Espionnage et suspicions, quatre exemples dans l'industrie française

Après l'intervention suspecte de deux ingénieurs allemands sur des bornes de rechargement d'Autolib', francetv info revient sur des affaires qui ont visé des entreprises françaises.

Une Autolib\' branchée à sa borne de rechargement, à Paris, le 2 décembre 2011.
Une Autolib' branchée à sa borne de rechargement, à Paris, le 2 décembre 2011. (PATRICK KOVARIK / AFP)

La technique est grossière, mais n'est pourtant pas si inhabituelle. Des techniciens de haut vol allemands sont soupçonnés d'avoir piraté des bornes de rechargement des voitures Autolib' à Paris, pour obtenir leurs secrets de fabrication et de fonctionnement. Se faisant passer pour des agents de maintenance, ils ont été interpellés le 5 septembre. Le service de voitures électriques du groupe Bolloré a donc déposé plainte pour espionnage industriel, mardi 10 septembre.

Si, en la matière, les flagrants délits sont rares, ils ne constitutent que "la partie émergée de l'iceberg", révèle Arnaud Pelletier, expert stratégique interrogé par francetv info. "Nous ne sommes au courant que d'une infime partie de ces cas d'espionnage. Soit les entreprises ne se rendent pas compte de l'attaque, soit elles ne la reconnaissent pas, pour ne pas effrayer leurs fournisseurs et leurs clients." Pourtant, en de rares occasions, des affaires ou des suspicions d'espionnage au détriment de sociétés françaises font la une de l'actualité. Francetv info revient sur quatre affaires marquantes. 

Pablo de Santiago, l'ex-salarié gourmand

Alors qu'il vient de démissionner, Marwan Arbache, ex-ingénieur Michelin, propose, en juillet 2007, au concurrent Bridgestone, des données confidentielles sur une nouvelle génération de pneus pour poids lourds. Sous le pseudonyme d'Alexander Pablo de Santiago, il réclame 100 000 livres (près de 120 000 euros). Mais le fabricant nippon, plutôt que d'accepter le marché, préfère alerter la direction de Michelin.

Pour le coincer, le responsable de la sécurité du groupe décide de lui tendre un piège, et prend lui aussi un pseudonyme, Fukuda. Au fil des conversations électroniques et des messages envoyés par l'espion pour appâter ses clients, Michelin parvient à l'identifier. Si le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand le relaxe en 2010 pour les faits d'espionnage et "violation du secret de fabrique", il est condamné pour abus de confiance à deux ans d'emprisonnement avec sursis et 5 000 euros d'amende.

Li Li, la stagiaire très curieuse

L'affaire remonte à 2005. Li Li est alors étudiante à l'université de technologie de Compiègne (Oise). Lors de son stage chez l'équipementier automobile Valeo, son tuteur porte plainte pour vol de fichiers informatiques. Plusieurs disques durs sont récupérés par la police à son domicile. A l'intérieur, des données bien trop confidentielles pour un simple rapport de stage.

Rapidement, la presse la qualifie de Mata Hari chinoise, comme le rapporte Rue89. La jeune fille rejette ce qui lui est reproché. Elle a bien signé une clause de confidentialité, mais prétend l'avoir mal comprise. L'enquête n'a pas permis de démontrer que les données avaient été transmises à l'étranger, ni qu'elle avait été mandatée par des entreprises chinoises. En 2007, elle est condamnée à deux mois de prison ferme, pour abus de confiance, mais blanchie de tous soupçons d'espionnage.

Deux Chinois photographes amateurs

Deux ressortissants chinois sont surpris, en octobre 2011, en train de photographier un prototype de moteur chez Converteam à Champigneulles (Meurthe-et-Moselle). L'entreprise, rachetée par General Electric travaille notamment pour la marine nationale française, l'US Navy et la marine britannique. Ces deux stagiaires d'une filiale chinoise étaient alors dans une zone sécurisée de l'entreprise où sont développés des moteurs à propulsion de haute technologie, comme le rapportait L'Est républicain.

Interrogés par des agents de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), ils nient toute intention d'espionnage. La cinquantaine de photos, dont celle d'un moteur à grande vitesse top secret, retrouvées sur un ordinateur, étaient destinées, selon eux, à améliorer la production de leur société en Chine. Incapable d'établir "leur mauvaise foi", la justice a prononcé un non-lieu. 

La taupe qui espionnait tous ses collègues

Ce chef d'entreprise n'en revient toujours pas, même trois ans après. Patron d'une société spécialisée dans la recherche et le développement informatique en Seine-et-Marne, il souhaite garder l'anonymat et se fait appeler Marc, dans ce témoignage recueilli par Le Parisien, en mai 2013. Il raconte comment la taupe, un informaticien qui travaillait dans la société depuis sept ans, a placé des logiciels espions sur son ordinateur ainsi que sur ceux du personnel administratif et du bureau d'études. "C'est effrayant, je pensais que cela n'arrivait que dans les films !", se désole-t-il.

Si le comportement étrange de cet employé avait mis la puce à l'oreille de Marc, c'est lors d'une visite de la DCRI dans son entreprise que le masque est tombé. "Il effaçait des fichiers, il écrasait les espaces vides plusieurs fois, pour qu'ils disparaissent et il téléchargeait par-dessus ! Un collègue l'a remarqué et un policier de la DCRI m'a conseillé de couper Internet. (...) Il était tout rouge !", raconte-t-il. Mais faute de preuves tangibles, Marc est incapable de le faire condamner. "Par contre, il aurait pu nous poursuivre aux prud'hommes si on l'avait licencié pour espionnage. Et cela nous aurait coûté cher. Alors on a trouvé un accord à l'amiable." Rancunier, l'homme a, avant de partir, fait planter tous les serveurs informatiques de l'entreprise.