Affaire Grégory : le livre du juge Lambert "devait sortir", "il y tenait beaucoup", témoigne l'auteur de sa préface

Le journaliste Eric Yung, qui a écrit la préface du livre posthume du juge Lambert, se souvient d'un homme marqué par l'affaire Grégory qui lui a laissé des "plaies ouvertes, béantes".

Le juge Jean-Michel Lambert, le 1 avril 2014.
Le juge Jean-Michel Lambert, le 1 avril 2014. (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)
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Le dernier roman du juge Lambert, Témoins à charge, sort jeudi 24 août aux éditions De Borée, propriété du groupe de presse Centre France. Le juge Jean-Michel Lambert, en charge de l'affaire Grégory, s'est donné la mort le 11 juillet à son domicile du Mans. Dans une lettre d'adieu adressée à l'Est Républicain, le magistrat expliquait "ne plus avoir la force de se battre", quelques semaines après le rebondissement spectaculaire dans cette énigme judiciaire vieille de plus de 30 ans. La préface de ce livre, aux étranges parallèles avec sa vie et sa mort, a été écrite par le journaliste Eric Yung.

franceinfo : Fallait-il que ce livre sorte ?

Eric Yung : Ce livre devait sortir. Il est venu devant toute l'équipe et les commerciaux des éditions de Borée pour le présenter. Il y tenait beaucoup. Le groupe de presse Centre France, propriétaire des éditions de Borée, a tenu à prendre toutes les précautions éthiques et ce livre n'est sorti qu'avec l'accord de la famille, et il y a eu un délai d'attente.

Pourquoi avoir accepté d'écrire la préface ?

Le connaissant depuis 17 ans, même si je n'ai jamais été un intime, c'était tout à fait normal que j'écrive cette préface. C'était quelqu'un que nous estimions beaucoup, à juste raison, c'était un humaniste, une personne ouverte, cultivée, un vrai littéraire, qui se mettait tous les jours à sa table de travail depuis qu'il était à la retraite.

Vous l'avez rencontré peu de temps avant sa mort. De quoi avez-vous parlé ?

Nous avons eu une conversation qui a duré presque 4 heures. Il y a un mot qui m'a beaucoup marqué. Il m'a beaucoup parlé de sa reconstruction et il y a eu cette phrase anodine, mais qui est terrible aujourd'hui quand j'y réfléchis avec le recul du temps et ce qui s'est passé, il m'a parlé de sa reconstruction et que c'était grâce à son épouse, à ses enfants, le sport et la littérature. Il m'a parlé de ses plaies, parce qu'il n'avait pas de cicatrices de l'affaire Grégory, mais il avait toujours des plaies ouvertes, béantes et il en souffrait beaucoup. A un moment, je lui dis qu'il a eu beaucoup de courage de pouvoir se reconstruire ainsi. Il a eu cette phrase qui m'a paru anodine à l'époque, 'si ça devait recommencer, je ne sais pas si j'aurais le même courage'.

Dans son livre, Jean-Michel Lambert, fait mourir un personnage de la même manière que lui. A-t-il anticipé sa propre mort ?

Je ne sais pas. Bien sûr que c'est très troublant. Il faut se souvenir qu'il y a quelques années, une consœur de Libération avait reçu les confidences de Jean-Michel Lambert, juge à l'époque, où il avait parlé de son éventuel suicide. Il a évoqué cela à plusieurs reprises et il s'en était confié à une journaliste de Libération. Alors évidemment, lorsque l'on retrouve dans son livre qui est une fiction inspirée d'une affaire qu'il avait connue à l'instruction, il est évident qu'on ne peut pas s'empêcher de s'interroger quand on voit son personnage se suicider avec un sac plastique qu'il noue sur la tête, après avoir bu une bouteille de whisky posée à côté de lui, du fauteuil dans son bureau.

Le personnage de Marilynda, une jeune fille abusée par son beau-père, se rétracte et il est acquitté. Cela fait penser à Murielle Bolle. C'est vraiment un livre à tiroir qui mène toujours à l'affaire Grégory.

Cette description du Marilynda ressemble étrangement à Murielle Bolle, qui est une jeune fille qui dénonce à tort une autre personne dans sa fiction. Et puis, il y a aussi, un sacré clin d'œil. Le narrateur est un avocat et il faut le portrait de cet avocat qui lui ressemble trait pour trait. C'est exactement son portrait. Le fond de l'histoire est très balzacien, il y a des personnages de la bourgeoisie locale, dans une ville de province. Ce sont des milieux qu'il connaît bien. Il fait des portraits du procureur, du juge d'instruction…