Attentat de Strasbourg : ce que l'on sait de l'opération dans laquelle Cherif Chekatt a été abattu

Après deux jours de cavale, Cherif Chekatt a été tué jeudi soir par les forces de l'ordre à Strasbourg. 

Des forces spéciales dans le quartier de la Meinau après l\'assaut qui a permis de neutraliser Cherif Chekatt à Strasbourg, le 13 décembre 2018. 
Des forces spéciales dans le quartier de la Meinau après l'assaut qui a permis de neutraliser Cherif Chekatt à Strasbourg, le 13 décembre 2018.  (CHRISTIAN HARTMANN / REUTERS)

Sa cavale est terminée. Cherif Chekatt a été tué lors d'une opération des forces de l'ordre, jeudi 13 décembre dans la soirée, à Strasbourg. Cela faisait deux jours que le suspect de l'attaque du marché de Noël, mardi soir, était introuvable. 

>> "Nous sommes soulagés" : suivez les réactions après l'annonce de la mort de Cherif Chekatt, dans notre direct

Il s'était réfugié dans le sud de Neudorf 

Après avoir semé la mort et la terreur en plein centre-ville de Strasbourg, Cherif Chekatt s'était réfugié à Neudorf, où les forces de l'ordre avaient perdu sa trace mardi soir, selon des sources policières à franceinfo. Il avait emprunté un taxi pour se rendre dans ce quartier. "Tu sais que ce que j'ai fait ? J'ai tué des gens", a-t-il alors expliqué au chauffeur, à qui il a laissé la vie sauve, avant de disparaître.

Les enquêteurs étaient convaincus que l'homme était resté dans les parages, et ont mené dans la journée de jeudi une importante opération policière dans ce quartier, rappelle France 3 Grand Est. "Dans l’après-midi, on a eu des infos selon lesquelles il se trouvait dans le secteur du quartier Neudorf, raconte à franceinfo Fabrice Poli, secrétaire régional Grand Est du syndicat Alliance. Des témoins nous ont appelés pour nous dire qu'ils avaient vu un homme passant de jardin en jardin". Selon une source proche de l'enquête, une femme a ainsi appelé jeudi après-midi le numéro signalé dans l'appel à témoins pour informer de la présence d'un homme qui ressemblait au fugitif et qui était blessé au bras. D'après les informations de France 3, des traces de sang sont également découvertes sur un grillage. 

"Un très gros dispositif a alors été mis en place rue d'Epinal et rue de Belfort, poursuit Fabrice Poli. Malheureusement, toutes les vérifications effectuées n’ont pas permis de le localiser mais nous avons maintenu une surveillance discrète, appuyée dans le quartier."

Il a ouvert le feu contre des policiers 

La surveillance est alors complétée par un hélicoptère. Ce dernier "a permis de vérifier une info selon laquelle un homme était présent dans un cabanon, rue du Doubs. Dans la foulée, le dispositif s'est remis en place entre 19 et 20 heures, avec notamment les colonnes du Raid et de la BRI", assure Fabrice Poli. Cherif Chekatt "décide de quitter sa cache" et "commence à progresser", selon le récit du syndicaliste. Cherif Chekkat a trahi sa cachette en sortant d'un bâtiment, a confirmé Christophe Castaner lors d'un premier point-presse après cette opération. Le suspect a croisé, vers 21 heures, un équipage composé de trois fonctionnaires de la police nationale, qui passait rue du Lazaret.

"Ils ont aperçu un individu qui déambulait sur la voie publique, au niveau du 74, rue du Lazaret. Cet individu correspondait au signalement de la personne recherchée depuis mardi soir", a indiqué le ministre de l'Intérieur.

Visiblement fébrile et aux abois, Cherif Chekatt a tenté de rentrer dans un immeuble pour se cacher dans les parties communes. "Mes collègues voient quelqu'un qui essaie de rentrer dans un immeuble sans vraiment y parvenir, et se disent 'Bon, on va contrôler'. Ils arrivent vers lui, lui disent 'Bonjour Monsieur, Police nationale'. Ils se retourne, tire en direction de mes collègues, sans les toucher", retrace Emmanuel Georg, membre du syndicat Unité SGP police. "C’était une bête blessée, son intention était de mourir en martyr et d’essayer de tuer", analyse Fabrice Poli. 

Il a été abattu par un tir de riposte 

En ripostant, les policiers ont abattu Cherif Chekatt. "J’ai entendu un tir et, un dixième de seconde plus tard, cinq ou six tirs simultanés, ça a duré deux secondes en tout", témoigne un riverain interrogé par franceinfo. 

Aucun policier n'a été blessé lors de l'échange de tirs. Sur des photos prises du corps, on le voit gisant sur un trottoir, une arme de poing à ses côtés. Le procureur de la République a depuis formellement identifié Cherif Chekatt. "Il faut souligner le sang-froid de ces policiers, ils ont fait un travail extraordinaire, salue Fabrice Poli. Ils sont assez choqués quand même. Ils ont bénéficié d’un soutien psychologique, et ont été débriefés par la PJ."

La dépouille de Cherif Chekatt, abattu par la police à Strasbourg (Bas-Rhin), le 13 décembre 2018.
La dépouille de Cherif Chekatt, abattu par la police à Strasbourg (Bas-Rhin), le 13 décembre 2018. (DR)

L'enquête se poursuit 

"Evidemment, l'enquête se poursuit", a expliqué Christophe Castaner, qui s'est rendu dans la soirée sur place, dans le sud de Neudorf, pour rencontrer les policiers présents et rendre hommage aux victimes. "Il n'y a pas d'indication aujourd'hui qui nous fait penser qu'il y aurait eu des complices, a-t-il précisé, mais l'enquête se poursuit, elle se poursuivra jusqu'au bout pour que toute la vérité soit faite et que pour toute la sécurité liée à cette enquête soit garantie aux Français."

"La stratégie de la police, c’était de lui couper toute aide possible et manifestement, il n’est pas parvenu à bénéficier d’une aide", assure Fabrice Poli, qui poursuit : "Tout laisse à penser qu'il se terrait dans le quartier de Neudorf depuis la commission des faits."

Un des frères du tireur a été interpellé en Algérie, ont indiqué des sources proches de l'enquête à France 3, confirmant une information du Parisien. Il est la seule personne de son entourage à apparaître comme radicalisée.