Robots connectés, applications... Comment la technologie aide le monde agricole

Et si le high-tech était bel et bien l'avenir de l'agriculture ? Des nouveautés font un peu figure de gadgets aujourd'hui mais elles pourraient bien révolutionner le monde agricole de demain. Reportage dans la Somme.

Avant le robot Dino, la société Naïo Technologies avait présenté le robot désherbeur autonome Oz au Salon de l\'agriculture à Paris en 2016.
Avant le robot Dino, la société Naïo Technologies avait présenté le robot désherbeur autonome Oz au Salon de l'agriculture à Paris en 2016. (MAXPPP)

Des robots dans des champs, des applications de météo au mètre près... l'agriculture connectée se développe et pourrait bien révolutionner le secteur. Chaque année en juin, les chambres d'agriculture organisent des journées Innov'action pour présenter ces nouveautés qui facilitent le quotidien des agriculteurs.

Ces outils high-tech qui aident les agriculteurs au quotidien : le reportage de Guillaume Gaven
--'--
--'--

Le robot Dino bine à votre place

"Bip ! Biiip !" Dino travaille sur une vaste parcelle du côté de Péronne dans la Somme. Sa carapace blanche détonne. Dino est un robot guidé par GPS. "Là, on va calibrer le robot, explique Laurent Marchand, conseiller à la chambre d'agriculture départementale. On le lance et il se débrouille tout seul." Le travail du robot est de "biner, désherber des cultures dans l'inter-rang [couloir situé entre deux rangs, ndlr] pour rendre le champ propre", poursuit Laurent Marchand qui indique que "l'avantage c'est l'autonomie".

Pendant que le robot bine, l'agriculteur peut être occupé à faire autre chose donc c'est un gain de temps pour l'agriculteur et un confort de travail.Laurent Marchand, conseiller à la chambre d'agriculture de la Sommeà franceinfo

Grâce à son poids, il tasse moins les sols qu'un tracteur traditionnel. Le robot présente également un gain pour l'environnement car il est électrique. Aujourd'hui, ce n'est qu'un prototype mais il est promis à un bel avenir : la chambre d'agriculture de la Somme en a acheté un exemplaire pour l'adapter à différentes cultures.

La télédétection pour détecter les mauvaises herbes

Pour lutter contre les adventices, les mauvaises herbes, il existe une autre technologie : la télédétection par imagerie spectrale. Ce projet est, là-encore, porté par la chambre d'agriculture de la Somme. "Chaque végétal a une façon très spécifique de faire rebondir la lumière sur ses feuilles, indique Jérôme Cipel, l'ingénieur-conseil de la chambre. Selon son stade et selon le végétal, on est capable de connaître son empreinte spectrale. Grâce à cela, on va pouvoir les retrouver dans les champs."

L'intérêt est de mieux traiter les mauvaises herbes en utilisant moins de produits. "Les végétaux présentent des résistances génétiques à l'utilisation de ces produits, poursuit Jérôme Cipel. Moins on les utilise et plus on les utilise efficacement, plus on a de chances que ces produits restent utilisables dans le temps sans pour autant se retrouver avec des infestations contre lesquelles on ne saura plus lutter." Le projet est embryonnaire, il vient de démarrer, mais l'ambition est de pouvoir présenter une cartographie complète de la région d'ici trois ans. Pendant ces trois années, il faudra traiter 22 téraoctets de données, soit 22 000 milliards d'octets, collectées par satellite ou par des capteurs installés sur les tracteurs. 

Le pulvérisateur économe

Ce qui est déjà prêt en revanche, c'est la machine capable de traiter les parcelles différemment selon les mauvaises herbes. Pour Xavier Cassassolles, le fondateur de la startup Diimotion, qui a développé ce projet, c'est un pulvérisateur révolutionnaire : "La grande cuve de ce 'pulvé' ne voit que de l'eau clair. Les produits phyto vont être dans des cuves séparées. C'est une imprimante à produits phytosanitaire". Il permet ainsi d'économiser du temps de rinçage et des eaux et du produit.

La météo hyper locale en bas-débit

Parmi les outils qui aident au quotidien l'agriculteur, il y a les applications sur smartphone qui permettent d'avoir des données précises sur la météo d'un lieu. Elles se développent énormément. "C'est une météo vraiment à la parcelle, détaille Valentin Remaud, responsable commercial chez Sencrop, une start-up qui a développé une station agro-météorologique connectée. Il y a un relevé qui est envoyé tous les quart d'heure, directement sur smartphone." L'application fonctionne en bas-débit donc "pas besoin de wi-fi, ni de 4G ou de 3G" et "il y a très peu de zones blanches en France", assure Valentin Remaud. 

Ce sont des capteurs que l'on va placer directement dans la parcelle pour l'agriculteur comme ça il a vraiment une météo hyper locale.Valentin Remaud, responsable commercial chez Sencropà franceinfo

Avoir une météo aussi locale et précise "permet vraiment une économie au niveau de l'optimisation du temps de travail, au niveau du nombre de passage de 'pulvé'. On va vraiment être plus précis et vraiment apporter ce qu'il faut à la parcelle en temps réel."

Ces quelques exemples, parmi tant d'autres, pourraient de loin, faire penser à des gadgets. "Faux", répond Daniel Roguet, le président de la chambre d'agriculture de la Somme, persuadé que l'on assiste bien à une nouvelle révolution dans les campagnes. "Quand on parle d'innovation, de technologie, de temps en temps, on nous dit : 'Mais attendez, ce n'est pas adapté pour le monde agricole'. Il ne faut pas oublier qu'on a dit la même chose il y a 50 ans par rapport à l'arrivée de la motorisation", rappelle-t-il.

Aujourd'hui, on estime que c'est encore à l'état expérimental mais notre objectif c'est bien de le mettre en adéquation avec nos pratiques pour qu'on puisse le développer demain.Damien Rouguet, président de la chambre d'agriculture de la Sommeà franceinfo

"Pour moi demain c'est cinq à six ans grand maximum, indique encore  Daniel Rouguet. Aujourd'hui, on est encore à l'aspect expérimental mais je ne suis pas inquiet, je suis confiant." S'il est confiant, c'est parce qu'il a vu l'intérêt et la foule des agriculteurs grandir un peu plus chaque année.