Début des vendanges : "On est quasiment prêts à faire la danse de la pluie" pour "qu'il tombe enfin quelques gouttes bien salutaires"

François Labet, président de l'interprofession des vins de Bourgogne, estime sur franceinfo que l'année a été difficile en raison des aléas climatiques.

Des grappes de raisin, dans la région de l\'Entre-Deux-Mers près de Bordeaux, le 3 septembre 2019.
Des grappes de raisin, dans la région de l'Entre-Deux-Mers près de Bordeaux, le 3 septembre 2019. (GEORGES GOBET / AFP)

"Une récolte en baisse, peut-être une vingtaine de pourcent" par rapport à l'an dernier déplore François Labet, président de l'interprofession des vins de Bourgogne, dimanche 8 septembre sur franceinfo, alors que les vendanges commencent ce week-end après une année marquée par le gel mais aussi la canicule et la sécheresse, qui ont troublé, voire ralenti, le mûrissement du raisin.

franceinfo : dans quel état d'esprit commencez-vous ces vendanges ?

François Labet : les vendanges commencent à peine. La semaine dernière, les premiers coups de sécateurs dans les vignes de raisins pour les crémants de Bourgogne, et puis de part en part quelques équipes. Il faut bien comprendre que cette année est une année un peu compliquée avec des maturités, même dans une seule et même parcelle, très hétérogènes à cause des aléas climatiques. Le gel de début avril a fait des dégâts relativement importants, essentiellement dans le Mâconnais, mais également sur les Chardonnay de la Côte de Beaune. La floraison du mois de juin s'est étalée sur une période assez longue, ce qui veut dire que sur un même pied vous avez un raisin qui est pur et un raisin qui ne l'est pas. Et même, quelque fois, un raisin dont la moitié est mûre et l'autre moitié ne l'est pas. Donc ça va être un travail de précision mais on a l'habitude de ça. Les tables de tri sont faites pour ne conserver dans les cuves ou dans les pressoirs que les raisins les plus mûrs.

Vous avez eu une récolte abondante l'an dernier. Cette année, les volumes sont en baisse. Avez-vous des chiffres ?

Pas vraiment d'idée de chiffres, mais vraiment une récolte en baisse, je pense peut-être une vingtaine de pourcent [par rapport à l'an dernier]. 1 700 000 hectolitres de vin par hectare, c'était une année record effectivement. Ça peut être gênant parce que je rappelle que la France, c'est 50 % de nos ventes. Une moindre récolte peut effectivement nous handicaper.

La canicule de cet été et la sécheresse qui a suivi ont-elles aussi eu un impact sur le cépage ?

Bien sûr, il faut savoir que dans le cas de stress hydrique, c'est-à-dire dans le manque d'eau, la vigne va préserver sa croissance et délaisser un peu ses fruits. Donc on a effectivement de-ci de-là des vignes dont la maturité des raisins est bloquée. Ce n'est pas quelque chose de catastrophique mais effectivement on est quasiment prêts à faire la danse de la pluie tous les jours pour qu'il tombe enfin quelques gouttes bien salutaires. En Côte-d'Or et dans l'Yonne, on est dans des situations de sécheresse qu'on a rarement connues. La sécheresse impacte le volume parce que les raisins ont des grumes plus petites. Mais le bon côté de la chose, c'est que nous avons échappé à toutes sortes de maladies, un petit peu d'oïdium certes mais pas du tout de mildiou, ce qui veut dire que l'engagement que nous avons collectivement en faveur d'une réduction importante de l'utilisation des produits sanitaires s'est révélé très bon cette année. Cet engagement, il est là. Je rappelle qu'en Bourgogne, environ 20 % des surfaces sont cultivées en bio. Un raisin qui se nourrit d'un sol propre ne peut produire qu'un vin de grande qualité.

Malgré le gel, la canicule et la sécheresse, le millésime sera-t-il bon ?

On est dans la droite ligne de tous les millésimes en 9 depuis le début du siècle dernier. Des millésimes mémorables : 1929, 1949, 1959, et je pense qu'on est effectivement dans cette droite ligne. Aujourd'hui, les vinificateurs, qu'ils soient viticulteurs ou négociants, ont toutes les armes en main pour produire un grand millésime cette année.