Procès des policiers agressés à Viry-Châtillon : des "doutes" et des "incertitudes" expliquent la relaxe de certains accusés

Huit personnes ont été acquittées samedi pour l'agression en 2016 de quatre fonctionnaires de police dans cette commune de l'Essonne. Certaines avaient été condamnées à de lourdes peines en première instance.

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Radio France
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Une voiture de police incendiée à Viry-Chatillon, le 8 octobre 2016, jour de l'agression de quatre policiers dans cette commune de l'Essonne.  (THOMAS SAMSON / AFP)

Dans l'affaire des policiers brûlés à Viry-Châtillon en 2016, des "doutes" et des "incertitudes" sur l'implication de certains accusés expliquent la relaxe de plusieurs d'entre eux par la Cour d'assises des mineurs de Paris, d'après les motivations du verdict que France Inter a pu consulter. L'acquittement de huit des accusés, soit trois de plus qu'en première instance, a provoqué l'indignation de nombreux policiers. Ils ont organisé mardi 20 avril des rassemblements dénonçant le laxisme de la justice.

Les propos d'un "témoin anonyme" non confirmés

Les motivations du verdict en appel soulèvent plusieurs interrogations quant au processus qui a conduit treize jeunes hommes à comparaître deux fois devant la justice. Lors de l'audience, le chef d'enquête a admis "qu'il avait des doutes et des incertitudes sur l'implication des accusés dans les faits", selon le document.

Dans le cas de l'un des accusés qui avait été condamné à 18 ans de réclusion en première instance, les jurés ont estimé en appel que les éléments à charge "apparaissaient insuffisants", les déclarations d'un "témoin anonyme" ne pouvant être corroborées par les éléments du dossier. Il est donc libéré "en l'absence d'éléments de preuve suffisants".

La couleur de peau d'un accusé mise en doute

Un autre accusé était mis en cause parce que la policière la plus gravement blessée dans cette attaque affirmait avoir reconnu son "regard". Cela n'est "pas suffisamment fiable pour être probant au regard du temps écoulé, de la rapidité du face-à-face avec son agresseur dont le visage était masqué, de l'émotion intense ressentie à ce moment-là", ont estimé les jurés qui ont choisi de l'acquitter.

Dans le cas du troisième homme acquitté, alors qu'il avait été condamné à 12 ans de réclusion en première instance, l'une des victimes remet en cause un témoignage à charge. L'un des policiers brûlés affirme en effet que le premier homme à avoir lancé l'assaut avait la peau noire, contredisant un autre témoignage qui présente ce jeune homme à la peau claire comme ayant été le premier assaillant. Il y a donc "un doute existant" d'après les jurés qui ont décidé de l'acquitter.

Des plaintes pour "faux en écriture"

Par ailleurs, les motivations du verdict précisent à plusieurs reprises se fonder sur "les retranscriptions intégrales des enregistrements vidéos de garde à vue" qui mettent hors de cause plusieurs accusés. Plusieurs avocats de la défense ont en effet souligné que ce qui avait été retransmis dans les procès-verbaux ne correspondait pas à ce qu'ont réellement dit les personnes entendues, comme l'ont prouvé les vidéos des gardes à vue visionnées à l'audience. Plusieurs avocats de la défense ont indiqué déposer plainte pour "faux en écriture".

La Cour d'appel a finalement condamné cinq accusés à des peines allant de six à dix-huit ans de réclusion. Le verdict souligne "la volonté claire des assaillants de provoquer la mort des victimes", ajoutant que "cette tentative d'homicide n'a manqué son effet que par la résistance des victimes, qui sont parvenues à prendre la fuite".

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