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Xavier Niel met-il en danger le pluralisme de la presse ?

"Le Monde", "Télérama", "La Vie" et bientôt, peut-être, "Le Nouvel Observateur"... Le fondateur de Free multiplie les rachats de journaux. Explications. 

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Le fondateur de Free, Xavier Niel (au centre), participe à l'assemblée générale de l'Electronic Business Group, à Paris, le 25 juin 2013.  (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Le trio formé par Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse n'est pas rassasié. Déjà actionnaires majoritaires du Monde, les trois hommes sont actuellement en négociations pour racheter Le Nouvel ObservateurC'est ce qu'a fait savoir Claude Perdriel, actuel propriétaire de l'hebdomadaire, mercredi 8 janvier. La négociation concernerait 65% du capital du groupe, pour 13,4 millions d'euros.

Selon Libération, Xavier Niel, fondateur de Free, a été le premier à répondre à l'appel de Claude Perdriel, qui avait annoncé, en décembre, vouloir trouver un "partenaire" financier. Si Pierre Bergé discute encore de l'affaire, d'après Le Monde.fr, le patron de Free n'a pas beaucoup hésité avant de dire "oui".

Rien d'étonnant : depuis plusieurs années, Xavier Niel s'impose en acteur de choix dans le secteur des médias français.

Niel, un nom qui revient souvent

Quel est le point commun entre Le Monde, Atlantico, Télérama ou encore Causeur ? Réponse : le nom de Xavier Niel apparaît à leur capital. Et la liste des médias dans lesquels le patron de Free a investi n'en finit pas de s'allonger. 

La presse quotidienne. Depuis 2010 et un rachat médiatique, Xavier Niel partage, avec Pierre Bergé et Matthieu Pigasse, la majorité (64%) du groupe Le Monde, dont le navire amiral est le quotidien du même nom.

Les médias en ligne. La sixième fortune de France, selon le classement Forbes (en anglais), caresse aussi les pure players dans le sens du poil. Il a ainsi investi 100 000 euros dans Mediapart, au moment de la création du site, et 300 000 euros dans Bakchich, détaille le site Acrimed. Xavier Niel a également prêté main forte aux sites Atlantico, Electron Libre ou encore Causeur, tout en y restant minoritaire.

Les hebdomadaires. Il possède déjà, avec Pierre Bergé et Matthieu Pigasse, les hebdomadaires du groupe Le Monde, notamment Télérama, La Vie et Courrier International. Avec Le Nouvel Observateur, Xavier Niel ajouterait une corde à son arc. Si l'opération se réalise, il deviendrait – toujours avec Bergé et Pigasse – l'actionnaire majoritaire du magazine, de sa régie pub et de Rue89, site récemment acquis par Claude Perdriel. 

Un patron atypique à l'assaut du pouvoir médiatique

Pourquoi ce ténor des télécoms s'intéresse-t-il tant aux médias ? Pour "le pouvoir", répond Gilles Sengès, journaliste à L'Opinion et auteur du livre Xavier Niel, l'homme Free. Contacté par francetv info, il explique : "Niel n'est pas vraiment intéressé par la presse en tant que telle. C'est surtout une façon de se poser dans le monde des affaires et de la politique." Par conséquent, l'homme "a investi un peu partout", à commencer par les médias en ligne. "Ce n'était pas cher et cela lui permettait de peser davantage", analyse Gilles Sengès.

Xavier Niel, homme d'affaires atypique, d'abord créateur de sociétés spécialisées dans le Minitel rose ou les peep-show, s'est au passage racheté une conduite. "Il était un peu marginalisé en France de par son passé 'Minitel rose' et ses ennuis judiciaires, détaille Gilles Sengès. Racheter Le Monde était pour lui une véritable opération de relations publiques." 

Mais le fondateur de Free reste avant tout un opportuniste. "Il ne cherche pas vraiment les titres où investir ; il prend surtout les occasions qui se présentent à lui." Le tout sans rancune, business is business. Ainsi, qu'importe que Claude Perdriel l'ait concurrencé, à l'époque, pour racheter Le Monde : Xavier Niel a finalement étudié sa demande pour L'Obs pendant ses vacances de Noël aux Maldives, raconte Libération.

Un symbole de la crise de la presse 

La présence de Xavier Niel au capital d'une vingtaine de titres peut-elle menacer la liberté de la presse ? "La question du pluralisme va se poser à un moment ou un autre", confirme Jean-Marie Charon, sociologue des médias. Mais pour le moment, Xavier Niel "investit rarement comme actionnaire exclusif", ce qui lui permet de désamorcer les critiques. 

Le patron de Free n'est toutefois pas réputé pour respecter particulièrement le travail des journalistes. "Il a poursuivi une journaliste des Echos pour diffamation, rappelle Gilles Sengès. Il n'a pas une vision sympathique des journalistes et apprécie peu la critique."

Les journalistes "ne sont pas en position de force" pour s'attaquer à Niel, juge Jean-Marie Charon. Pour le sociologue, le cas Xavier Niel illustre ainsi la crise de la presse. Les médias traditionnels, dont la valeur baisse par rapport aux entreprises d'informatique et de télécoms, finissent "à la merci de ces grands groupes". Aux Etats-Unis, le rachat du Washington Post par le fondateur et PDG d'Amazon, Jeff Bezos, en est un exemple concret. "Le problème va se reposer, en France ou à l'étranger", avance le sociologue. Ce sera ensuite "aux politiques de réfléchir aux conditions nécessaires pour assurer un pluralisme"

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