Jugée conforme à la Constitution, la corrida jette les politiques dans l'arène

Le Conseil constitutionnel a décidé vendredi que la tauromachie était compatible avec la loi.

Le matador espagnol \"El Juli\" affronte un taureau, le 16 septembre 2012, lors d\'une corrida de la feria de Nîmes (Gard).
Le matador espagnol "El Juli" affronte un taureau, le 16 septembre 2012, lors d'une corrida de la feria de Nîmes (Gard). (PASCAL GUYOT / AFP)

SOCIETE - Organiser des corridas dans certaines régions françaises est conforme à la Constitution. Le Conseil constitutionnel a décidé, vendredi 21 septembre, que la tauromachie était compatible avec la loi. Les défenseurs des animaux réclamaient la suppression des dérogations qui autorisent la tauromachie comme les combats de coq dans certaines régions, sous couvert "du principe de tradition locale ininterrompue".

Les Français sont partagés : 48% pensent que l'interdiction devrait être le cas partout dans le pays et 42% prônent le statu quo, son maintien dans les villes du Sud, selon un sondage Ifop pour Midi Libre diffusé jeudi. Et la question divise aussi les politiques.

Gilbert Collard est "pour la beauté de l'art"

L'avocat a livré un plaidoyer lyrique en faveur de la corrida, vendredi sur BFMTV. Gilbert Collard voit dans l'affrontement de l'homme et du taureau "un magnifique rituel, une danse sublime entre la vie et la mort"

"C'est une culture, c'est Hemingway, c'est Picasso, c'est Federico Garcia Lorca", a ajouté le député FN du Gard - un département où la tradition tauromachique est encore bien vivante - ajoutant : "Dans ce monde de minables où tout le monde triche, il y a un type qui, pour pas beaucoup d'argent, va affronter la mort pour la beauté de l'art. Et cet homme unique dans la solitude sonore dans laquelle il se trouve, on irait l'expulser ?"   

Manuel Valls veut "préserver" une "culture"

Il y a dix jours, le ministre de l'Intérieur a lui aussi défendu la corrida, estimant qu'il fallait "préserver" cette "culture". Cette prise de position, intervenant quelques jours avant l'examen du sujet par le Conseil constitutionnel, lui a valu une levée de bouclier des anticorrida sur les réseaux sociaux.

Natif de Barcelone (Espagne), Manuel Valls a déclaré : "C'est quelque chose que j'aime, ça fait partie de la culture de ma famille", argumentant : "Dans un pays en crise, avec des Français qui doutent de leur identité, tout ne peut pas se ressembler, a poursuivi Manuel Valls. On a besoin de ces racines, ne les arrachons pas."

Harlem Désir ne se mouille pas

Le premier secrétaire par intérim du PS ne souhaite pas une interdiction générale de la corrida, jugeant qu'il faut laisser "chaque région" décider par elle-même, arguant de "traditions", vendredi sur i-Télé. Et l'eurodéputé, qui doit succéder en octobre à Martine Aubry à la tête du Parti socialiste de préciser qu'il n'est "pas sûr que ça relève de l'ordre constitutionnel"

Eva Joly veut l'interdiction... mais pas tout de suite

Interrogée sur LCI vendredi, l'ex-candidate à la présidentielle a répondu : "Je souhaite interdire la corrida à terme, mais je pense qu'il est important aussi qu'il y ait encore des débats autour de la question".

"Il s'agit d'une tradition", a expliqué l'eurodéputée, "mais une tradition qui heurte la sensibilité à la condition animale. Nous voulons aujourd'hui qu'en France, nous respections les droits des animaux."

Les anti-corrida ne veulent pas en rester là

Pour les défenseurs des animaux, pas question de baisser les bras. Ils comptent maintenant solliciter suffisamment de députés pour porter le débat devant l'Assemblée nationale et faire voter une loi comme l'explique Caroline Lanty, membre du collectif anti-corrida, au micro de France 3

Nathalie Hayter - France 3