Affaire Merah, affaire de famille

Portrait des proches du "tueur au scooter", alors que paraît "Mon frère, ce terroriste", témoignage accablant d'un des frères de Mohamed Merah.

AFFAIRE MERAH – Au début, il y avait Mohamed Merah. Le gamin des quartiers devenu délinquant endurci, puis jihadiste et assassin de sept personnes, dont trois enfants, à Montauban et Toulouse en mars dernier. Puis sont apparus Abdelkader, frère au discours radical aujourd'hui claquemuré, Zoulikha, mère ambiguë, Mohamed Ben-Allal, père violent et vindicatif, Abdelghani, frère plein de contrition pour ce qu'il n'a pas commis, Souad, sœur "fière, fière, fière" des meurtres de son frère ou encore Aïcha, petite dernière vivant loin du tumulte médiatique lié à son nom.

Alors que paraît mercredi 14 novembre Mon frère, ce terroriste (Calmann-Lévy), témoignage d'Abdelghani Merah recueilli par le journaliste Mohamed Sifaoui, francetv info brosse le tableau d'une famille déchirée.

Le père, Mohamed Ben-Allal Merah

Mohamed Merah n'aura pas beaucoup vu son père dans l'appartement familial. Lorsqu'il est âgé de 5 ans, Mohamed Ben-Allal Merah, ouvrier fondeur de 51 ans arrivé en France dans les années 60, se sépare de sa mère, relatent Jean-Manuel Escarnot et Franck Hériot dans Vous aimez la vie, j'aime la mort ! (Jacob-Duvernet). L'homme la battait. "Certains soirs, des pleurs s'élèvent de la chambre des parents. Des cris parfois. Les enfants sont témoins de violentes disputes", décrit Le Monde. Dans Mon frère, ce terroriste, Abdelghani Merah affirme que son "géniteur" frappe aussi les aînés : "Il me corrigeait comme on frappe un adulte." Les parents sont séparés depuis sept ans quand le père est condamné à cinq ans de prison pour trafic de cannabis, selon RTL.

Lorsque son fils est abattu par le Raid, le père absent se rappelle au bon souvenir de tous. Il porte plainte contre X pour meurtre. Il dit vouloir poursuivre "les autorités sécuritaires françaises", rapporte Courrier international, et prévient qu'il les tiendra pour responsables d'éventuelles représailles contre les autres membres de sa famille ou contre d'autres musulmans, "surtout de la part des Juifs, qui sont racistes, contrairement aux autres Français, connus pour leur droiture". Son avocate affirme posséder des vidéos porteuses de révélations. Personne n'en verra jamais la couleur. Selon le site Maghreb Intelligence (article payant), Mohamed Ben-Allal Merah aurait pu être "instrumentalisé" par l'Algérie.

La mère, Zoulikha Aziri

D'elle, on ne sait que ce que les autres en disent. Après la séparation d'avec son mari, âgé de quinze ans de plus qu'elle, sans diplôme, elle a dû élever cinq enfants avec 1 000 francs de pension. Jean-Manuel Escarnot et Franck Hériot la disent "débordée", Eric Pelletier et Jean-Marie Pontaut, auteurs d'Affaire Merah, l'enquête (Michel Lafon), parlent d'une femme "dépassée". Abdelghani Merah, lui, la qualifie de "lâche, dépassée, manipulatrice et sans personnalité". Après la mort de son fils, son avocat affirme qu'elle est rongée par "un sentiment de culpabilité et de remords".

Mais elle ne s'exprime pas. Ce sont donc les autres qui parlent à sa place. Sur BFMTV, Abdelghani affirme : "Ma mère a toujours dit que les Arabes sont nés pour détester les Juifs, et cela, c'est une phrase que j'ai entendue tout le long de ma tendre enfance." A la veille de la sortie de son livre, elle lui aurait passé un coup de fil. "Elle m'a dit qu'elle était prête à se suicider devant mon fils pour que j'arrête de parler."

