Grand espion, grand menteur, Alexandre de Marenches, mythique patron du contre-espionnage français, n'avait pas tout dit

Dans "Le Maître des secrets", paru chez Tallandier, le journaliste Jean-Christophe Notin s'appuie sur des archives inédites pour dresser un portait en clair-obscur du mythique directeur des services secrets.

Le comte Alexandre de Marenches, ex directeur général du Service de Documentation Exterieure et de Contre-Espionnage, Sdece, de 1970 à 1980, ici à Marrakesh le² 3 mars 1985.
Le comte Alexandre de Marenches, ex directeur général du Service de Documentation Exterieure et de Contre-Espionnage, Sdece, de 1970 à 1980, ici à Marrakesh le² 3 mars 1985. (AFP)

Alexandre de Marenche, ancien patron du Sdece - la DGSE aujourd'hui -, avait raconté sa vie dans des mémoires parues en 1986. Une vraie biographie vient de paraitre aux éditions Taillandier, et dans Le Maître du secret, Jean-Christophe Notin s'appuie sur des archives inédites pour dresser un portait en clair-obscur du mythique directeur des services secrets. Devant leur petit écran, en 1986, les téléspectateurs d'Apostrophes découvrent l'ancien patron des services secrets français, qui publie ses mémoires.

Dans sa cave, un trésor sidérant

L'homme est grand, silhouette massive - son surnom, c'est Porthos, comme le mousquetaire bon vivant -, et il porte une moustache grisonnante, façon acteur américain des années 1950. Mais voilà, il y a les Mémoires d'un homme qui raconte ce qu'il veut et puis ce que le journaliste Jean-Christophe Notin a découvert. La biographie qu'il consacre au comte de Marenches prend un sens nouveau quand il découvre, au fond de la cave d'une maison, des archives personnelles, dont tout le monde assurait qu'elles n'existaient pas. Jean-Christophe Notin parle d'un trésor sidérant.

Grand espion, grand menteur

"Il y avait des agendas Hermès racontant toute sa vie, au jour le jour, de notes, de correspondances, explique le journaliste. Beaucoup de directeurs généraux ont écrit leurs mémoires, maintenant, que l’on puisse aller aussi loin dans le détail, c’est assez unique." Alors, le portrait de Marenches s'affine : il a les traits d'un homme qui a beaucoup menti sur son passé de grand soldat, grand résistant, grand espion. Il a le visage d'un aristocrate jusque-là un peu dilettante, mais qui réussit à faire évoluer le Sdece, d'un service sans moyen, sans effectif et sans mission, synonyme de barbouzeries, à un vrai service de renseignement géopolitique utile au pouvoir.

L'obsession rouge

Fascinant personnage que celui de Marenches : à l'époque de la décolonisation de l'Afrique, du Proche-Orient en ébullition, Marenches n'a qu'une obsession : le communisme. Il voit du rouge partout. "Marenches se trompe sur beaucoup d’évènements : la crise en Pologne, la crise en Iran… Dans le contexte de la guerre froide, Marenches est dans une obsession anti-communiste et juge la vie française et internationale à cet aulne-là. Il ira même jusqu’à voir le communisme et le KGB dans la mort de son propre fils… Ce qui n’a évidemment pas été le cas…"

Mais Marenches a une intuition : il évoque à l'époque le terrorisme fondamentaliste musulman. Pas celui d'un état, mais celui de petits groupes indépendants : sa lecture était avant-gardiste, analyse Jean-Christophe Notin, et cette prédiction donne à cet homme secret, dissimulateur, un peu menteur, assez roublard, une épaisseur étonnante.