Marseille. Ce que l'on sait de l'attaque d'un TGV pour un clip de rap

Plusieurs dizaines d'habitants de la cité Air Bel ont arrêté un train, comme dans un western, pour "faire du buzz sur internet".

Un TGV dans la gare de Marseille-Saint-Charles (Bouches-du-Rhône), en mars 2011.
Un TGV dans la gare de Marseille-Saint-Charles (Bouches-du-Rhône), en mars 2011. (WOJTEK BUSS / ONLY FRANCE / AFP)

Ils disent avoir voulu tourner un clip de rap, mais cela ressemblait plutôt à un western. Plusieurs dizaines de jeunes venus de la cité Air Bel de Marseille (Bouches-du-Rhône) ont effrayé, samedi 2 février, quelque 150 voyageurs en attaquant un TGV près de la ville. Sur les dix personnes placées en garde à vue, huit - dont quatre mineurs - ont été  déférées au parquet et présentées à un juge d'instruction, lundi 4 février, pour "entrave à la circulation des trains, dégradations volontaires et vol".

Alors que le producteur du clip s'est dit "dépassé" par les événements, le parquet croit pour sa part à un acte "prémédité". Francetv info résume l'affaire.  

Que s'est-il passé ?

Le TGV venait de quitter la gare Saint-Charles à Marseille en direction de Nice, quand des torches allumées sur les voies ont forcé le conducteur à s'arrêter près de la cité Air Bel, classée Zone de sécurité prioritaire (ZSP). Plusieurs dizaines de jeunes ont alors tenté de monter à bord, tout en lançant des objets sur les rames, avant de s'enfuir dans la cité à l'arrivée de la police. Les forces de l'ordre ont essuyé des jets de pierres, mais ont pu interpeller dix personnes. "Bien sûr on a eu peur, on a eu de la chance qu'ils n'arrivent pas à entrer", a raconté une voyageuse. En effet, aucun des assaillants n'a pu entrer dans le train, les portes étant verrouillées. Reparti vers 16 heures en direction de Toulon, le TGV est arrivé à Nice avec deux heures de retard, vers 18h30.

Voici les explications du maire du 6e secteur de Marseille et du procureur de la République par les reporters de France 3.

Francetv info / France 3

Qui sont les suspects ?

Parmi les dix personnes interpellées, six sont connues des services de police pour des faits de petite délinquance. Elles ont évoqué le tournage d'"un clip de rap" pour expliquer leur attitude, selon une source proche de l'enquête. "On continue les confrontations et auditions. Il en ressort que leur objectif était de faire du buzz sur internet, pas de voler le train."

"Sur les dix personnes placées en garde à vue samedi, huit vont être déférées, dont quatre mineurs, le plus jeune ayant 13 ans et demi et le plus âgé 36 ans", a affirmé lors d'une conférence de presse le procureur de la République à Marseille, Jacques DallestParmi les suspects déférés au parquet figure un majeur qui a filmé toute la scène, dans un souci "esthétique, 'artistique'", a ajouté le procureur, qui évoque un acte "prémédité"

La Sûreté départementale, en charge de l'enquête, doit désormais trouver les "instigateurs" du projet, a ajouté Jacques Dallest. Le parquet n'a pas requis de mandat de dépôt à l'encontre des suspects, mais un placement sous contrôle judiciaire, en attendant leur prochaine convocation devant un tribunal correctionnel pour les majeurs, ou un tribunal pour enfants pour les mineurs. Ils encourent jusqu'à sept ans de prison.

Le producteur du groupe de rap donne ses explications devant la caméra de France 3.

France 3

Les ZSP montrées du doigt ?

"Manuel Valls rend hommage aux policiers qui sont rapidement intervenus pour protéger les passagers et le personnel de la SNCF", a annoncé le ministère de l'Intérieur, dimanche : "Contraindre un train à s'arrêter d'urgence, semer la panique parmi les voyageurs, caillasser les forces de l'ordre sont des actes inacceptables."

L'événement relance également le débat sur les Zones de sécurité prioritaires (ZSP), parmi lesquelles figure la cité Air Bel. "Cet incident démontre que j'ai eu raison d'insister auprès du Premier ministre et du ministre de l'Intérieur pour classer la vallée de l'Huveaune en Zone de sécurité prioritaire (ZSP)", a réagi le sénateur-maire (UMP) de Marseille, Jean-Claude Gaudin, déplorant toutefois que "malgré les promesses du gouvernement, le nouveau dispositif amorcé ne donne pas de meilleurs résultats".

Robert Assante, maire des 11e et 12e arrondissements de Marseille, souligne pour sa part qu'"il manque toujours 300 ou 400 policiers à Marseille" et que "classer la cité Air Bel en ZSP est une erreur stratégique : cela va déplacer les problèmes sur les cités voisines, puisqu'elles percolent entre elles".