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L'affaire des prothèses PIP, c'est quoi ?

Après de multiples rebondissements depuis mars 2010 et la révélation du scandale, FTVi fait le point sur l'affaire des implants mammaires de marque PIP. 

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France Télévisions
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Une prothèse mammaire de la marque Poly Implant Prothese (PIP), accusée d'être inflammatoire voire cancérigène, le 26 décembre 2011 dans une clinique de Nice.   (ERIC GAILLARD / REUTERS)

Vingt cas de cancers sont survenus chez des femmes porteuses de prothèses mammaires PIP. Ils ont été déclarés à l'Agence des produits de santé (Afssaps), qui fait état de ce nouveau bilan vendredi 30 décembre. Pour l'instant, seuls huit cas ont été reconnus par le gouvernement.

Ces douze nouveaux cas s'ajoutent aux plusieurs plaintes de porteuses de prothèses mais aussi de l'Assurance-maladie. Des poursuites à l'encontre de la société PIP mais aussi de chirurgiens sont également en cours. Et l'énigmatique patron d'une société en liquidation judiciaire reste introuvable mais nie être en fuite.

L'affaire des implants mammaires de la marque PIP n'en finit pas de rebondir, avec des développements aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou encore au Venezuela. FTVi fait le point.

Que reproche-t-on à ces prothèses ?

Le scandale est révélé en mars 2010. On constate alors un taux de rupture deux fois plus important sur les implants Poly Implant Prothèse (PIP) que sur ceux des autres marques. Après "des échanges infructueux" avec la société, l'Afssaps, Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, diligente une inspection dans les locaux de la société. 

Elle y découvre l’utilisation d’un gel de silicone différent de celui déclaré lors de la mise sur le marché. Il n'est pas destiné à un usage médical, mais industriel. Les produits sont interdits à la consommation et la société placée en liquidation judiciaire. La substance "irritante" est, elle, soupçonnée d'être cancérigène. 

Mais c'est le décès d'Edwige Ligoneche, âgée de 53 ans, le lundi 21 novembre 2011, qui marque un tournant dans l'affaire. Elle succombe à un lymphome à l’endroit même de son implant mammaire de marque PIP. Sa sœur et son frère n’entendent pas en rester là et racontent, devant les caméras de France 2, les souffrances qu'elle a dû endurer.

Combien de femmes sont touchées ?

Le vendredi 30 décembre 2011, le ministère de la Santé annonce que vingt cas de cancer ont été "signalés" chez des porteuses de prothèses PIP. Parmi eux, quinze cancers du sein (adénocarcinomes), trois cas de lymphome, un cas de leucémie et un cas d’adénocarcinome du poumon. Le précédent bilan s'établissait à huit femmes touchées. 

Selon l'Afsspas, depuis 2001, date de réintroduction des implants en gel de silicone en France, environ 30 000 femmes se seraient vu implanter des prothèses PIP, soit environ 6 % des femmes françaises porteuses d’implants mammaires en silicone (estimé à 500 000 dans l'Hexagone). 80 % d'entre elles ont été opérées pour des raisons esthétiques et non médicales. 

Que préconise le gouvernement ? 

Le 12 décembre 2011, un comité de suivi des porteuses d'implants PIP est mis en place par le ministère de la Santé. Onze jours plus tard, le gouvernement reconnaît le caractère inflammatoire des prothèses et recommande, "à titre préventif et sans caractère d'urgence", leur retrait des prothèses mammaires. 

Le retrait et le remplacement des implants seront intégralement pris en charge par la Sécurité sociale pour les cas de prothèses implantées après un cancer du sein. Dans les cas d'opérations esthétiques, seul le retrait des prothèses sera remboursé. Selon Nora Berra, cette mesure coûtera 50 millions d'euros à l'Assurance-maladie. 

Un numéro vert est mis en place pour les femmes concernées : le 0800 636 636. 

Où en est-on sur le plan judiciaire? 

Plusieurs types de procédures sont en cours. Une information judiciaire contre X a été en outre ouverte jeudi à Marseille pour "homicide involontaire par violation manifestement délibérée d'une obligation particulière de sécurité et de prudence".

Le parquet de Marseille, qui a reçu plus de 2 000 plaintes, avait déjà ouvert une information judiciaire pour "blessures et homicide involontaire". Par ailleurs, la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) compte déposer plainte au pénal "pour tromperie aggravée et escroquerie". Mais aussi au civil afin "que la Sécurité sociale puisse recouvrer les sommes recouvrables et faire valoir ses droits", selon le patron de la Cnam, Frédéric Van Roekeghem.

Enfin, l'avocat de quatre porteuses d'implants PIP a annoncé, mardi 27 décembre 2011, qu'il allait assigner au civil les chirurgiens ayant pratiqué les opérations. Ils auraient manqué à leur devoir d'information, ainsi que la société allemande Tüv, qui certifiait la qualité des prothèses.

Où est le patron de la société PIP ?

Jean-Claude Mas, fondateur de la société PIP, reconnaît avoir utilisé des "gels maison" de silicone non agréés. Mais il maintient, via son avocat, que ces gels sont "non toxiques".

Me Yves Haddad assure à l'AFP que son client se trouve "chez lui, dans le Var", et "n'est pas en fuite du tout". L'homme de 72 ans, qui souffre notamment de "problèmes veineux", vient de se faire opérer et "n'arrive pas à marcher", a confié l'avocat. 

Jean-Claude Mas est par ailleurs sous le coup d'une notification d'Interpol. Il est recherché par le Costa Rica pour une affaire de conduite en état d'ivresse survenue en 2010, et pour laquelle il encourt trois ans de prison

Quels sont les développements de l'affaire à l'étranger ?

Un temps numéro 3 mondial du secteur des prothèses mammaires, l'entreprise PIP exportait près de 84 % de sa production, dont 50 % vers l'Amérique du Sud et 28 % vers l'Europe de l'Ouest. 

Lundi 26 décembre 2011, l'agence du médicament américaine (FDA) rappelle qu'elle avait averti Jean-Claude Mas en 2000, et publie sur son site la lettre alors envoyée au fondateur de Poly Implants Prothèses (PIP).

Au Royaume-Uni, où entre 40 000 et 50 000 femmes seraient porteuses d'implants de cette marque, plus de 250 patientes ont porté plainte contre les cliniques, faute de pouvoir le faire contre PIP. L'Italie et l'Australie conseillent de leur côté aux femmes de consulter leur chirurgien.

Dans la plupart des pays d'Amérique du Sud, les implants ont été retirés du marché et les stocks détruits. Au Venezuela, les centres de santé publics retireront gratuitement les implants mammaires défectueux. 

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