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Le trafic de déchets, nouveau chapitre de la saga Hornec

PORTRAIT | Jean-Claude Hornec, pilier du plus célèbre clan du banditisme parisien, a été mis en examen et écroué jeudi avec un autre homme pour enfouissement illégal de déchets toxiques. Avec cette nouvelle activité, les Hornec rajoutent une corde à un arc qui balaye déjà de nombreux domaines de la délinquance : des braquages aux machines à sous, des "saucissonnages" aux meurtres, du trafic de voitures volées à celui des stupéfiants, du racket etc. Retour sur la légende noire des manouches de Montreuil.
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Il leur suffit d'un seule lettre. Parler des "H" dans le milieu qui va du banditisme aux limiers de la police n'a rien d'un code secret. Chacun y reconnaîtra les Hornec, un des plus célèbres clans de truands de Paris et par extension, de France.

Depuis quelques temps, les "H" semblaient avoir déserté les rubriques faits divers. Mais ceux qui auraient pu les croire rangés après que la Justice a fini par les rattraper au début de la décennie 2010 pourront constater leur erreur à la lumière du trafic de déchets digne de la mafia napolitaine, mise au jour en région parisienne.

La saga des gitans de Montreuil

Cette dernière mine d'or n'est qu'un chapitre de plus à la légende noire de cette famille de gitans sédentarisés de Montreuil, en région parisienne. Depuis le début des années 90, le nom des trois frères, de certains de leurs enfants et cousins ou neveux, se retrouvent dans de nombreuses et très diverses affaires sur l'Ile-de-France, la Picardie, l'Isère, le Pays basque, Perpignan ou la Côte d'Azur. On croise aussi l'avocat Karim Achoui ou le célèbre braqueur Antonio Ferrara, dans l'évasion duquel les Hornec sont soupçonnés d'avoir été mouillés en 2003.

C'est en élèves surdoués d'un ex-parrain du milieu parisien, Claude Genova, dit "le Gros", que débutent les trois frères Hornec : Jean-Claude, l'aîné et "parrain", dit "Eddy Mitchell", Mario, dit "loune" et Marc, le plus médiatique, dit "le Forain".

Entourés d'une bande constituée de leur famille et d'amis d'enfance, ils vont s'affranchir de leur mentor, qui purge une peine de prison. Celui-ci sera abattu en 1994, porte Maillot, alors qu'il bénéficiait d'une permission de sortie de trois jours. Personne ne parviendra jamais à prouver que les Hornec ont commandité l'assassinat.

Limousines, parties de chasse... et braquages en série

Dès lors, les Hornec mènent la grande vie côté face : parties de chasse, pêche au gros, limousines et dépenses somptuaires. Côté pile, ils sont très occupés. La police les voit presque partout derrière les plus gros braquages. Comme celui du 6 avril 1995. Une société de transports de fonds dans l'Essonne est attaquée par un commando de 10 hommes. Butin : 60 millions de francs. Ils n'en sont plus à leur coup d'essai de Bayonne, en 1993, qui leur avait rapporté 13 millions.

L'alliance des "gitans" et des "arabes"

Outre les casses, le symbole des Hornec, ce sont les boîtes de nuit. Particulièrement celles qui jouent du Raï. Cette filière représente l'alliance réussie des Hornec dans le jeu traditionnel des clans du milieu français. Ils unissent les "gitans" aux "arabes" et tiennent en respect "corses" et "marseillais". L'un de ces derniers, Francis Vanverberghe, alias "le Belge", en fera les frais. Monté à Paris, il prospère dans les machines à sous. La filière intéresse les Hornec. "Le  Belge" est tué le 25 septembre 2000, alors qu'il regarde les résultats du tiercé dans un bar du VIIIème arrondissement de Paris. Là non plus, l'implication des frères n'a jamais pu être prouvée.

L'évènement est pourtant à la hauteur de la réputation de "tueurs" des Hornec. Autour d'eux se multiplient les règlements de comptes : "l'Ecureuil" (Farid Sanaa), "le Portugais" (Antonio Lages), n'en sont que quelques exemples.

Arrestation à Eurodisney

En 1997, la police réussi à coincé Marc Hornec, le plus remuant, dans un hôtel d'Eurodisney. Il tombe pour 550 kilos de cannabis retrouvés dans un camion frigorifique. C'est le premier. La Justice mettra une décennie à rattraper les autres frères. Entre temps, le roman noir continue : l'assassinat, à 24 ans, du fils de Mario, successeur pressenti à la tête du clan, les trafics de voitures de luxe, les "saucisonnages", ces casses chez des particuliers ligotés (un couple de l'Isère y laissera des diamants en 2003).

Mais le 15 novembre 2006, Mario et Jean-Claude voient débarquer les policiers. Ils enquêtent sur un trafic de cocaïne colombienne. La famille prétend pourtant ne pas toucher à la drogue. En 2008, c'est à nouveau le tour de Marc et de son fils sous diverses inculpations. Cousins, neveux, autres enfants sont à leur tour appréhendés.

Procès "de famille"

Un premier procès "de famille" a lieu à Amiens : le clan a sévi en Picardie. Marc, Jean-Claude, frères et cousins, compagnes, sont sur le banc des accusés pour association de malfaiteurs. Un second grand procès vise Mario et Jean-Claude en 2009, pour leur affaire de trafic de cocaïne.

Pour le clan Hornec, c'est la fin de la période faste. les condamnations pleuvent : huit ans pour Jean-Claude, dix ans pour Marc, sept ans pour Mario. Autant dire "perpet'" dans le milieu, qui a horreur du vide. Dès lors, les Hornec semblent se faire plus discrets sur les écrans radar... jusqu'à ce jeudi et la mise en examen de Jean6claude Hornec, qui prouve que discrétion ne rime pas forcément avec disparition. Y compris dans le banditisme.

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