Vidéo Grève en Guadeloupe contre l'obligation vaccinale: "Nous sommes laissés pour compte" par l'État, assure le président de la région

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Il faut que la région ait "plus de responsabilités en matière de santé pour que nous puissions trouver une solution", plaide Ary Chalus.

"Nous sommes laissés pour compte" par l'État, a expliqué le président de la région Guadeloupe Ary Chalus mercredi 17 novembre sur franceinfo, alors que débute le troisième jour de la grève générale contre "l'obligation vaccinale" contre le Covid-19 en Guadeloupe. Ary Chalus explique que ses administrés "n'ont plus confiance" en l'État, car il ne s'intéresse pas assez à cette région depuis des années, bien avant la crise sanitaire.

franceinfo : La grève générale entre dans son troisième jour. Craignez-vous un blocage total de la Guadeloupe comme en 2009 ?

Ary Chalus : Oui ça m'inquiète. J'ai alerté le président de la République et les membres du gouvernement en charge de la Guadeloupe. Cette grève n'est pas seulement due à l'obligation vaccinale mais aussi aux problèmes que nous rencontrons. Avec la situation sanitaire, la Guadeloupe a beaucoup perdu, notamment en matière de taxe spéciale de consommation (TSC) sur le carburant et le transport. C'est près de 30 millions d'euros que nous avons perdus et si beaucoup sont aidés dans l'hexagone, la Guadeloupe, la Martinique ou les Antilles ne sont pas prises en compte. C'est important pour nous que l'État puisse entendre les doléances des Guadeloupéens de manière à ce qu'on puisse travailler ensemble et surtout simplifier les procédures. À la région, nous avons mis les moyens pour pouvoir accompagner, aider, avec un plan de relance de plus de 500 millions d'euros, auxquels s'ajoutent 134 millions d'euros dans le cadre de la réaction commune de l'Union européenne. Nous demandons une simplification pour que nous puissions mettre en place ce plan de relance et calmer la population qui souffre.

Mais ce plan de relance n'est-il pas condamné d'avance si peu de Guadeloupéens sont vaccinés ?

La Guadeloupe n'est pas comme l'Hexagone, nous vivons à l'extérieur. Les Guadeloupéens sont prêts à faire des tests PCR pour aller travailler mais on ne peut pas obliger. Je suis contre l'obligation vaccinale et le pass sanitaire. Je suis vacciné, je demande aux gens de se faire vacciner, je donne des explications, j'ai des exemples de personnes non-vaccinées qui ont perdu la vie. La Guadeloupe a été touchée très fortement et je pense qu'à ce moment-là des ministres auraient dû venir voir ce qui se passe en Guadeloupe. J'ai même demandé à ce qu'il y ait une équipe de médiation pour trouver des solutions. Si on faisait ensemble, s'il y avait plus de concertation avec l'ARS... Concernant la crise sanitaire, c'est moi qui ai lancé les premières réunions. Jamais je n'ai eu de réunion avec l'ARS concernant cette crise sanitaire. Si on s'était mis autour d'une table avec les syndicats, avec les partenaires, on aurait pu trouver une solution et une porte de sortie autre que cette obligation vaccinale. Si nous avions trois ou quatre millions d'habitants, nous serions traités d'une autre manière. Tout est politique. Mais nous allons faire des propositions quand même pour apaiser ce qui se passe aujourd'hui.

Pourquoi les Guadeloupéens ont-ils perdu confiance en l'État ?

Quand vous avez vécu le chlordécone, les sargasses, et qu'on ne voit pas l'État bouger, vous perdez confiance. À Capesterre-de-Marie-Galante, il y a 300 ou 400 personnes qui ont perdu leur maison, qui habitaient au niveau du littoral. Il n'y a pas d'action, il n'y a pas de mouvement. Les gens n'ont plus confiance. Mais s'il y avait une concertation, la simplification des dossiers, que nous puissions faire encore plus pour cette population, rassurer cette population, avoir une obligation de résultat, je pense que cette population aurait plus confiance et aurait pris le chemin de la vaccination. La région a fait son travail, nous avons acheté des masques, nous avons aidés des entreprises à mettre en place des solutions hydro-alcooliques, nous avons beaucoup fait à notre niveau.

"Nous faisons beaucoup plus que l'ARS qui est responsable."

Ary Chalus, président de la région Guadeloupe

à franceinfo

Nous sommes laissés pour compte.

Vous êtes contre l'obligation vaccinale mais appelez-vous tout de même les Guadeloupéens à se faire vacciner ?

Oui j'ai toujours lancé un appel à la vaccination, à l'apaisement, à la discussion, je pense que c'est en discutant, en faisant comprendre à ces personnes le bienfait de cette vaccination que nous allons pouvoir nous en sortir. Il faut qu'on soit écoutés, il faut que les régions – et surtout la région guadeloupéenne - aient plus de responsabilités en matière de santé pour que nous puissions ensemble, avec les Guadeloupéens, avec les organisations syndicales et patronales, trouver des solutions. Si ça se passe de cette manière, on pourra calmer les choses et retourner à l'apaisement.

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