Contre-expertise dévoilée par la famille d'Adama Traoré : "C'est scandaleux de procéder de la sorte", réagit l'avocat d'un gendarme

Un nouveau rapport d'expertise médicale, dans l'affaire Traoré, a été dévoilé ce lundi, établissant que les conditions d'interpellation seraient la seule cause de la mort du jeune homme. L'avocat de l'un des gendarmes dénonce ce rapport, qui "n'est pas contradictoire" avec le précédent, selon lui.

Des manifestants portent un portrait d\'Adama Traoré, le 22 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise (Val-d\'Oise).
Des manifestants portent un portrait d'Adama Traoré, le 22 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise). (THOMAS SAMSON / AFP)

La famille d'Adama Traoré a transmis aux juges, lundi 11 mars, une contre-expertise médicale qui montre que les pathologies rares dont souffrait le jeune homme de 24 ans ne suffisent pas à expliquer son décès lors de son interpellation par trois gendarmes en 2016. L'avocat de l'un de ces gendarmes dénonce, sur franceinfo, mercredi 13 mars, un rapport qui n'est "absolument pas contradictoire" et estime qu'il est "absolument scandaleux de procéder de la sorte". Selon maître Rodolphe Bosselut, ce rapport ne suffit pas à pousser les juges d'instruction à réentendre les trois gendarmes.

Les conditions d'interpellation seraient à l'origine du décès

Le rapport, remis lundi par la famille d'Adama Traoré aux juges, a été commandé à quatre médecins des hôpitaux de Paris, spécialistes des deux pathologies rares dont souffrait le jeune homme de 24 ans. Les médecins sont formels dans ce document : ces deux pathologies ne peuvent pas expliquer la mort d’Adama Traoré. La responsabilité des gendarmes dans cette interpellation musclée doit être réexaminée, selon l'avocat de la famille d'Adama Traoré, maître Yassine Bouzrou.

Mais ce rapport pose problème à l'avocat de l'un des trois gendarmes, Rodolphe Bosselut. "Il y a un problème de méthodologie : à quoi ont eu accès les spécialistes évoqués par maître Bouzrou. Je n'en sais rien ! Ont-ils eu accès à la totalité du dossier ? Si oui, comment ?", s'interroge l'avocat, estimant que cela pourrait poser un "vrai problème de violation du secret de l'instruction".

Une volonté de nuire à la procédure judiciaire, selon l'avocat

"C'est un rapport qui n'est absolument pas contradictoire, il aurait suffi de demander à l'époque une contre-expertise, ce qui n'a pas été fait par la famille Traoré. On poursuit purement une vérité médiatique en essayant de s'abstraire des règles de procédure et de la vérité judiciaire", juge encore Rodolphe Bosselut.

"Je suis très surpris de cette forme de déloyauté vis-à-vis de l'institution judiciaire, qui consiste à aller chercher une vérité ailleurs que dans le dossier", explique encore l'avocat de l'un des trois gendarmes, estimant qu'il s'agit plus "d'une instruction médiatique que d'une instruction judiciaire. Le problème, c'est qu'il faut se défendre dans le dossier judiciaire. Et jusqu'à maintenant, cette possibilité a été ouverte et n'a pas été saisie par la famille Traoré. C'est absolument scandaleux de procéder de la sorte".

Faut-il réentendre les trois gendarmes et éventuellement procéder à une reconstitution de l'arrestation qui a précédé la mort d'Adama Traoré, à la lumière de cette nouvelle contre-expertise ? Maître Rodolphe Bosselut est formel : "En l'état de ce qu'est le dossier aujourd'hui, de mon côté : non !"