Canicule : il faudra s'attendre "à atteindre des températures de l'ordre de 45°C en région parisienne" l'été, selon un climatologue

Lors de la canicule du mois de juillet, les températures auraient été "environ 1,5°C à 3°C moins élevées" sans le changement climatique, selon les calculs de scientifiques du réseau World Weather Attribution.

Des personnes dans la fontaine du Trocadéro, près de la tour Eiffel à Paris, le 25 juillet 2019.
Des personnes dans la fontaine du Trocadéro, près de la tour Eiffel à Paris, le 25 juillet 2019. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Selon une étude de World Weather Attribution, les températures élevées du mois de juillet sont bien liées au changement climatique causé par les humains. "On peut s'attendre à une augmentation de plusieurs degrés de ces vagues de chaleur et atteindre des températures de l'ordre de 45°C en région parisienne" l'été, a déclaré vendredi 2 août sur franceinfo Robert Vautard, climatologue et membre du WWA.

franceinfo : Sans ce dérèglement climatique, cette canicule aurait-elle connu des températures bien moins élevées ?

Robert Vautard : Oui, l'étude montre que des températures de l'ordre de 1,5° à 3°C plus fortes sont enregistrées aujourd'hui dans les vagues de chaleur extrêmes comme celles qu'on a pu avoir en juillet. On rassemble généralement les observations de plusieurs stations et de nombreux sites en Europe. On essaie de rassembler des simulations climatiques qui ont déjà été faites, on ne les fait pas en temps réel. On essaie de les analyser en regardant un indicateur comme les maximales annuelles moyennes sur trois jours. On trouve, grâce à la combinaison des observations et des modèles, que ces températures extrêmes ont augmenté de 1,5° à 3°C en France, tout comme dans d'autres pays autour de la France.

Le réchauffement climatique est responsable d'une intensité plus forte de la canicule, mais la probabilité même qu'une canicule se produise est-elle également renforcée ?

Un des résultats marquants de cette étude est qu'on a essayé de calculer, pour des canicules équivalentes en fréquence, quelle aurait été la température sans changement climatique ; mais aussi pour une température équivalente, quelle aurait été la probabilité d'une telle canicule sans changement climatique. On trouve que cette probabilité aurait été extrêmement faible. Donc, on peut dire qu'elle n'aurait pratiquement pas pu avoir eu lieu sans l'action de l'homme. La meilleure estimation qu'on a, c'est plutôt 100 fois plus et au moins 10 fois plus. Nous sommes prudents parce qu'on est dans les extrêmes et les marges d'erreur sont extrêmement grandes. Mais on peut dire aujourd'hui avec quasi-certitude que c'est au moins 10 fois plus probable d'avoir des températures comme on a eu cet été.

Cela veut-il dire qu'il faut désormais s'habituer à avoir des épisodes de canicule aussi intenses tous les étés ?

Il faut s'habituer à ce type de phénomènes, peut-être pas aussi intenses que ce qu'on a pu avoir en juillet mais avec une fréquence accrue. Dans les décennies à venir, il va falloir s'habituer à avoir des vagues de chaleur beaucoup plus intenses. Nous sommes aujourd'hui à 1°C de réchauffement global. On attend, si rien n'est fait, 1°C de réchauffement supplémentaire d'ici 2050/2060. On peut donc s'attendre à une augmentation de plusieurs degrés de ces vagues de chaleur et atteindre par conséquent des températures de l'ordre de 45°C en région parisienne par exemple.