Grève au JDD : "On aimerait être davantage soutenus par le gouvernement et l'exécutif", souligne la société des journalistes du "Journal du Dimanche"

Les équipes du JDD sont en grève depuis le 22 juin et demandent toujours à la direction de renoncer à la nomination de Geoffroy Lejeune. Elles veulent en outre des garanties d'indépendance juridique et éditoriale pour la rédaction.
Article rédigé par Stéphane Pair
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Les salariés du Journal du Dimanche (JDD) devant le bâtiment du JDD lors de leur 13e jour de grève, à Paris, le 5 juillet 2023. (ALAIN JOCARD / AFP)

La rédaction du Journal du Dimanche s'est prononcée jeudi 13 juillet à 97% en faveur de la poursuite de la grève et s'oppose toujours à l'arrivée de Geoffroy Lejeune, marqué à l'extrême droite, à la tête de l'hebdomadaire. Le JDD pourrait, dimanche, être absent des kiosques pour la quatrième semaine consécutive, ce qui n'est encore jamais arrivé.

>> "C'est vraiment les mêmes modes opératoires" : avant la grève au "JDD", quels précédents pour les prises de contrôle de médias par Vincent Bolloré

Bertrand Gréco journaliste et coprésident de la société des journalistes du Journal du Dimanche reconnaît que la rédaction "est un peu déçue par la frilosité des réponses de la majorité présidentielle et de la droite républicaine", face à ce conflit social et souhaiterait "un soutien plus affirmé."

franceinfo: Vous avez voté la reconduction de la grève. Est-ce que vous avez la conviction qu'il peut y avoir une issue et un début de dialogue avec la direction de votre journal sur le fait que la direction de la rédaction ne soit pas assumée par Geoffroy Lejeune ? 

Bertrand Gréco: On a deux revendications. La première, c'est l'annulation de la nomination de Geoffroy Lejeune à la tête du Journal du Dimanche. La deuxième, c'est la mise en œuvre d'une indépendance juridique et éditoriale de la rédaction, à tout le moins des garanties sur le maintien de sa ligne éditoriale. On a voté jeudi à 97 % pour la reconduction de la grève. Le Journal du Dimanche n'est pas paru trois dimanches de suite.

"Il est fort probable que le journal ne paraisse pas pour un quatrième dimanche, ce qui n'était jamais arrivé dans l'histoire de ce titre en 75 ans d'existence."

Bertrand Gréco, journaliste et coprésident de la Société des journalistes du Journal du Dimanche

à franceinfo

On attend toujours que la direction nous réponde favorablement sur ces deux points et en particulier sur la nomination de Geoffroy Lejeune que nous rejetons en bloc. 


Est-ce que vous avez l'impression que vous êtes entendu à l'extérieur, si vous ne l'êtes pas à l'intérieur ? 

On a le sentiment d'être entendus par beaucoup de gens. Notre grève fait beaucoup parler. Elle est médiatique. Elle suscite l'inquiétude d'un grand nombre de citoyens et de responsables, de personnalités qui ne nous soutiennent. Mais dans le monde politique, on aimerait être davantage soutenus par le gouvernement et l'exécutif, davantage entendus par la droite républicaine.

Vous avez entendu les réponses très prudentes, très prudentes de la part de l'exécutif quand il est question du JDD et des enjeux concernant la liberté de la presse. Êtes-vous surpris de cette absence de prise de position ?

On est un peu déçus par la frilosité des réponses de la majorité présidentielle et de la droite républicaine. On aimerait effectivement que leur soutien soit plus affirmé. Mais en revanche, on se réjouit que le président de la République ait annoncé jeudi la tenue d'états généraux de la presse. C'est ce que nous lui avions demandé dans une lettre ouverte qui est parue dimanche dernier dans Ouest-France

La reprise en main éditoriale et politique du JDD par le groupe de Vincent Bolloré vous parait évidente. Est-ce une atteinte à la liberté de la presse pour autant ?

On se rend compte qu'une idéologie est en train de s'emparer d'un certain nombre de médias, dont le Journal du Dimanche. On peut légitimement s'en inquiéter. Cette idéologie a tout à fait le droit d'exister dans une démocratie, de s'exprimer et d'avoir des médias. Le problème, c'est que, en ce qui concerne le JDD, c'était un changement de ligne radical. Si Vincent Bolloré ou Geoffroy Lejeune veulent créer un journal pour défendre leurs idées politiques, libre à eux. 

"Faire un hold-up sur une rédaction existante, sur un journal qui a une histoire, qui a des valeurs, qui défend le pluralisme et qui se veut apolitique, on estime que c'est une attaque."

Bertrand Gréco, journaliste et coprésident de la Société des journalistes du Journal du Dimanche

à franceinfo

 C'est même une atteinte à la liberté de la presse, à notre rédaction qui n'a pas demandé à se retrouver dans cette situation-là et à changer de ligne telle que cela lui est promis. 


C'est un mouvement qui dure. Quel est le moral aujourd'hui du côté de la rédaction du JDD ? 


C'est très difficile de faire une grève. Quand on est gréviste, on n'est pas payé. Cela fait trois numéros de suite qu'on n'a pas pu paraître. On est dans notre troisième semaine de grève, et au-delà de nos salaires qui sont ne sont pas versés, c'est un crève-cœur pour nous de pas faire paraître notre journal et de passer à côté de l'actualité qui est riche. On aimerait pouvoir faire notre métier comme on l'a toujours fait, en toute indépendance. C'est extrêmement douloureux de faire grève, mais chaque jour, on vote la reconduction de la grève, encore aujourd'hui [jeudi] à 97 %. La rédaction est extrêmement mobilisée et extrêmement soudée et déterminée dans son combat. 

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