Calais : pourquoi la tension monte

Une cinquantaine de personnes ont été interpellées après de nouveaux heurts entre migrants et forces de l'ordre à proximité de la "jungle" mardi soir.

Des forces de police déployées près de la \"new jungle\" de Calais le 10 novembre 2015.
Des forces de police déployées près de la "new jungle" de Calais le 10 novembre 2015. (DENIS CHARLET / AFP)

Pour la troisième nuit consécutive, mardi 10 novembre, des affrontements ont éclaté vers 22h30 aux abords de la "jungle" de Calais (Pas-de-Calais). Séparées des manifestants par une trentaine de mètres seulement, les forces de sécurité ont fait usage de grenades lacrymogènes pour tenter de disperser de petits groupes de migrants qui leur jetaient des projectiles et proféraient des insultes. En outre, les habitants de Calais vivant à proximité du bidonville ont vu cette semaine certains de leurs biens dégradés (palissades en bois, poubelles...), selon France 3 Nord-Pas-de-Calais. Mais pourquoi cette montée soudaine de la tension ?

Parce que le passage en Angleterre est de plus en plus difficile

Ces affrontements sont le résultat, selon la police, de tentatives inédites par des groupes de migrants de bloquer la circulation sur la rocade portuaire afin de pouvoir se précipiter dans les camions en route pour l'Angleterre. C'est devenu quasiment la seule possibilité, puisque le passage est de plus en plus difficile "Le port et le tunnel sont devenus complètement imperméables", assure Gilles Debove, un représentant du syndicat de police SGP-FO.

Des grillages entourent totalement la zone d'embarquement du port de Calais. Et, côté rail, la SNCF a annoncé début septembre l'installation de clôtures de quatre mètres de haut le long des voies ferrées à Fréthun, à Coquelles et à Calais, en amont du passage sous la Manche contrôlé par Eurotunnel. Ces trois endroits avaient été identifiés comme des "points faibles" où pouvaient passer les migrants, selon La Voix du Nord. 

Parce que des passeurs et des militants s'en mêlent

Les autorités estiment que passeurs et militants jouent un rôle dans la violence de ces derniers jours. "Plus aucun étranger en situation irrégulière ne franchit la Manche par quelque moyen que ce soit, donc on a peut-être plus d'agressivité de la part des migrants, avec certaines associations comme No Borders [altermondialistes militant pour la suppression des frontières], déclare la préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio. "Ces associations, poursuit-elle, les organisent, leur donnent des outils pour venir à la rencontre des forces de l'ordre. Je le déplore malheureusement, car c'est une attitude irresponsable et dangereuse pour les migrants", rapporte France 3 Nord-Pas-de-Calais.

Même son de cloche du côté de la maire de Calais. Natacha Bouchart (Les Républicains) considère, selon ce reportage de France 3, que cette violence est orchestrée par des passeurs et des militants anarchistes du groupe No Borders qui auraient été identifiés dans la nuit de lundi à mardi.


Migrants à Calais : une violence orchestrée par des passeurs et des militants anarchistes

Parce que les conditions de vie empirent dans la "jungle"

Enfin, les conditions d'existence se détériorent dans la "jungle" de Calais, passée de 3 000 à 6 000 migrants en quelques semaines. Même si le ministère de l'Intérieur essaie de dégonfler ce chiffre en envoyant une partie des réfugiés ailleurs en France, ils sont toujours des milliers à s'entasser dans ce bidonville insalubre.

La situation sanitaire est devenue critique. Les réfugiés pataugent dans la boue et les immondices dans ce campement précaire qui ne compte que trois points d'eau, manque cruellement de toilettes et dont les ordures ne sont pas évacuées. Au point que plusieurs ONG, dont Médecins du monde et le Secours catholique, ont décidé de déposer un recours en justice, pour "mettre fin aux atteintes graves aux libertés fondamentales" des migrants. Elles ont obtenu gain de cause : le 2 novembre, le tribunal administratif de Lille a ordonné à l'Etat et à la commune de Calais de prendre des mesures d'urgence pour venir en aide aux migrants, comme créer une dizaine de points d'eau et cinquante latrines supplémentaires.