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Rapport de l'assureur de Lubrizol : "Je suis atterré, cela montre que cette tragédie était évitable"

En septembre 2019, un rapport de l'assureur de Lubrizol pointait les failles qui ont précisément mené à l'incendie qui a touché l'usine de Rouen. 

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L'incendie de l'usine Lubrizol, à Rouen. (JEAN-JACQUES GANON / AFP)

"Lubrizol n'a pas tenu compte de ce rapport des assureurs qui décrivaient un scénario-catastrophe, et qui malheureusement a été réalisé", a expliqué ce samedi sur franceinfo Gérald Le Corre, responsable de la santé au travail à la CGT en Seine-Maritime. Ce dernier s'est procuré le rapport de FM Global, assureur de Lubrizol, dont les conclusions ont été révélées vendredi par Le Monde. FM Global a effectué une inspection sur le site de Lubrizol de Rouen en 2019, et remis son rapport le 23 septembre, soit trois jours avant l'incendie.

"Le rapport fait état de l'utilisation de grands récipients en plastique dans lesquels sont placés des produits inflammables", a détaillé Gérald Le Corre. "La difficulté qu'on a avec ces récipients, lorsqu'on a un feu dans un bâtiment, c'est que le contenant qui est en plastique va fondre et d'un seul coup on va avoir mille litres de produits inflammables qui prennent feu qui vont couler dans les bâtiments". C'est le risque que pointe le rapport que FM Global a remis à la direction de l'usine. Pour Gérald Le Corre, il y a "une faute aggravée" de la direction "parce que l'attention avait été attirée par l'assureur", de l'usine sur ce risque.

La "myopie étonnante" des services de l'État

"Comment comprendre que les services de l'Etat n'ont pas mis en évidence des défauts de sécurité incendie, quand des assureurs qui passent tous les ans font des remarques extrêmement précises et pertinentes sur un scénario qui s'est révélé complètement exact dans le déroulé du 26 septembre ?", se demande Gérald Le Corre.

"Je suis atterré parce que ce rapport montre que cette tragédie était évitable", a réagi sur franceinfo samedi Olivier Blond, président de l’association Rouen Respire. "Ce que montre ce rapport c'est la myopie étonnante des services de l'Etat qui doivent surveiller et inspecter ces installations classées Seveso et qui n'ont pas vu ce risque et qui ont laissé faire l'entreprise", dénonce Olivier Blond.

Je suis choqué que les services d'inspection des sites Seveso, la Dreal qui a cette responsabilité, n'aient pas anticipé ce risque.

Olivier Blond, président de Rouen Respire

à franceinfo

Un site "en conformité" selon la direction

Dans un communiqué publié vendredi 7 février, la direction de Lubrizol a réagi en indiquant que "le site de Rouen, y compris tous les équipements, étaient en conformité avec la réglementation en matière de santé, sécurité et environnement au moment de l'incendie". FM Global réalise chaque année "des évaluations du risque de perte des outils de production sur notre site de Rouen", explique le communiqué. Selon l'entreprise, l'expertise de FM Global pointe "les opportunités de réduction progressive de risque de perte de l’outil de production", mais  ses conclusions "ne sont pas centrées sur les risques concernant la santé humaine, la sécurité ou l’environnement".

Sur la base des recommandations de FM Global, Lubrizol assure avoir priorisé "de façon continue les améliorations apportant le maximum d’efficacité dans la réduction des risques". Le groupe affirme encore avoir investi "100 millions d’euros pour les améliorations sur le site de Rouen depuis 2008". Cette priorisation des améliorations "vise à réduire les risques et non pas à réduire les coûts", ajoute le communiqué de Lubrizol.

L'usine Lubrizol de Rouen, classée Seveso seuil haut, avait été autorisée l'année dernière à augmenter la quantité de produits polluants stockés. Le 26 septembre, vers 2h30, une partie de l'usine et trois bâtiments de l'entreprise contiguë, Normandie Logistique, avaient été ravagés par un incendie, qui avait provoqué un panache de fumée noire de 70 km de long. Le sinistre n'a pas fait de victime. Au total, 9 505 tonnes de produits, en majorité chimiques, avaient brûlé.

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