Sécheresse : "Le cru 2020 est particulièrement mauvais pour les céréaliers français"

C'est la "répétition de ces événements climatiques qui pose problème aujourd'hui", explique Arthur Portier, consultant pour une société française de conseil sur les marchés agricoles.

Dans la Sarthe, les agriculteurs qui ne peuvent pas irriguer commenceront à ensiler du maïs fourrager la semaine prochaine (photo d\'illustration, 28 juillet 2020).
Dans la Sarthe, les agriculteurs qui ne peuvent pas irriguer commenceront à ensiler du maïs fourrager la semaine prochaine (photo d'illustration, 28 juillet 2020). (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

"Le cru 2020 est particulièrement mauvais pour les céréaliers français", déclare Arthur Portier, consultant chez Agritel, société française de conseil sur les marchés agricoles, samedi 1er août sur franceinfo alors que 47 départements sont touchés par la sécheresse. La récolte de blé tendre va baisser de 26% cette année, selon lui.

Quelles sont les conséquences de la sécheresse sur la production des céréales cette année ?

Aujourd'hui, on table sur une récolte française de blé tendre aux alentours de 29,2 millions de tonnes, c'est tout simplement moins 26% par rapport à l'an passé. Donc, évidemment, il y a un risque financier pour les céréaliers français aujourd'hui, puisqu'en plus le prix n'a pas réagi à la hauteur de ce phénomène. Vous combinez un problème de rendement, lié à la quantité, un problème lié à des prix qui sont particulièrement faibles, et automatiquement, vous avez des céréaliers qui vont aujourd'hui souffrir avec un bilan économique qui s'annonce tendu. Sur l'orge d'hiver, qui va permettre notamment de nourrir les animaux, le constat est encore plus affligeant puisque la récolte 2020 a été particulièrement mauvaise. Sur le colza, il y a des disparités qui sont très importantes entre les régions et même au sein d'une même région. Sur mon exploitation dans l'Oise, entre deux parcelles, il y en a une sur laquelle on a produit 1,8 tonne de colza à l'hectare et dans l'autre 3,2 tonnes. Il y a des disparités qui sont énormes. Mais globalement, le cru 2020 est particulièrement mauvais pour les céréaliers français.

La production est-elle touchée aussi par la répétition des sécheresses ?

En agriculture, il y a un adage qui dit qu'un mauvais temps est un temps qui dure. Et c'est exactement ça puisque, par exemple, on a eu en 2019 un automne particulièrement pluvieux qui nous a empêché de semer nos céréales d'hiver. Et il s'avère qu'après on a eu un printemps particulièrement sec.

Cette répétition des évènements climatiques qui vont être des pluies particulièrement prononcées pendant un certain mois, une sécheresse particulièrement prononcée pendant un certain mois, entraîne des dégradations irrémédiables sur nos cultures. Arthur Portier, consultant chez Agritelà franceinfo

Donc, disons clairement que c'est plutôt la répétition de ces événements climatiques qui pose problème aujourd'hui.

Que pensez-vous de la volonté du ministre de l'Agriculture de "faciliter" la création de retenues d'eau ? Est-ce une bonne solution ?

Il y a les paroles et les actes. Mais c'est évident que Julien Denormandie est en train d'essayer de faire changer les choses et ces retenues d'eau et ce stockage de l'eau seraient vraiment une bonne chose aujourd'hui pour les agriculteurs. Après, il faut encore une fois que les paroles soient suivies des actes. (…) Le problème de l'agriculture, c'est tout simplement qu'on est très dépendants de la météo. On est dépendant du sol. Vous ne pouvez pas produire toutes les céréales et toutes les cultures où vous le souhaitez. Vous ne pouvez pas produire, par exemple, du tournesol dans le nord de la France ou du blé dur sur le nord du bassin parisien. (…) À un moment donné, on va avoir des restrictions à l'irrigation des cultures d'hiver. Des cultures de printemps, comme le maïs, par exemple, ont besoin d'eau pendant l'été mais l'été est de plus en plus sec, on ne peut plus irriguer et on a des rendements de maïs qui se dégradent année après année, malgré la recherche et malgré le bon vouloir de tout le monde dans la filière.