2002-2012 : une décennie de monnaie unique, alors euro ?

Elle va fêter ses 10 ans et hérite d'une crise sans précedent. Quel bilan pour la monnaie unique européenne à la veille de son anniversaire ?

L\'euro, la monnaie unique européenne, fêtera ses dix ans d\'existence le 1er janvier 2012.
L'euro, la monnaie unique européenne, fêtera ses dix ans d'existence le 1er janvier 2012. (PATRICK GUYOT / MAXPPP)

Dix ans. Une décennie que la monnaie unique a fait son apparition dans le porte-monnaie des Français. Mais cet anniversaire intervient alors que la zone euro traverse une des plus importantes crises de son histoire. Bilan et perspectives.

2001 : un franc succès pour ses premiers pas

Créée par le traité de Maastricht du 7 février 1992, la monnaie européenne s’appelle alors l’écu. Il faut attendre le 1er janvier 1999 pour voir apparaître virtuellement l'euro. Il n’est alors présent que sur les marchés financiers et sur nos comptes en banque, à côté du franc. Le 14 décembre 2001, les premiers sachets de pièces, contenant 15,24 euros, sont mis en "vente" pour 100 francs. Il s'en écoulera 25 millions en cinq jours.

Le 1er janvier 2002, l'euro entre en vigueur dans douze pays : la France, l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, l'Espagne, la Finlande, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal et la Grèce. Aujourd’hui, dix-sept pays partagent cette monnaie.

Tout à la fois catalyseur d'échanges commerciaux et financiers, protection contre les risques de change et future monnaie de réserve internationale, les premiers pas de l’euro sont un succès.

A ses débuts, l'euro est sous-évalué, ce qui permet aux économies des pays concernés d'être "dans une position de force vis-à-vis de leurs concurrents, ce qui est démontré par la hausse des exportations et son effet positif sur le produit intérieur brut", note un bilan réalisé par Europa en 2002. La presse britannique en vient même à regretter d'en être resté à la livre sterling. 

2011 : un bilan mitigé pour les consommateurs français

Pourtant, dix ans plus tard, la monnaie unique est contestée. Ainsi, 36 % des Français souhaiteraient le retour au franc et 45 % estiment que l’euro est un handicap pour l’économie française, selon un sondage Ipsos-Logica du 5 décembre 2011.

Et pour cause : "Beaucoup accusent en effet l’euro d’avoir fait grimper les prix et sapé le pouvoir d’achat", raconte Le Monde"Les consommateurs ont pris l’euro en grippe", confirme l’économiste Philippe Moati, interviewé par le quotidien.

De fait, les prix ont bel et bien augmenté en dix ans : de 27 % pour une baguette à 65 % pour le kilo de pommes, en passant par une augmentation de 45 % pour un café, selon le relevé de prix effectué par l’UFC-Que Choisir.

Mais ces hausses sont essentiellement dues à l’envolée des prix des matières premières. Et selon l’Insee, entre 2001 et 2010, le coût des dépenses de consommation des ménages a augmenté en moyenne de 1,6 % par an, soit à peine plus qu’entre 1991 et 2001, où il avait progressé de 1,3 %.

2012 : des défis à relever

La monnaie unique chute presque continuellement depuis quatre mois : de 1,44 dollar, elle a atteint jeudi 29 décembre 2011 un de ses niveaux les plus bas depuis septembre 2010, en passant sous les 1,29 dollar. A 18 heures la veille, l'euro valait 100,73 yens. Du jamais vu depuis juin 2001.

Néanmoins, "sa valeur reste supérieure à celle qu'elle atteignait à sa création, à 1,1665 dollar le 1er janvier 1999, et surtout supérieure à son arrivée dans les porte-monnaie des Européens, à 0,95 dollar le 2 janvier 2001", souligne Boursier.com.

De son côté, L'Expansion.com liste les sujets d’inquiétude et les défis de la zone euro en 2012 : la dette italienne et la décote de la dette grecque. Mais aussi, et c’est le plus préoccupant, le fait que les Etats de la zone euro doivent se mettre d’accord sur plusieurs points-clés : le durcissement de la discipline budgétaire souhaité par l'Allemagne ou le fonctionnement et l’étendue des fonds de secours. Dernier point à surveiller : le "credit crunch", c’est-à-dire quand les banques ne prêtent plus assez d’argent aux entreprises et aux particuliers.

Le prochain sommet européen aura lieu fin janvier. Objectif : parvenir à un accord, au plus tard en mars, sur le contenu exact du nouveau traité décidé lors du sommet de Bruxelles, le 8 décembre.

Méthode Coué ou cadeau d’anniversaire ? Le ministre de l’Economie allemand, Wolfgang Schäuble, s’est montré très optimiste vendredi 30 décembre, en prévoyant qu'"au cours des douze prochains mois, nous aurons éliminé les dangers de contagion et serons parvenus à stabiliser la zone euro".