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Le départ de Demorand, nouvel acte dans le conflit qui mine "Libération"

Alors que actionnaires et salariés s'opposent depuis des mois sur l'avenir du quotidien, le directeur de la publication, Nicolas Demorand, a démissionné. 

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France Télévisions
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Les salariés de "Libération" répliquent au projet des actionnaires, en une du quotidien, samedi 8 février 2014. (PIERRE ANDRIEU / AFP)

Il renonce. Après un long conflit avec les équipes du quotidien, Nicolas Demorand a annoncé au site du Monde, jeudi 13 février, qu'il quittait Libération et démissionnait de sa fonction de directeur de la publication.

Depuis des mois, actionnaires et salariés sont divisés sur l'avenir du quotidien, en proie à de sérieuses difficultés économiques. Le journal a perdu plus d'un million d'euros en 2013, avec une chute des ventes de 13%. Alors que la direction veut sortit de l'impasse financière, la rédaction entend défendre l'identité du journal. Francetv info revient en actes sur cette période-clé dans l'histoire du quotidien.

Acte 1 : pas de "Libé" dans les kiosques

Vendredi 7 février. Le quotidien ne paraît pas dans les kiosques. Les salariés ont en effet voté une grève de 24 heures, la veille au soir, pour réclamer le départ des dirigeants Philippe Nicolas et Nicolas Demorand.

Acte 2 : les actionnaires dévoilent leur projet pour "Libé"

Les actionnaires de Libération précisent leurs intentions. Ils prévoient de faire du journal "un réseau social, créateur de contenus monétisables sur une large palette de supports multimédias", dans un texte qui doit être publié dans les colonnes du quotidien.

Au passage, ils estiment que le déménagement du journal est "inéluctable", mais réfléchissent, avec le designer Philippe Starck, à modifier les 4 500 m² du siège du journal, situé rue Béranger, à Paris.

L'endroit serait transformé en "un espace culturel et de conférence comportant un plateau télé, un studio radio, une newsroom digitale, un restaurant, un bar, un incubateur de start-up". Une sorte de lieu dans "l'esprit d'un "Flore du XXIème siècle", fondé sur "la puissance de la marque Libération".

Acte 3 : la rédaction contre-attaque en une

Les salariés sont furieux. "Depuis qu'on discute avec François Moulias [membre du directoire du journal], qui fait office de négociateur, il n'a jamais été question d'un plan pareil ! On s'est fait avoir !", déclare Tonino Serafini, délégué SUD. Le samedi matin, le journal expose sa querelle interne au grand jour, lui consacrant sa une.

"Nous sommes un journal", est-il écrit, en grosses lettres noires sur fond blanc. Et "pas un restaurant, pas un réseau social, pas un espace culturel... Les salariés de Libération répondent au projet des actionnaires". Le conflit est détaillé sur cinq pages, mais également sur le site du quotidien. L'assemblée générale des salariés est avancée à dimanche, au lieu de mercredi.

L'ambiance se corse encore un peu plus dans la matinée, avec la publication d'un courriel rédigé la veille par le principal actionnaire, Bruno Ledoux, sur le site de BFMTV. "Je veux les rendre ringards, tous ces esprits étriqués, et tirer un coup d'avance, un coup cash, où tout est dit, y compris le projet sur l'immeuble." Ambiance.

Article 4 : des lecteurs déçus répondent à la rédaction

Certains lecteurs sautent sur l'occasion pour exprimer leur désaccord avec la ligne éditoriale d'un quotidien qu'ils appréciaient naguère. Plusieurs détournements de la une apparaissent, comme le raconte le site de France Info. L'un des plus populaires reproche au quotidien d'avoir vendu son âme. "Nous sommes au 21e siècle (...) On aimerait bien avoir un journal de gauche qui nous défende."

Une autre lui reproche d'oublier ses lecteurs.

Acte 5 : les salariés brandissent leur "arme" : le journal

Près de 200 salariés (sur 258) participent à l'assemblée générale, dimanche, dans une salle du 8e étage du journal. Finalement, ils décident de ne pas faire grève. Mais de raconter leur conflit dans le journal, devenu une "arme", selon Fatima Brahmi, déléguée CGT. Cela débute dans l'édition de lundi. 

"Nous voulons nous exprimer, répondre à ceux qui nous font un procès en archaïsme. Nous pourrions aussi faire une enquête sur notre actionnaire Bruno Ledoux", a commenté un journaliste ayant requis l'anonymat. Enfin, l'hostilité monte encore d'un cran contre les dirigeants, Nicolas Demorand et Philippe Nicolas, tous deux accusés d'avoir caché depuis des mois les intentions réelles des actionnaires. 

Acte 6 : Nicolas Demorand annonce sa démission

Dans une interview au Monde.fr, Nicolas Demorand, directeur de la publication de Libération et coprésident du directoire du journal, annonce sa démission du quotidien. "Ma décision est d'abord dictée par la situation de ces derniers jours. 'Libération' vit désormais une crise ouverte, je cristallise une partie des débats et j'estime qu'il est de ma responsabilité de patron de redonner des marges de manœuvre et de négociation aux différentes parties." 

Il assure qu'il souhaitait faire prendre à Libération "le virage numérique", mais que le journal reste "une entreprise dominée par le papier". "Sur internet, la rédaction papier ne produit en moyenne que 0,1 article par semaine et par journaliste pour le site", cite-t-il en exemple. 

En parallèle de cette interview, Nicolas Demorand a également annoncé son départ dans un mail adressé à la rédaction de Libération, qui publie le court message sur son site. "J'ai passé à vos côtés trois années enrichissantes, enthousiasmantes et parfois rudes, écrit-il. Je ne les oublierai pas." 

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