Nuit de la Solidarité à Paris : davantage de sans-abri recensés, en raison des "zones explorées" et des "flux migratoires"

Dominique Versini, adjointe à la maire de Paris en charge des solidarités et de la lutte contre l'exclusion, revient sur le nombre, en augmentation, des personnes sans abri décomptées dans la capitale lors de la deuxième édition de la Nuit de la solidarité.

Dominique Versini, adjointe à la Maire de Paris chargée des solidarités, de la protection de l\'enfance, de la lutte contre les exclusions et de l\'accueil des réfugiés.
Dominique Versini, adjointe à la Maire de Paris chargée des solidarités, de la protection de l'enfance, de la lutte contre les exclusions et de l'accueil des réfugiés. (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

Alors que la deuxième édition de la Nuit de la Solidarité, qui s'est déroulée dans la nuit de 7 au 8 février, a permis de décompter 3 622 sans abri dans la capitale. Dominique Versini, adjointe à la maire de Paris en charge des solidarités et de la lutte contre l'exclusion, a expliqué, jeudi 14 février sur franceinfo, sur franceinfo, explique l'augmentation de ce chiffre par les "zones explorées" et les "flux migratoires".

Dominique Versini a pointé une hausse de plus de 50% du nombre de sans-abri dans le 19e, ce qui "correspond au nombre de places qui étaient dans le centre d'accueil humanitaire de la porte de la Chapelle". "On voit qu'avoir un centre d'accueil humanitaire pour les primo-arrivants migrants, c'est très utile." Pour elle, il faut "qu'on distingue bien la question des migrants pour lesquels il faut une mise à l'abri immédiatement lorsqu'ils arrivent".

franceinfo : 3 035 personnes sans-abri ont été recensées lors de la première édition de la Nuit de la Solidarité. Pourquoi y a-t-il une telle augmentation ?

Dominique Versini : On voit qu'il y a une augmentation de 600 personnes, mais il faut savoir, aussi, que, l'an dernier, il y avait 21 500 places la même nuit, et, cette année, 24 400. Donc, avec l'Etat, nous avons beaucoup augmenté le nombre de places d'hébergement, et, pourtant, il y a un peu plus de personnes que l'an dernier. Je l'explique principalement par les nouvelles zones que nous avons pu explorer, puisque, l'an dernier, nous avons fait Paris intramuros, les métros, les gares, les urgences des hôpitaux, et cette année, nous sommes allés également sur les talus des périphériques, les parcs et jardins et les bois, Vincennes, Boulogne, et le petit bois qui s'appelle La Colline, porte de la Chapelle. Et, là, ce sont 450 personnes qui ont été décomptées.

Dans les rues de Paris intramuros, les chiffres sont stables dans quasiment tous les arrondissements, sauf dans trois. Dans le 10e arrondissement, le nombre de personnes décomptées est divisé par deux, cela correspond aux campements de migrants Canal Saint-Martin et Quai de Jemappes, qui ont été mis à l'abri. Dans le 18e, le nombre de personnes a été multiplié par deux, et là c'est clairement le nombre de migrants présents. Et dans le 19e, [l'augmentation est de] plus de 50%. On voit en fait que, finalement, cela correspond au nombre de places qui étaient dans le centre d'accueil humanitaire de la porte de la Chapelle qui accueillait l'an dernier, la même nuit, l'an dernier, 480 personnes. Donc on voit qu'avoir un centre d'accueil humanitaire pour les primo-arrivants migrants, c'est très utile.

Qu'allez-vous faire de ces chiffres, maintenant ?

Ils vont permettre de comprendre combien il manque de places. Nous avons créé avec l'Etat, qui les finance, et la Ville, qui met beaucoup de places à disposition, 3 000 places nouvelles par rapport à la même nuit l'an dernier. Il ne faut surtout pas les fermer. Malgré tout, il manque des places. Ce que je demande, c'est qu'on ait un travail global : qu'on se pose, qu'on regarde combien il y a de personnes, qu'on distingue bien la question des migrants pour lesquels il faut une mise à l'abri immédiatement lorsqu'ils arrivent, combien de personnes sont dans un centre d'hébergement et pourraient avoir accès à un logement. Ensuite, à partir de ces chiffres bruts, l'observatoire de l'APUR [atelier parisien d'urbanisme] avec son comité scientifique va analyser les profils des personnes qui ont été interviewées grâce à un questionnaire pendant la Nuit de la solidarité. Le résultat sera connu fin mars.

Les moyens sont-ils à la hauteur, selon vous ?

J'ai été secrétaire d'Etat chargée de la lutte contre l'exclusion de 2002 à 2004. J'avais créé beaucoup de places. Tous les gouvernements qui ont suivi ont créé beaucoup de places. Celui-là en a créé encore. C'est un problème endémique et récurrent, c'est pour cela que nous travaillons par cette analyse et cette observation. L'an dernier, nous avions identifié la problématique des femmes, c'est nous avons donc créé des lieux spécifiques pour les femmes. Il va falloir que l'on adapte notre dispositif. Je pense qu'il y a quand même la question des flux migratoires. Nous on a toujours pensé qu'il ne fallait pas fermer le centre d'accueil humanitaire.