Pourquoi la rémunération du PDG de Renault, Carlos Ghosn, pose-t-elle problème ?

Les actionnaires du groupe Renault doivent se prononcer jeudi sur la rémunération de son PDG. Franceinfo vous explique pourquoi celle-ci, estimée à 15 millions d'euros en 2016, fait polémique. 

Carlos Ghosn, le PDG de Renault et Nissan, lors de la présentation des résultats du groupe en 2016, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le 10 février 2017.
Carlos Ghosn, le PDG de Renault et Nissan, lors de la présentation des résultats du groupe en 2016, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le 10 février 2017. (ERIC PIERMONT / AFP)

Les actionnaires de Renault sont convoqués, jeudi 15 juin, en assemblée générale. La rémunération de Carlos Ghosn, le PDG de l'entreprise depuis 2005, est au centre des résolutions sur lesquelles ils doivent trancher. 

Un dossier explosif, au moment où l'agence Reuters révèle la possible mise en place d'un système visant à gonfler la rémunération du dirigeant, déjà controversée. Franceinfo vous explique, en trois points, pourquoi celle-ci pose problème. 

Parce qu'elle est très élevée

En 2016, Carlos Ghosn a touché 7,2 millions d'euros, dont 1,7 million d’euros en numéraire. Une rémunération quasi inchangée par rapport à 2014 et égale à celle qu'il devrait percevoir cette année, selon le magazine Challenges. Cette somme est calculée sur des critères de performance de l'entreprise, qui a publié des résultats records pour l'année dernière.

En plus, Carlos Ghosn perçoit une seconde rémunération, en tant que patron de Nissan, constructeur automobile partenaire de Renault. En 2016, l'entreprise lui a versé 8 millions d'euros. En tout, il perçoit une rémunération globale de 15,6 millions d’euros, faisant de lui le troisième patron le mieux payé des dirigeants du CAC 40.

Parce que les actionnaires de Renault s'y sont opposés par le passé

Les 7,2 millions d'euros que Carlos Ghosn a perçus en 2016 n'ont pas fait l'unanimité chez les actionnaires du groupe, dont l'Etat français, qui détient 19,7% des parts. Ils avaient rejeté à 54,12% le montant de cette rémunération lors d'un vote. Mais, celui-ci n'étant pas contraignant, le conseil d'administration a quand même validé cette somme en se félicitant de la "qualité des résultats" de l'entreprise.

France 24 rapporte que cette attitude avait poussé Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, à changer la législation pour que les recommandations de l’assemblée des actionnaires sur la rémunération des dirigeants soient contraignantes. Cette mesure entrera en vigueur en 2018.

Parce que le groupe est soupçonné d'avoir monté un système pour lui faire gagner plus

Selon l'agence Reuters, les banquiers de l'alliance Renault-Nissan ont mis en place un projet qui permettrait à Carlos Ghosn de toucher des millions d'euros de bonus annuels supplémentaires. Reuters affirme avoir découvert le montage après avoir consulté une note émise par Ardea Partners, une banque d'investissement qui conseille Carlos Ghosn. Celle-ci détaille la création d'une nouvelle société de services, NewCo, enregistrée aux Pays-Bas, sur laquelle une portion des nouvelles économies dégagées par l'Alliance de Renault, Nissan et Mitsubishi serait reversée. 

Ce système aboutirait à créer une nouvelle strate de rémunération des dirigeants qui échapperait à la supervision des actionnaires. Les versements échapperaient aussi aux charges sociales françaises.

Libération indique qu'au vu des économies réalisées par les constructeurs, qui devraient atteindre 5,5 milliards d'euros en 2017, la société pourrait percevoir 100 millions d'euros. Les fonds transférés seraient ensuite reversés sous forme de bonus à Carlos Ghosn et aux autres principaux dirigeants de l'alliance. Cela servirait à les encourager "à poursuivre les opportunités de synergies".

Des révélations qui ont été démenties par la porte-parole de l'alliance, Catherine Loubier. "Cet article n’est pas fondé sur des informations fournies par l’alliance ou ses entreprises membres, et aucune décision de ce genre n’a été prise", a-t-elle déclaré le 13 juin. Le même jour, la CGT a dénoncé cette opération qui constituerait, selon le syndicat, "un nouveau moyen d’amasser les fruits du travail des salariés"