Pantin : ce que l'on sait de la mort de la directrice d'une école maternelle

Le corps de la fonctionnaire de 58 ans a été retrouvé dans le hall de son établissement. 

L\'école Méhul à Pantin (Seine-Saint-Denis), en juillet 2018. 
L'école Méhul à Pantin (Seine-Saint-Denis), en juillet 2018.  (GOOGLE STREET VIEW)

Les circonstances autour de la mort de la directrice d'une école maternelle de Pantin (Seine-Saint-Denis) se précisent. La piste du suicide est privilégiée. Cette femme de 58 ans, dont le corps a été retrouvé dans le hall de son établissement lundi 23 septembre au matin, a envoyé une lettre à plusieurs directeurs d'école et à son syndicat. Voici ce que l'on sait de ce drame.   

La piste du suicide est privilégiée 

Le corps de cette femme a été découvert lundi matin dans le hall de l'école Méhul à Pantin, en proche banlieue parisienne. L'hypothèse du suicide est privilégiée. Une autopsie a été réalisée mardi, mais les résultats n'ont pas été dévoilés. Sur place, les enquêteurs ont retrouvé plusieurs courriers écrits de sa main et une affichette à l'entrée de l'école, à l'intention de la gardienne. 

Une source proche de l'enquête a expliqué à franceinfo que la quinquagénaire avait connu plusieurs difficultés dans sa vie personnelle. Enseignante à l'école Méhul, puis directrice, elle était très connue à Pantin, où elle a été professeure des écoles pendant près de trente ans. 

Elle a écrit un courrier qui décrit son épuisement professionnel

Dans une lettre datée du samedi 21 septembre et envoyée aux vingt-cinq directeurs d'école de Pantin et à son syndicat, le SNUIpp-FSU 93, l'enseignante exprime un épuisement professionnel et dénonce des conditions de travail de plus en plus difficiles. "Je me suis réveillée épouvantablement fatiguée, épuisée après seulement trois semaines de rentrée", écrit-elle dans une lettre que franceinfo a pu consulter. 

"Les directeurs sont seuls !" martèle la directrice. Dans ce courrier, elle évoque le manque de soutien de la part de l'Etat, les rythmes scolaires des enfants à Pantin, le manque d'outils de travail ou encore les pratiques "chronophages""Je n'ai pas confiance au soutien et à la protection que devrait nous apporter notre institution. (...) L'idée est de ne pas faire de vague et de sacrifier les naufragés dans la tempête !" poursuit-elle. Et d'ajouter : "Je laisse à la cellule de l'Education nationale le soin de gérer au mieux le mal-être qui va suivre suite au choix du lieu de ma fin de vie." 

Un syndicat va déposer une alerte sociale

Le SNUIpp-FSU 93 a pointé dans un communiqué "la solitude de la mission de direction d'école dans les tâches quotidiennes administratives et organisationnelles qui s'accumulent, [et qui] devient au fil des années insupportable". Le syndicat évoque notamment des missions de direction d'école "complexifiées ces dernières années", avec "des injonctions hiérarchiques parfois contradictoires", et le "manque de formation et d'accompagnement lors de la gestion de situations de crise"

"Pour que la mort tragique de [sa] collègue et camarade ne soit pas vaine", le syndicat a indiqué son intention de déposer une "alerte sociale", protocole préalable à un préavis de grève auprès de la direction académique, exigeant "du ministre, du recteur, comme du Dasen [directeur académique] des réponses concrètes pour garantir la santé, l'intégrité morale et physique des personnels".

Une enquête a été ouverte 

Le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) a été immédiatement saisi par l'académie de Créteil, a appris franceinfo. Le ministère de l'Education a par ailleurs donné son feu vert à une enquête administrative. Le parquet de Bobigny a indiqué avoir ouvert une enquête pour recherche des causes de la mort, confiée au commissariat de Pantin. 

L'école, qui accueille environ 300 enfants, a été fermée lundi. Un rassemblement, organisé à l'initiative du collectif des directeurs d'école de Pantin, est prévu devant l'établissement jeudi à 18 heures. "Il s'agit d'honorer sa mémoire et de rendre visible la raison de son geste", explique à franceinfo une directrice d'école qui a reçu la lettre. "Ce n’est que la confirmation de faits que l’on dénonce depuis des années", poursuit-elle. 

Sur son site internet, le ministère des Solidarités et de la Santé rappelle les coordonnées de plusieurs organismes d'écoute et de prévention du suicide.