Chevaline. Sur la piste du guet-apens

La même arme a servi à assassiner les quatre personnes, selon "Le Parisien".

Le véhicule de la famille Al-Hilli est emporté le 6 septembre 2012, à Chevaline, en Haute-Savoie.
Le véhicule de la famille Al-Hilli est emporté le 6 septembre 2012, à Chevaline, en Haute-Savoie. (JEAN-PIERRE CLATOT / AFP)

TUERIE DE CHEVALINE - "Cette affaire ressemble de plus en plus à un guet-apens même si nous ne sommes pas encore sûr que cela soit l'œuvre d'un professionnel". A lire les déclarations du procureur d'Annecy, Eric Maillaud, au Dauphiné Libéré vendredi 7 septembre, il semble que les enquêteurs se dirigent vers la piste d'un piège tendu à la famille Al-Hilli sauvagement assassinée sur une route forestière de Chevaline, en Haute-Savoie, mercredi.

D'après le Parisien, la même arme a servi pour tuer à bord de leur break BMW Saad Al-Hilli, sa femme Iqbal, une femme de 77 ans, qui pourrait être la grand-mère maternelle, ainsi qu'un cycliste qui aurait eu le malheur de passer par là. Il n'est toutefois pas précisé s'il s'agit d'une seule et même arme ou du même modèle. "Le calibre de l'arme n'est d'ailleurs pas celui utilisé couramment par le grand banditisme", affirme le quotidien. Selon le procureur samedi, les quatre personnes tuées ont toutes reçu deux balles dans la tête.

Amateurisme et professionalisme

D'après les enquêteurs, rapporte encore Le Parisien, ces crimes mélangent "professionalisme et amateurisme". Si le ou les tueurs ont agi de manière implacable et précise, "l'acharnement contre le cycliste témoigne d'une rage que 'les pros ne connaissent pas'", a déclaré un enquêteur. Quelque 25 douilles ont été découvertes sur place.

Pour sa part, L'Express rapporte qu'il pourrait s'agir d'un calibre de 7,65, "un indice troublant car celui-ci s'avère moins courant que le 9 mm". Le site de l'hebdomadaire remarque également que toute les victimes ont été "retrouvées avec au moins trois balles dont une dans la tête. Là encore, cette constatation cadre mal avec l'hypothèse d'une mauvaise rencontre fortuite de la famille Al-Hilli comme celle d'une tentative de vol qui dégénère". Par ailleurs, Saad Al-Hilli aurait tenté "une ultime manoeuvre de dégagement: la BMW break a heurté le talus en terre du parking".

Les enquêteurs recherchent toujours un 4x4 vert et une moto qui ont été vus par le cycliste britannique ayant découvert les corps. Ils ont sollicité le concours des polices suisse et italienne dans le but d'arrêter le ou les criminels, le lieu de la tuerie se trouvant à quelques heures à peine des frontières françaises.

Des parents de la famille arrivés en France

En outre, "des membres de la famille sont arrivés en France" vendredi soir, a annoncé samedi le procureur d'Annecy, en évoquant un "oncle ou une tante""Je ne sais pas quand ils pourront voir la petite fille" la plus jeune, Zeena, quatre ans, sortie indemne du drame après huit heures, cachée aux pieds de sa mère morte, a précisé le procureur, soucieux de "s'assurer que ça puisse se faire sans difficulté".

Sa soeur de sept ans, Zainab, grièvement blessée à la tête, était toujours plongée dans un coma artificiel. "Dès que les médecins donneront le feu vert, elle sera très rapidement entendue par les enquêteurs", a expliqué le procureur. "On espère qu'elle pourra nous dire ce qu'elle a vu, donner des descriptions, le nombre de personnes, hommes ou femmes, des couleurs de peau, des vêtements. Enfin, tout ce qui peut permettre un début d'identification".

Des enquêteurs français au domicile de la famille

De l'autre côté de la Manche, quatre enquêteurs français, conduits par le colonel Marc de Tarlé, chef du bureau des affaires criminelles de la gendarmerie, devaient se coordonner avec leurs homologues britanniques afin de perquisitionner le domicile des victimes à Claygate, dans la grande banlieue cossue du sud de Londres. La perquisition sera "très longue", a indiqué une source proche de l'enquête, ajoutant qu'elle dépasserait la journée.

Une réunion entre policiers britanniques et gendarmes français s'est tenue samedi matin pour "mettre au point une stratégie" et déterminer le nombre de policiers à mobiliser sur l'affaire côté anglais. Les enquêteurs espèrent notamment "faire parler" la maison à colombages de la famille al-Hilli à Claygate.

Claude Sempere - France 2

Le frère entendu

Le frère de Saad al-Hilli, sera entendu en Grande-Bretagne, au même titre que l'ensemble de l'entourage des victimes, selon le procureur d'Annecy. Les gendarmes français dépêchés sur place "verront ça avec les enquêteurs britanniques", a déclaré samedi le procureur Eric Maillaud. Le frère de Saad Al-Hilli s'était présenté spontanément à la police britannique pour nier toute culpabilité.

Un litige financier opposait les deux hommes. D'après Le Parisien samedi, le père de famille assassiné était "préoccupé". Le journal croit encore savoir que "la piste du drame familial, sur fond d'un différend entre Saad et son frère aîné, Zaid, concernant la succession de leurs parents est sérieusement étudiée. D'après les tabloïds anglais, Kadim al-Hilli, le père, décédé l'an dernier, aurait pu laisser à ses fils un patrimoine avoisinant le million de livres sterling (1,26 M€), dont une partie pourrait se trouver dans des paradis fiscaux".

Vendredi, le procureur d'Annecy s'était montré prudent : "Ce n'est pas parce qu'on dit qu'il y a un litige entre deux frères que celui-ci devient nécessairement le suspect numéro 1."