Intempéries dans le Sud-Est : "Des phénomènes de plus en plus intenses, de plus en plus forts", assure une hydrologue

Emma Haziza revient sur les très fortes intempéries qui ont de nouveau touché le sud-est de la France dimanche, pour la deuxième fois en moins de dix jours.

Les inondations à Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes).
Les inondations à Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes). (JÉRÔME JADOT / RADIO FRANCE)

"Ce qui est exceptionnel, c'est cette vigilance de niveau rouge deux fois de suite en l'espace de huit jours. Cela n'était pas arrivé depuis la création du système de vigilance de Météo France", a affirmé lundi 2 décembre sur franceinfo, Emma Haziza, hydrologue et présidente fondatrice du centre de recherche privé Mayane, à propos des intempéries dans le sud-est de la France. "La mécanique qui permet la puissance de ces phénomènes, c'est la température de la mer, et comme elle est particulièrement élevée, on a des phénomènes plus violents et plus intenses".

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Ces fortes pluies ont fait six victimes dimanche. Au total, 12 personnes sont mortes dans le sud-est de la France lors de deux épisodes méditerranéens successifs (fortes pluies, inondations, vent) qui ont engendré des alertes rouge de Météo France.

franceinfo : Est-ce que le premier épisode d'intempéries la semaine dernière a fragilisé les sols ?

Emma HazizaAbsolument, le coefficient d'humidité était extrêmement élevé, les territoires étaient très saturés en eau, ce qui correspond à un paramètre aggravant. La moindre sollicitation pluviométrique génère donc sur les sols des réactions extrêmement intenses. Ce sont vraiment les zones du Pertuis et de Cannes qui ont été touchées par des précipitations diluviennes et donc on a vu des effets de ruissellement très importants émerger un peu partout, directement liés aux pluies colossales de la semaine dernière.

Deux épisodes en une semaine, est-ce lié au réchauffement climatique ?

On a toujours connu des épisodes intenses, notamment en 1958 dans le Gard où on a eu plusieurs événements qui se sont succédé, et qui ont d'ailleurs été plus importants la deuxième fois. Maintenant, ce que l'on voit aujourd'hui, c'est que sur des territoires extrêmement urbanisés, on observe une vulnérabilité accrue. Ce qui est exceptionnel, c'est cette vigilance de niveau rouge, deux fois de suite, en l'espace de huit jours. Cela n'était pas arrivé depuis la création du système de vigilance de Météo France, ce qui montre bien que l'on est sur des phénomènes de plus en plus intenses, de plus en plus forts. Parce que la mécanique qui permet la puissance de ces phénomènes, c'est la température de la mer, et comme elle est particulièrement élevée, on a des phénomènes plus violents et plus intenses.

Que faut-il faire face à ces phénomènes plus violents justement ?

Je pense qu'il existe de nombreuses solutions à mettre en place sur le territoire. On s'est beaucoup focalisé sur le principe de contrer l'aléa, notamment en mettant des digues, en essayant de contrôler le cheminement de l'eau, mais on voit bien qu'avec l'urbanisation sur la côte, c'est quelque chose qui devient compliqué. Il faut se concentrer sur les enjeux, car il y a beaucoup de choses à faire. Aujourd'hui, on est capable de travailler à l'échelle du bâti, des entreprises, et donc d'essayer de transformer chaque habitation, pour leur permettre de subir jusqu'à une certaine hauteur d'eau sans qu'elle ne pénètre dans le bâtiment.

En France, on a un million de personnes qui vivent en zone inondable, on ne va pas pouvoir détruire toutes ces habitations, ni déloger ces habitants. La principale solution c'est d'aller vers de la résilience et de l'adaptation du bâti. L'heure est assez grave pour que l'on puisse se pencher sur la problématique puisque les assurances ne pourront pas tenir plusieurs années à ce rythme-là.