Mort d'Adama Traoré : une nouvelle expertise renforce l'hypothèse d'un "coup de chaleur" aggravé par son immobilisation par les gendarmes

Les avocats des deux parties interprètent cette expertise de deux façons radicalement opposées.

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Une banderole "Justice pour Adama" tenue lors d'une manifestation à Beaumont-sur-Oise, le 20 juillet 2019. Photo d'illustration. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Franceinfo a pu consulter, mercredi 9 novembre, les conclusions d'une dixième expertise sur la mort d'Adama Traoré le 19 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) après une interpellation musclée. En parlant d'un "coup de chaleur" aggravé par l'immobilisation du jeune homme par les gendarmes, elles concluent à un cumul de facteurs qui, séparément, n'auraient probablement pas causé la mort du fuyard mais qui, ensemble, l'ont en effet provoquée. 

Les experts estiment qu'il est "très probable" que la température d'Adama Traoré ait été supérieure à 37,3° C, car la prise de température n'a pas été faite de la façon la plus précise, "au niveau rectal", et a donc "vraisemblablement [été] sous-estimée". De plus, un témoin affirme que le jeune homme avait des difficultés respiratoires pendant sa fuite, après avoir échappé à une première tentative d'interpellation.

Cela "renforce encore l'hypothèse d'un coup de chaleur" provoqué par la course du jeune homme, concluent les experts, "les manœuvres de contraintes physiques sont intervenues alors que l'intéressé présentait un état de faiblesse et une hypoxie".

Confirmation des premières expertises

Cette nouvelle expertise, datée du 22 août 2022, ne fait que confirmer, voire renforcer, les conclusions du premier rapport des mêmes experts belges, rendu le 27 janvier 2021. Ils y concluaient à la fois que, "sans l'application de ces manœuvres de contrainte, on peut penser que Monsieur Traoré n'aurait pas présenté l'évolution dramatique constatée ensuite" pour un simple "coup de chaleur", et que l'immobilisation dont il a fait l'objet "n'aurait probablement pas dû engager une issue fatale, indépendamment des autres circonstances, chez un individu en bonne santé". Ils désignent aussi les pathologies préexistantes d'Adama Traoré – une sarcoïdose notamment – comme des "facteurs aggravants".

Ils écrivaient que "telle qu'elle est relatée, la procédure d'immobilisation dans un appartement ne semble pas particulièrement agressive mais n'est pas particulièrement prudente non plus d'autant que le sujet semblait un instant auparavant, selon un témoin, déjà en situation de difficulté respiratoire". Ils tenaient à rappeler qu'une telle immobilisation "peut entraîner un décès inopiné" chez "un individu très agité".

Alors que les forces de l'ordre assurent ne pas avoir vu l'état dans lequel se trouvait Adama Traoré avant de l'interpeller, les experts estimaient qu'"on peut légitimement nourrir un doute sérieux" sur l'état qu'elles disent avoir constaté et pensaient que le fuyard "devait déjà se trouver dans un état d'affaiblissement marqué".

Deux interprétations différentes

Les proches d'Adama Traoré se félicitent des conclusions de cette dixième expertise. Contacté par franceinfo, leur avocat, Me Yassine Bouzrou, estime qu'elle va dans leur sens. "Sans l'interpellation violente des gendarmes, Adama Traoré ne serait pas mort. Autrement dit, les gendarmes ont causé la mort d'Adama Traoré", affirme-t-il. Pour lui, "la mise en examen et le renvoi devant une juridiction s'imposent en droit".

Mais dans le camp d'en face, au contraire, on estime que l'expertise innocente les gendarmes. "Ces conclusions confirment que le décès n'est pas lié au geste des gendarmes", revendique à franceinfo Me Rodolphe Bosselut, qui représente deux des trois militaires placés sous le statut de témoins assistés dans cette affaire. Selon lui, "les experts retiennent que l'hypothèse d'un coup de chaleur à l'exercice est la cause principale du décès" d'Adama Traoré.

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