Affaire des "mariages chinois" : ce qui était reproché à Jean Germain

L'ancien maire de Tours a été retrouvé mort le jour où devait s'ouvrir son procès. Pourquoi devait-il comparaître ?

Jean Germain, alors maire de Tours, pose devant la mairie, le 18 octobre 2013, à Tours (Indre-et-Loire).
Jean Germain, alors maire de Tours, pose devant la mairie, le 18 octobre 2013, à Tours (Indre-et-Loire). (ALAIN JOCARD / AFP)

Il ne viendra jamais à son procès. Le sénateur PS Jean Germain, ancien maire de Tours, ne s'est pas présenté, mardi 7 avril au matin, à l'ouverture du procès dit des "mariages chinois". Il a été retrouvé mort, un peu plus tard dans la matinée, près de son domicile. 

"Il a disparu en laissant une lettre d'adieu", a déclaré son avocat, Me Dominique Tricaud, lors de l'appel des accusés au tribunal de Tours, mardi matin. Dans cette lettre lue à la presse, Jean Germain écrit notamment : "Je sais le mal que je vais faire, la peine que je vais diffuser à ceux qui m'aiment, mais on ne peut laisser la chasse systématique aux politiques se dérouler normalement, quotidiennement." Le procès a été immédiatement suspendu. Que reprochait-on à Jean Germain ? 

De faux mariages pour promouvoir la région

Jean Germain devait comparaître pour "complicité de prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics" dans le cadre de l'organisation de simulacres de mariages pour touristes chinois.

Ceint de son écharpe tricolore, il avait "célébré", entre 2007 et 2011, ces unions fictives alors qu'il était maire de Tours. Ce projet, auquel il tenait, était censé booster le tourisme des bords de Loire en faisant venir de nombreux couples chinois. Il avait été mené à bien grâce au personnage central de cette affaire, Lise Han. En 2006, cette Taïwanaise avait été engagée par la mairie pour faire venir des visiteurs chinois à Tours, afin que l'édile les "marie" symboliquement à la française.

L'organisatrice en plein conflit d'intérêts

Le concept a connu un succès retentissant puisque 200 couples se sont dit "oui" dans la salle des mariages de la mairie de Tours, selon Le MondeContre 3 000 euros, ils pouvaient faire un mariage fictif devant le maire, puis une séance photos sur les bords de la Loire avant de terminer la journée par un banquet.

En août 2011, un article du Canard enchaîné, basé sur des lettres anonymes, révèle que derrière l'entreprise le Lotus Bleu, qui organisait les festivités, on retrouve Lise Han. La Taïwanaise, membre du cabinet du maire en tant que "conseillère chargée des relations franco-chinoises", choisissait elle-même les conditions du marché public passé avec sa propre entreprise. Au total, 800 000 euros d'argent public ont été versés à Lotus Bleu en quatre ans, comme l'avançait Libération. Le maire a alors écarté  la conseillère, recasée de force à l'Office de tourisme. Fin des mariages chinois.

Lise Han est alors interrogée et mise en examen pour "escroquerie". Les enquêteurs découvrent que la femme a nommé deux hommes à la tête du Lotus Bleu, son mari actuel, puis son ex-époux. Pour sa défense, l'ancienne conseillère a plaidé la bonne foi, indiquant ne pas être "une fonctionnaire" et ne pas connaître les règles des marchés publics. Elle a affirmé que Jean Germain savait, depuis 2008, qu'elle était la vraie dirigeante de l'entreprise, mais n'avait rien dit.

Jean Germain a démenti tout enrichissement personnel

Une version démentie par Jean Germain, qui a attaqué son ancienne conseillère. "Elle m'a fait un enfant dans le dos", avait déclaré l'édile, dans un reportage de TF1 relayé par France Bleu. Il avait alors balayé les rumeurs de "promotion canapé" dont aurait bénéficié Lise Han.

Finalement, en octobre 2013, selon son avocat Dominique Tricaud, les juges ont estimé "qu'à ce stade de l'information", il existait "des charges leur permettant de soupçonner Jean Germain d'avoir été informé des faits de prise illégale d'intérêt commis par madame Lise Han". Ils "l'ont, en conséquence, mis en examen pour complicité passive." Selon l'avocat, "aucun enrichissement d'aucune sorte n'a été relevé à l'encontre de Jean Germain".