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Commerces "dans le rouge" : le deuxième confinement se traduit par davantage de faillites, explique une économiste

Pour l'économiste, la relance par la consommation n'est pas suffisante, le contexte étant différent du premier confinement.

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Radio France
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Une commerçante affiche sur sa vitrine une pancarte intitulée "A vendre", avec le numéro de téléphone de l'Elysée, le 10 novembre 2020 à Lyon. (JEFF PACHOUD / AFP)

Le deuxième confinement lié à l'épidémie de coronavirus a "mis dans le rouge" beaucoup de commerces, "ça se traduit par davantage de faillites", a expliqué samedi 12 décembre sur franceinfo Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste au Bureau d’information et des prévisions économiques (BIPE). Ces commerces avaient pour la plupart survécu au premier confinement grâce aux prêts garantis par l'État. De plus, la consommation repart plus timidement en ce deuxième déconfinement. "Il n'y a pas une sorte d'euphorie comme après le premier confinement, là on sait qu'il peut y en avoir d'autres, donc, on est plus précautionneux. De fait, la demande est moins robuste", détaille Anne-Sophie Alsif.

franceinfo : On observe actuellement une vague de commerces qui ferment définitivement. Etait-ce déjà le cas pendant le premier confinement du printemps ?

Anne-Sophie Alsif : Oui, ça arrivait déjà du temps du premier confinement. Là, c'est vrai qu'il y a une accélération parce que le second confinement est plus dur. Beaucoup de ces entreprises ont eu des prêts garantis par l'État et ne les avaient pas toujours utilisés pour avoir une certaine réserve. Mais le deuxième confinement, avec ces nouvelles fermetures, a mis dans le rouge beaucoup d'entreprises qui, aujourd'hui, ont moins de fonds propres et la capacité de pouvoir subir une seconde fermeture et donc, de fait, ça se traduit par davantage de faillites.

Cela veut dire que les aides du gouvernement ne suffisent pas ou ne suffisent plus ?

Ça dépend beaucoup des secteurs. Vous avez des secteurs qui peuvent, par exemple, vendre en ligne ou en tout cas essayent d'avoir des substitutions à la vente physique. Ils gardent encore un peu de chiffre d'affaires, à ce moment-là les aides sont très utiles. Mais pour beaucoup de commerces, le fait de ne plus du tout avoir de demandes, malgré toutes les aides, il y a quand même les assurances et le coût des loyers qui dépend aussi de l'appréciation des propriétaires. Toutes ces aides ne suffisent pas pour aider ces petits commerces, donc beaucoup mettent la clé sous la porte et font faillite malheureusement.

Actuellement, la relance par la consommation n'est donc pas suffisante ?

Il faudrait faire cette relance par la consommation, comme on l'a eu après le premier confinement au mois de juin. On a eu vraiment une augmentation de la consommation au-delà de ce qu'on avait prévu, donc c'était vraiment positif. Là, le problème, c'est que le contexte est différent. Beaucoup de consommateurs savent qu'on peut aller vers un troisième confinement ou, même s'il y a un vaccin, qu'il peut encore y avoir des périodes difficiles jusqu'à la fin de la crise.

"Il n'y a pas une sorte d'euphorie comme après le premier confinement, où on avait peut-être l'impression que l'épidémie était derrière nous."

Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste au BIPE

à franceinfo

Là, on sait que c'était une phase et qu'il peut y en avoir d'autres, donc, on est plus précautionneux. De fait, la demande est moins robuste et moins importante et la confiance des ménages est dégradée.

Peut-on dire que les commerces alimentaires s'en sortent par définition mieux que les autres ?

Oui, ces commerces-là s'en sortent mieux que les autres. C'est vrai que l'agroalimentaire dans son ensemble ou les commerces de bouche qui n'ont pas subi les mesures les plus restrictives ont pu quand même garder un semblant de chiffre d'affaires. L'autre aspect, c'est que, notamment pendant le premier confinement, le panier moyen en agroalimentaire a eu tendance à augmenter, puisque vous étiez davantage chez vous, vous faisiez plus de courses. C'est un secteur qui a plutôt profité des confinements. Il reste la problématique de la fermeture des frontières, c'est plutôt l'aspect exportateur qui a été très impacté. On pense aux producteurs de champagne et de spiritueux pour qui c'est vraiment très difficile. Et malheureusement aussi, en cette fin d'année avec les mesures de confinement, noël et les fêtes ne seront pas importantes comme elles le sont normalement. Les chiffres d'affaires de cette période, qui peuvent représenter 30 à 40% du chiffre de l'année, vont être beaucoup plus faibles.

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