Erreurs judiciaires : "Le jour où j’ai repris espoir"

Alors que Marc Machin vient d'être acquitté lors de son procès en révision, francetv info poursuit sa série sur les victimes d'erreurs judiciaires. Voici le cinquième épisode.

Roland Agret dans le box des accusés de la cour d\'assises du Rhône, le 22 avril 1985, pour l\'ouverture de son procès en révision.
Roland Agret dans le box des accusés de la cour d'assises du Rhône, le 22 avril 1985, pour l'ouverture de son procès en révision. (GERARD MALIE / AFP)

Au dernier jour du procès en révision de Marc Machin, acquitté jeudi 20 décembre lors de son procès en révision, francetv info poursuit sa série sur les victimes d'erreurs judiciaires. Chaque jour, elles racontent une étape importante de leur parcours. Après l’arrestation, les aveux, l’arrivée en prison, et la condamnation, voici le jour où elles ont repris espoir.

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Malgré le découragement lors de la condamnation, souvent confirmée en appel, la plupart des victimes d'erreurs judiciaires n'ont jamais totalement perdu espoir. Et ont continué à revendiquer leur innocence depuis la prison. Avec acharnement. Roland Agret, qui a utilisé des moyens particulièrement spectaculaires pour attirer l'attention (grève de la faim, manches de fourchettes avalés...), a commencé par adresser des courriers au président de la République, au juge d'application des peines, au ministre de la Justice. Pas plus efficace, selon l'homme devenu par la suite président d'Action Justice, que "d'envoyer du papier-toilette".

Abderrahim El-Jabri a fait la même chose. "J'écrivais au juge, à l'avocat général, aux ministres de la Justice, de la Défense, au président, à la police des polices", énumère à francetv info celui qui a écopé, avec Kader Azzimani, de vingt ans de prison pour le meurtre d'un jeune dealer à Lunel (Hérault) en 1997. "Je les ai harcelés pendant quatre ou cinq ans. J'ai toujours senti qu'un jour ou l'autre on arrêterait les coupables. Je suis têtu et opiniâtre. Je n'ai jamais lâché le morceau", constate-t-il aujourd’hui, dans l'attente de son procès en révision.

Un coach pendant l'incarcération

Même Patrick Dils, décrit à l'époque comme un adolescent mutique, timide et mal dans sa peau, assure à francetv info n'avoir "jamais baissé les bras". "J'ai toujours su que je sortirais de prison uniquement par la grande porte. Mais je ne savais pas quand." Il a dû attendre quinze ans avant d'être acquitté du double meurtre de Montigny-lès-Metz (Moselle).

Concernant cette volonté farouche d'y croire, tous insistent sur l'importance d'avoir bénéficié du soutien indéfectible d'une ou plusieurs personnes. Pour Patrick Dils, ce sont ses parents, mais aussi un co-détenu, qu'il surnomme "papy". "C'est la seule personne qui a été capable de m'aider, qui ressentait mon innocence. Il m'a coaché avant mon troisième procès." Avec succès.

Dans son livre Seul contre tous, Marc Machin remercie aussi "son paternel", qui lui a rendu visite toutes les semaines en prison les premières années. Le jeune homme, condamné à deux reprises pour le meurtre du pont de Neuilly, a aussi croisé la route de bénévoles attentionnés, comme le diacre Jean-Claude ou Josette, une employée de mairie à la retraite qui l'a accueilli chez elle à sa sortie de prison. Roland Agret affirme quant à lui qu'il n’y serait jamais arrivé sans Marie-Jo, une frêle jeune femme épousée en prison, toujours à ses côtés aujourd'hui.

Un "élément nouveau"

Dans l'affaire du meurtre de Lunel, c'est tout simplement le fait d'être deux embarqués "dans cette galère" qui a fait tenir Abderrahim El-Jabri et Kader Azzimani. Les deux hommes l'ont expliqué au micro de France 2 :

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A deux, toujours, les condamnés mènent leur contre-enquête depuis la prison, sans relâche. Comme le relate Le Point, leurs familles engagent Roger-Marc Moreau, un détective qui a fait des erreurs judiciaires sa spécialité. Devant lui et un journaliste de France 3, le principal témoin oculaire se rétracte. La justice rouvre l’enquête, au nom de cet "élément nouveau de nature à faire naître le doute sur la culpabilité d'une personne condamnée", juridiquement nécessaire pour obtenir une révision.

En septembre 2010, un nouveau rebondissement intervient dans cette affaire : alors qu'elles allaient être détruites, les traces ADN recueillies sur la scène de crime sont versées au fichier national des empreintes génétiques. Elles correspondent à un homme : un manutentionnaire, qui dénonce ensuite son complice, le directeur d'un centre de loisirs. Abderrahim El-Jabri a vent de la bonne nouvelle par une surveillante de prison. "Vite, vite, il faut appeler votre avocat", lui lance-t-elle. Il apprend alors que les vrais meurtriers du jeune dealer de Lunel (Hérault) en 1997 ont été confondus. "Là, les larmes tombent. Je n'arrivais plus à parler. Après, je n'arrivais plus à faire de sport non plus, j’étais vidé."

L'ombre de Francis Heaulme

Revirement encore plus spectaculaire : Marc Machin doit sa libération à l'auteur du crime lui-même, David Sagno. Dans la nuit du 3 au 4 mars 2008, ce SDF a poussé la porte du commissariat de la Défense pour soulager sa conscience et avouer les deux meurtres du pont de Neuilly. Quand il l'apprend, Marc Machin fait "des bonds dans [sa] cellule (...) Les jours qui suivent, impossible de dormir. Je me réveille en sueur pendant la nuit, en me demandant si je suis encore en train de rêver".

Dans le cas de Patrick Dils, l'"élément nouveau" est incarné par Francis Heaulme. En 1992, le tueur en série confie à un gendarme, Jean-François Abgrall, sa présence sur les lieux du double meurtre le 28 septembre 1986. "J'ai enfin un élément entre les mains pour réussir à me défendre, à parler et m'exprimer", souligne Patrick Dils. Il devra malgré tout attendre dix ans et deux autres procès pour être officiellement blanchi.