Au procès des attentats du 13-Novembre, deux mères "désenfantées" pleurent leurs filles à la barre

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Des parties civiles au procès des attentats du 13-Novembre, le 10 septembre 2021. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCEINFO)

De nombreux parents endeuillés lors des attaques de 2015 témoignent depuis le début de l'audition des parties civiles. Vendredi, les mamans de Caroline et Elodie ont fait part de leur douleur.

Le visage d'une petite fille blonde souriante, enveloppée dans une serviette de plage, s'affiche sur l'écran de la salle d'audience. Caroline Prénat a été assassinée à l'âge de 24 ans au Bataclan. Sa mère Florence est à la barre, vendredi 15 octobre, au procès des attentats du 13-Novembre. "Je suis là pour toi aujourd'hui ma puce", dit-elle en regardant l'image projetée devant la cour d'assises spéciale de Paris. Elle fait partie des nombreux parents endeuillés ce soir-là. La majorité des 130 victimes avaient entre 20 et 40 ans.

Florence commence par remercier "tous ceux qui se sont occupés de Caroline", quand elle n'a pas pu la "câliner" ni la "prendre dans ses bras" lors de ses derniers instants. Il y a d'abord Maud, cette femme qu'elle ne connaissait pas et qui est morte avec elle. Toutes les deux ont été retrouvées enlacées dans la salle de concert. "Gilles, le commissaire de la BAC qui l'a sortie du Bataclan", "Marc, de la BRI, qui [lui] a annoncé la mort de Caroline le samedi vers 15 heures très doucement, très humainement". Et puis le personnel de l'Institut médico-légal (IML) et de la préfecture, pour "la restitution de ses affaires". "Ils ont tous été doux, d'une grande humanité. Ils nous ont tous un peu portés et c'était bien."

"Une douleur sur pieds"

Sur les photos qui continuent de défiler, Caroline a grandi. Sa mère égrène les petits noms qu'elle et ses amis lui donnaient : "Caroline, minette, ma puce, ma Caro, ma mine, petite mangouste, petite chouette, rayon de soleil, beaux yeux, petit chat." Devenue graphiste, la jeune femme était un "modèle micro-puce, fine, timide, calme et sensible". "On fait tous l'éloge des disparus mais s'agissant de Caroline, impossible de faire autrement", souligne Florence, bouleversée.

Il lui a fallu attendre "huit mois" pour recevoir le rapport de police et découvrir les circonstances de la mort de sa fille, d'abord blessée "au genou et dans le haut de la cuisse" puis visée par une balle "dans le crâne" alors qu'elle tentait de fuir avec sa compagne d'infortune. "Tu as eu peur, tu as souffert, tu es morte violentée, tu as ressenti de la terreur je le sais", se désespère sa mère.

"Moi je suis une maman désenfantée. On a tué la chair de ma chair au pif, sans savoir, sans âme, sans humanité."

Florence, la mère de Caroline Prénat

devant la cour d'assises spéciale de Paris, le 15 octobre 2021

Tout au long de son témoignage, Florence s'adresse à Caroline : "Ceux qui t'ont tuée étaient du même âge que toi. Ils ne savent pas ce que c’'st que de perdre un enfant, je suis une douleur sur pieds." A ses côtés se tient son fils, le frère de Caroline, silencieux. Florence, qui a dû affronter "un cancer et six mois de chimio" après la mort de sa fille, tient à remercier son autre enfant : "Tu m'as aidée, écoutée, consolée. De plus, tu m'as offert il y a 15 mois un petit-fils, un trésor, un petit bout de toi." 

"Comment peut-on ne pas respecter la vie ?"

Sylvie a elle aussi "le bonheur d'avoir un petit-fils de 18 mois". "C'est le miracle de la vie, cela m'aide à vivre", témoigne la mère d'Elodie Breuil, une amie de Caroline, tuée à l'âge de 23 ans "dans la fosse, d'une balle dans la tête". Cette "jeune blonde aux yeux bleus magnifiques", dont la photo s'affiche également à l'écran, "avait la joie sur son visage" quand Sylvie est allée la voir à l'IML. "Elle n'a rien vu venir, elle devait danser et rire", espère-elle.

Inscrite dans une école de design, Elodie "était très gentille, très bienveillante. Elle voulait que les gens soient heureux autour d’elle, c'était un grand cœur, notre rayon de soleil", loue sa mère. Au sujet des jihadistes qui ont semé la terreur ce 13 novembre 2015, Sylvie s'interroge : "Comment peut-on ne pas respecter la vie ? A quel moment, un jeune homme bascule et devient un terroriste ?" Cette "maman" se met aussi à la place "des parents de ces gens-là" : "Je me dis qu'ils doivent aussi être malheureux de ne pas comprendre pourquoi leur enfant en est arrivé là."

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Procès des attentats du 13 novembre 2015

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.