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Des aigles royaux entraînés par l’armée à la chasse aux drones

A Mont-de-Marsan, sur la base aérienne 118, des militaires dressent des aigles chasseurs de drones. Les premiers résultats sont plutôt concluants.

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Radio France
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Les oiseaux sont arrivés à l’âge de cent jours le 3 septembre sur la base de Mont-de-Marsang et travaillent désormais de façon quotidienne. (CAPORAL-CHEF SUHAS DAVID / ARMÉE DE L'AIR)

On se souvient des mystérieux drones qui ont survolé fin 2014 une centrale nucléaire ou de ceux repérés au-dessus de l'Elysée et de plusieurs ambassades en plein Paris à la même époque. Les drones : une menace que les autorités prennent très au sérieux en plein état d'urgence. Depuis trois ans, l'armée cherche à développer des moyens de détection et de neutralisation de ces engins. Il y a évidemment les radars, les brouilleurs ou encore les destructions au fusil sol-air. Mais une autre technique plus iconoclaste est aussi en train d'être mise au point. A Mont-de-Marsan, sur la base aérienne 118, des militaires dressent des aigles  chasseurs de drones. Les premiers résultats sont plutôt concluants.

Trois à cinq kilos pour deux mètres d'envergure

Aramis, D'Artagnan, Athos et Porthos : ce sont les noms des quatre aigles royaux au plumage brun doré actuellement en pleine croissance dans de grandes volières de cette base militaire des Landes. Des bêtes déjà robustes, puisqu’elles pèsent chacune de trois à cinq kilos, pour une envergure d’environ deux mètres. Gérald Machoukov, dresseur fauconnier pour l'armée, est le premier à avoir apprivoisé ces quatre mousquetaires. L’expérience, reconnaît-il, est assez peu ordinaire : "L’année dernière, le commandant de la base aérienne m’a sollicité pour aller en Hollande assister à une démonstration de la police néerlandaise. Je suis parti très sceptique mais revenu remonté à bloc." 

Le taux de réussite est très élevé. Les aigles royaux prennent les drones pour des gibiers et les interceptent à la demande des fauconniers. (CAPORAL-CHEF SUHAS DAVID / ARMÉE DE L'AIR)

Les oiseaux sont arrivés à l’âge de cent jours le 3 septembre sur la base de Mont-de-Marsang et travaillent désormais de façon quotidienne. Comme il était impensable de les prélever dans la nature, les quatre aigles ont éclos en captivité en Autriche par insémination artificielle et ont été, dès les premiers jours, dressés à chasser les drones. "Dans la nature, ces oiseaux peuvent chasser des lièvres et des renards : les drones ne leur font absolument pas peur. On leur a fait assimiler que c’était leur proie, au même titre qu’un lapin ou un autre gibier. C’est un conditionnement par nourrissage…", précise le dresseur. 

90 km/h pour les rapaces vs 60 km/h pour un drone

Les quatre rapaces voleront bientôt à 90 km/h, alors qu’un drone de loisir ne dépasse pas 60 km/h. Ils répètent chaque jour des exercices, comme aller d’un plot à un autre. En somme, des vols fractionnés. "Ces exercices servent surtout à muscler les oiseaux pour qu’ils développent des capacités physiques supérieures pour entamer de plus grands vols. D’autres exercices sont prévus pour récupérer les oiseaux, par exemple s’ils se sont posés dans un arbre, ou dans une zone inaccessible. Ils reviennent normalement à nous jusqu’à une distance de 300-400m. On les appelle avec une boîte dans laquelle nous plaçons de la nourriture."

 

Né en mai 2016, ces quatre aigles ont été élevés dès leurs premiers jours au contact de carcasses de drones. Objectif : leur faire croire qu'il s'agit de proies. (Armée de l'Air)

Sangliers, ragondins, abats en tout genre régalent les quatre aigles. Même chose lorsqu’ils interceptent les drones, exercice menés là sur les pistes de la base aérienne. Au pied de la tour de contrôle, à quelques encablures des avions Rafales qui décollent et atterrissent, le commandant de la tour de contrôle observe, ébahi. "L’aigle est sur un point haut et scrute l’horizon sur une portée visuelle de 2km. Le fauconnier, lui, va lire l’attention de l’aigle et déclencher l’interception. Une fois qu’il a eu la proie, il la porte au sol pour la dévorer. Un soldat qui tire au fusil et qui rate sa cible, ça peut arriver. Un aigle qui rate sa proie, c’est beaucoup plus rare…", explique le militaire.

Des gants de kevlar pour ne pas que les aigles ne se blessent

 Pour que les aigles ne s'abîment pas les serres  en attrapant les drones très anguleux, des gants en fibres de kevlar leur ont été confectionnés. Un système  stoppe aussi les hélices des drones neutralisés pour éviter de blesser les oiseaux.  Le commandant Laurent s'occupe de ces aspects technologiques de l'expérimentation grâce à un parc de huit drones mis à rude épreuves. "Ces petits drones de catégories moins de deux kilos sont représentatifs de la menace, détaille le commandant. On les a ainsi vus survoler Paris, ou se poser aux côtés de la chancelière Merkel en Allemagne. Cela nécessite beaucoup de maintenance, quelque 300 heures : les rapaces sont très violents et cassent quasi systématiquement le drone. Les réparations vont du changement de composants à la soudure en passant par des pièces spécifiques réalisée en impression 3D." 

Le dispositif n'est pas coûteux

Les plus chers de ces drones coûtent 1 800 euros : malgré les réparations quotidiennes, ce projet représente donc un coût peu élevé au regard de ce que coûte la sécurisation de sommets tels que le G8 ou l'Euro de football. C'est sur ce type d'évènements que l'armée réfléchit à déployer à terme ses aigles royaux.

Des aigles entraînés à la chasse au drone par l'armée - Reportage Mathilde Lemaire
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