporte les corps des victimes de l'attentat en Afghanistan samedi 22 avril.  (FARSHAD USYAN / AFP)

L'assaut taliban contre une base militaire du nord de l'Afghanistan, à l'heure de la prière vendredi 21 avril, a fait plus d'une centaine de morts et de blessés. Cette attaque est l'une des plus meurtrières jamais perpétrées en Afghanistan, contre des civils ou des militaires.

L'assaut, qui a duré 5 heures, a été mené par dix assaillants lourdement armés et portant des uniformes de l'armée afghane. Pour Karim Pakzad, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), ces talibans ont forcément bénéficié de complicités internes. "La complicité existe à tous les niveaux" en Afghanistan, a-t-il expliqué samedi 22 avril sur franceinfo.

franceinfo : Le commando est intervenu à l'heure de la prière. Est-ce pour cela que les militaires de la base étaient désarmés ?

Karim Pakzad : Oui. La prière du vendredi est un moment où les gens se rassemblent. Il y avait donc un nombre important de soldats qui se trouvaient dans la salle des prières, ainsi qu'au réfectoire, à côté. Les talibans sont entrés à ce moment-là, en uniformes de l'armée afghane, et ils ont ouvert le feu sur ces soldats désarmés. C'est la raison pour laquelle le nombre de victimes est très élevé. Les dernières estimations évoquent le chiffre de 150 morts et blessés.

Pensez-vous que les auteurs de l'attaque ont bénéficié de complicités internes ?

Évidemment. La complicité existe à tous les niveaux. D'ailleurs, certains anciens hauts responsables ont déjà reconnu qu'il existait des complicités au sein même du gouvernement afghan, vis-à-vis des talibans. Des armes, des uniformes, des véhicules ont été vendus par des officiels afghans aux talibans. Il y a des complicités évidentes.

Que cherchent les talibans ?

Depuis deux ou trois ans, les regards sont surtout tournés vers la Syrie et l'Irak, et on a oublié l'Afghanistan. Or, l'Afghanistan se trouve toujours au centre d'une région extrêmement déstabilisée. Les talibans se sont renforcés et ont étendu leur influence à l'ensemble du pays. Il faut d'ailleurs remarquer que cette action a eu lieu dans le nord de l'Afghanistan, c’est-à-dire près des bases russes au Tadjikistan. C'est un élément très important. Le problème, c'est que, d'une part, l'Otan a quitté l'Afghanistan, et que, d'autre part, le gouvernement de Kaboul est faible, il n'a pas une assise populaire importante, alors que les talibans, eux, se renforcent et bénéficient toujours du soutien du Pakistan.  

"La complicité existe à tous les niveaux",  Karim Pakzad, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques
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