 L'aînée, Souad

Jusque-là discrète, elle vient d'apparaître à son corps défendant dans l'affaire. Alors qu'ils sont filmés à distance par une équipe de M6, son frère, Abdelghani, engage la conversation sur Mohamed. Elle se laisse prendre : "Je suis fière de mon frère, il a combattu jusqu'au bout. (...) Je pense du bien de Ben Laden, je l'ai dit aux flics." Elle ne cache pas ses sentiments antisémites et conclut : "Moi et [Abdel]Kader, on soutient les salafistes. Mohamed a sauté le pas. Je suis fière, fière, fière." Visée par une enquête pour "apologie du terrorisme", elle a décidé de porter plainte contre M6.

Abdelghani dit avoir voulu montrer l'antisémitisme de sa famille. Dans son livre, il écrit : "Souad n'ignorait rien (…). Je me rends compte qu'elle (…) n'a absolument rien fait pour empêcher notre jeune frère de dévier vers le terrorisme. Tout montre que, au contraire, elle l’a soutenu dans sa folie." 

Comme l'a révélé RTL, la jeune femme était surveillée par les services de renseignement avant Mohamed, pour ses relations avec la mouvance salafiste toulousaine. Elle a notamment suivi des enseignements coraniques au Caire (Egypte) et fourni une aide financière à son cadet.

Le frère aîné, Abdelghani

Il est l'aiguillon de la famille de Mohamed Merah, dont il a le physique. Dans son livre, véritable réquisitoire contre ses proches, il se qualifie de "mouton noir". Lui qui "ne trouve plus le sommeil" décrit une enfance faite de coups, de propos antisémites et de défaillances éducatives qui ont conduit en prison son jeune frère et l'auraient mené à sa dérive terroriste.

Le lecteur y perçoit une étrange culpabilité. A Libération, Abdelghani Merah explique que son nom de famille lui fait "honte". Il raconte encore avoir appelé la mère de sa compagne à l'annonce de l'identité du "tueur au scooter" : "Je lui répétais en boucle : 'Je n’y suis pour rien, je ne suis pas un tueur d’enfants', comme si j’avais besoin de me justifier." Sa compagne n'est d'ailleurs pas acceptée par les Merah car "dès qu'ils ont su qu'elle avait un ascendant juif, ma mère d'abord, mon père ensuite ont commencé à la qualifier, en son absence, de 'sale juive' ou de 'sale Française'".

Le deuxième frère, Abdelkader

Cette animosité prend un tour encore plus grave quand son frère Abdelkader poignarde Abdelghani à sept reprises. Eric Pelletier et Jean-Marie Pontaut écrivent : "Abdelkader l'aurait traité de 'mécréant', décrétant que son épouse était un 'démon'. Après ce coup de sang, le pare-brise du couple vole en éclat. Lorsque Abdelghani veut s'attaquer en retour au véhicule de son cadet, Abdelkader le poignarde." Abdelghani retire sa plainte, mais son frère est incarcéré. Le Monde présente "Kader" comme une terreur qui "impose sa loi à la maison".

Abdelkader, c'est surtout celui que les policiers soupçonnent d'avoir endoctriné Mohamed. Il est d'ailleurs mis en examen pour "complicité". Comme sa sœur aînée, il a passé du temps au Caire, avec l'aide d'un salafiste, Sabri Essid, dont le père a été un temps marié à sa mère, Zoulikha.

Après l'assaut du Raid contre son frère, il aurait dit admirer son "courage", selon Eric Pelletier et Jean-Marie Pontaut. Depuis, interrogé par les enquêteurs, il "joue au dupe", selon Libération. Le gérant du cybercafé d'où ont été passés les coups de fil à l'un des militaires tués dit l'avoir vu ? Il répond qu'on le confond avec son frère. A-t-il aidé Mohamed à voler le scooter ? Pas du tout, même s'il était présent. Son avocat est formel : il n'y a pas d'indices démontrant sa complicité.

La petite dernière, Aïcha

Née en 1990, deux ans après Mohamed, elle est la benjamine. D'elle, on ne sait presque rien. Sinon qu'elle vivait en face de l'appartement de Mohamed Merah lors de l'assaut. Elle est "coiffeuse" et "émancipée", selon les auteurs de l'Affaire Merah. Au Parisien, elle a confié dans les premiers temps de l'affaire : "C'est la plus totale stupéfaction. Jamais je n'aurais pu imaginer [que Mohamed] commette des méfaits contre des personnes et a fortiori des enfants."