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"Ils ne voient pas ce que nous on voit" : les habitants des quartiers nord de Marseille sceptiques avant la visite de Gérald Darmanin

Le ministre de l'Intérieur se rend dans la cité phocéenne jeudi. Un déplacement qui n'est pas jugé très utile par les habitants des quartiers populaires, habitués aux visites officielles sans résultats concrets.

Article rédigé par France Info - Clémence Gourdon
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Vue du port et des quartiers nord de Marseille, en mars 2020. (GERARD JULIEN / AFP)

"On nous avait déjà annoncé qu'il allait y avoir des effectifs de police, mais nous, sur le terrain, on ne les voit pas" : des hommes politiques, Djamila Mustepha en voit défiler depuis 10 ans. Elle habite et travaille auprès d'associations, dans le quartier de la Busserine, dans les quartiers nord de Marseille. Ici, les habitants sont habitués aux visites officielles à répétition.

Nombreux sont ceux qui regardent donc d'un œil sceptique la venue du ministre de l'Intérieur, jeudi 25 février. Un déplacement annoncé après la fusillade qui avait coûté la vie à deux hommes, dont un rappeur, dans le troisième arrondissement, le 13 février dernier. Gérald Darmanin doit annoncer officiellement le renfort de 300 policiers, dont 100 cette année.

"Eux, ils font leur politique depuis leur bureau, ils ne sont pas sur le terrain."

Djamila Mustepha

à franceinfo

Les personnalités politiques interviennent souvent après une fusillade, ou à l'approche d'élections, racontent les habitants. Et puis plus rien, regrette Djamila Mustepha : "Ils ne voient pas ce que nous on voit, ce que, nous, on vit. Peu importe le quartier où vous allez aller, les besoins sont les mêmes : avoir une présence quotidienne, quelque chose qui se voit, quelque chose qui fait effet, comme la police de proximité. Qu'il n'y ait pas que de la répression. Parce que le problème, ce n'est pas venir frapper, ramasser les jeunes et après partir. Ils en prennent dix maintenant, trois heures après il y en a dix qui arrivent."

Des opérations coup de poing qui ne suffisent pas, selon ces habitants. Pour Djamila Mustepha, il faut travailler en amont, donner plus de moyens à ces quartiers. "Il faudrait déjà voir les écoles de Marseille, dans quel état elles sont, explique-t-elle. On a besoin de vivre dans un environnement propre, qu'on nous respecte. Je ne sais pas si vous avez fait le tour du quartier, mais il a l'air abandonné. On essaie de l'améliorer, mais il est abandonné."

"On a besoin d'aide, on a besoin de subventions, d'argent, de personnels... On a besoin de tout."

Djamila Mustepha

franceinfo

Cette réalité sur le terrain, Laurent Mucchielli l'a traduite dans de nombreuses études. Directeur de recherches au CNRS, il a notamment dirigé l'Observatoire de la délinquance et des contextes sociaux à l'université Aix-Marseille : "On a étudié les dossiers de plus de 500 mineurs délinquants à Marseille, on a montré quelles étaient les causes fondamentales des problèmes. Ce sont des violences intrafamiliales, des situations d'échec scolaire... C'est là-dessus qu'il faudrait massivement travailler, mais évidemment ce n'est pas visible et le résultat ne se voit pas tout de suite." Pour le sociologue, cette énième visite est encore une opération de communication politique, toujours pas dédiée au travail de fond, qu'il juge pourtant indispensable.

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