Réforme des retraites : "La vie des travailleurs, ce n'est pas des tableaux Excel", réagit Laurent Berger

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Emmanuel Macron laisse trois mois aux partenaires sociaux pour mener la concertation sur le projet de loi du gouvernement. "Le report de l'âge légal n'est pas une option", prévient le patron de la CFDT sur franceinfo.

"C'est une satisfaction de ne pas avoir une mesure brutale, un passage en force qu'aurait constitué un amendement au PLFSS", déclare lundi 3 octobre sur franceinfo, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, alors qu'Emmanuel Macron laisse trois mois aux partenaires sociaux pour mener la concertation sur la réforme des retraites. "On ne peut pas traiter ce sujet, qui est un sujet social, sociétal, important, par le biais d'un amendement à un projet de loi de financement de la sécurité sociale", insiste Laurent Berger.

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Les partenaires sociaux sont invités à discuter avec le gouvernement d'ici quelques semaines. "Ce n'est pas une victoire, estime le patron de la CFDT, mais une satisfaction d'avoir cet espace de concertation", puisque. Laurent Berger note que la durée est toutefois un peu "courte" alors qu'il ne souhaite pas précipiter les choses.

"On ne discutera pas avec un sablier sur la table. On prendra le temps de la discussion."

Laurent Berger

à franceinfo

La CFDT sera donc bien présente à la table des discussions : "Ce serait complètement dingue" de ne pas être là, affirme Laurent Berger. "Quand on est défenseur des travailleurs, on va discuter de l'emploi des seniors, poursuit-il, on va discuter de la pénibilité, des carrières longues, de celles des femmes, de la situation des agents publics. On va défendre nos revendications comme on le ferait devant un patron d'une certaine manière et on verra à la fin".

D'après le patron de la CFDT c'est bien une "concertation" et non pas une "négociation" à laquelle les syndicats sont conviés puisque "l'objet c'est d'avoir un projet de loi à la fin." Et Laurent Berger d'expliquer comment il compte amener les choses : "On va d'abord commencer en se demandant de quoi on parle sur les retraites". 'Est-ce qu'on parle simplement d'une réforme paramétrique et d'un rapport du corps dont on n'a pas la même lecture ?", questionne-t-il. "Et puis ensuite on discutera de tous les sujets."

Concernant la menace d'Emmanuel Macron de dissoudre l'Assemblée nationale en cas de blocage des oppositions, Laurent Berger estime que quand le président fait cette déclaration, "il s'adresse aux parlementaires", alors que lui "est un acteur social" et ne sent donc pas visé.

Plus précisément sur l'âge de départ à la retraite, Laurent Berger campe sur ses positions : "Le report de l'âge légal pour nous ce n'est pas une option. L'âge, ça n'a plus de sens", selon lui. Il rappelle qu'en moyenne "les Français partent à la retraites à 63 ans et 40% de ceux qui partent ne sont déjà plus en emploi". 

"Est-ce qu'on va enfin prendre le problème à la racine plutôt que de faire croire aux Français que le seul sujet c'est l'âge de départ à la retraite ? Le vrai sujet c'est comment on tient compte des carrières."

Laurent Berger

à franceinfo

Pour Laurent Berger, toucher à l'âge de départ n'est pas "la bonne option" car c'est, selon lui, "pénaliser les travailleurs les plus modestes""Par exemple, si on va à 65 ans, les premiers concernés seraient les travailleurs et travailleuses de deuxième ligne : propreté, agroalimentaire, industrie. Des travailleurs et travailleuses qui ont souvent commencé tôt à travailler, qui ont des carrières plutôt longues et des métiers plutôt pénibles."

Les carrières longues, "il ne faut pas y toucher"

Concernant la prise en compte des carrières longues et le dispositif de retraite anticipée, "il ne faut pas y toucher", prévient le secrétaire général de la CDFT.  Les salariés ayant commencé à travailler avant 20 ans peuvent partir en retraite à 60 ans, ceux partis avant 16 ans peuvent partir avant 60, selon certaines conditions. "Ce qui fait sens dans un système de retraites par répartition c'est qu'on soit engagés les uns avec les autres et qu'on soit engagés à cotiser une certaine durée", avance Laurent Berger. Selon lui, "lorsque vous partez à la retraite après avoir cotisé 46 ou 47 ans, c'est normal que vous puissiez partir plus tôt, c'est pour cela qu'on a institué les carrières longues en 2003."

Malgré tout, Laurent Berger veut se montrer ouvert au dialogue : "On peut regarder les paramètres, il n'est pas question de dire que l'on ne veut toucher à rien du tout et ne discuter de rien du tout. La CFDT n'a jamais fui ses responsabilités. Mais c'est clair qu'il faut garder un système de départ anticipé pour carrière longue."

Enfin, sur la durée de cotisations - qui doit passer progressivement de 42 ans à 43 ans - le patron de la CFDT rappelle qu'il veut d'abord discuter du maintien de l’emploi et ajoute : "Personne n'ignore que l'on était pour une réforme systémique des retraites et aujourd'hui ce qu'on nous présente ce serait juste une mesure paramétrique mais le vrai sujet ce n'est pas celui-là. La vie des travailleurs ce n'est pas des tableaux Excel", conclut-il.

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