Pourquoi la peur des clowns fait-elle recette sur Facebook ?

Reprenant toutes les rumeurs, à destination d'un public très local, les pages qui recensent les apparitions supposées de clowns fauteurs de troubles se multiplient.

Des clowns participent à une parade à l\'occasion de Thanksgiving, à New York, le 22 novembre 2012.
Des clowns participent à une parade à l'occasion de Thanksgiving, à New York, le 22 novembre 2012. (CARLO ALLEGRI / REUTERS)

De l'Hérault au Nord-Pas de Calais en passant par la région parisienne, les incidents impliquant des personnes déguisées en clowns se sont multipliés ces dernières semaines, du mauvais plaisantin jouant à effrayer les passants à l'agression à la barre de fer. Des évènements qui n'ont pas manqué de provoquer la panique sur les réseaux sociaux, principalement chez les adolescents. Les pages Facebook censées prévenir leurs abonnés des endroits où sont présents les clowns malfaisants se sont multipliées. Leur principe :  reprendre les "informations" des internautes. Mais pourquoi ces pages - remplies de fausses indications et flirtant avec la paranoïa - rencontrent-elles un tel succès ?

Parce que les pages Facebook sur le sujet se prétendent utiles

Les utilisateurs de Facebook ne sont clairement pas du côté de ces jeunes qui se déguisent en clowns pour effrayer les passants. Sur le réseau social, ils expriment alternativement leur peur d'être agressés et leur envie de s'en prendre par la violence à ces fauteurs de troubles costumés. Les pages Facebook ont suivi cette tendance : une poignée appartient à de prétendus groupes de clowns, mais la plupart sont des pages dites d'information, qui entendent signaler toutes les apparitions de clowns dans le but de garantir la sécurité du public. Et c'est ce qui fait leur succès.

"Cette page a pour but de signaler tous les clowns vus à Toulouse et en périphérie, pour savoir où ils sont susceptibles de s'amuser à faire peur à nos petits frères et sœurs ou aux personnes âgées", explique ainsi la page "Les clowns à Toulouse" dans son premier message. L'administrateur de la page "Les clowns du Nord" livre, lui, ses conseils, à l'efficacité discutable, pour reconnaître et échapper aux agresseurs masqués : "Dans les forêts et les buissons, s'il y en a, ils sifflent, donc courez", conseille-t-il, récoltant des dizaines de "likes" et des commentaires parfois moqueurs, mais surtout positifs. Même s'il est plus sûr de suivre les conseils de la police, qui demande d'appeler le 17

Parce qu'elles parlent du coin de votre rue

En recherchant "les clowns" dans le moteur de recherche de Facebook, des centaines de pages apparaissent, presque toutes sur le même modèle. Qu'ils soient "du Gers", "en Alsace" ou "du 77", les clowns mal intentionnés sont partout, et surtout près de chez vous, à en croire les internautes (les faits divers avérés se concentrent essentiellement sur quelques départements). La plupart des pages réunissent des soi-disant faits qui se sont produits sur l'ensemble d'un département, mais il y a aussi des pages consacrées à de grandes agglomérations - Bordeaux, Strasbourg -, voire même à de petites villes. Ainsi, la page "Les clowns d'Isbergues et ses alentours" rassemblait, le 28 octobre, plus de 5 600 likes. Un nombre qui équivaut à plus de la moitié de la population (9 200 personnes) de cette commune du Pas-de-Calais.

Et si ces infos sont partagées, c'est pour leur caractère très local, comme le montre la réaction des commentateurs. "Clown à Arras... Ils sont partout", écrit par exemple la page d'Isbergues le 19 octobre au-dessus d'une photo sans doute envoyée par un internaute. "Reste chez toi !", conseille une habitante à une connaissance arrageoise, tandis qu'un autre propose à un ami de "faire un petit tour à Arras" pour mettre le fauteur de troubles "dans le coffre de la camionnette". Partagées essentiellement parce qu'elles évoquent un endroit qui concerne directement les lecteurs, ces alertes reposent sur le dialogue avec ces mêmes lecteurs, qui envoient l'essentiel des "informations" publiées. Et toute indication peut facilement être présentée comme locale, puisque les photos sont le plus souvent fausses : ainsi, deux pages distinctes peuvent poster la même photo en la disant, tour à tour, prise en Alsace et en région parisienne.

Parce que leurs histoires pourraient nous concerner

Si la panique des clowns a aussi bien pris chez les internautes, c'est aussi parce qu'il est facile de s'imaginer dans la même situation que les personnes qui témoignent de leurs prétendues rencontres avec des agresseurs masqués. Expliquer qu'un clown rôde dans un tramway ou sur un parking de supermarché parle à tous les lecteurs potentiels. Les posts qui font le plus réagir sont d'ailleurs ceux qui présentent des victimes auxquelles le public de ces pages - âgé majoritairement de 13 à 17 ans selon Facebook - peut s'identifier : cette jeune fille de 17 ans prétendument "entre la vie et la mort", ou un jeune homme qui aurait repoussé un clown avec son skateboard.