"Le permis en milieu rural, ça fait partie de l'intégration" : dans le Pas-de-Calais, des réfugiés confrontés au problème de la mobilité

Emmanuel Macron a évoqué une meilleure répartition des étrangers accueillis sur le territoire, en favorisant les zones rurales qui perdent de la population. C'est parfois déjà le cas, comme dans le Pas-de-Calais, où le bilan est mitigé. 

Article rédigé par
Willy Moreau - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Badiah et Jamal et leur petite fille, dans leur appartement d'Arras (Pas-de-Calais).  (WILLY MOREAU / FRANCEINFO)

Certains maires ruraux n'ont pas attendu le président de la République pour accueillir des réfugiés dans leur village. À Haplincourt (Pas-de-Calais), petit village de 200 habitants au sud d'Arras, la commune a accueilli en 2017 un couple de Syriens, Badiah et Jamal, avec leur petite fille. Dans un premier temps, ils étaient installés sous le toit même de la mairie, juste à côté du bureau du maire. "Il y a une cuisine équipée, un séjour, une petite salle de bain et deux chambres", décrit Michel Flahaut, l'édile. 

>> Immigration : "pourquoi pas" répondent des élus de Creuse à la proposition d'Emmanuel Macron de mieux répartir les étrangers en zone rurale

Cette décision a suscité beaucoup d'émoi dans cette petite commune sans commerce. "On a eu bien sûr des villageois qui n'étaient pas contents, mais en fait ça s'est très bien passé", se souvient Michel Flahaut. "Le jour où ils sont arrivés, c'était le jour où les aînés se rencontraient pour jouer aux cartes, donc quand la petite gamine de trois ans leur a sauté au cou en arrivant, l'accueil s'est fait", raconte le maire en souriant. 

Difficile de rester à la campagne

Malgré ce bon accueil, le couple ne vit aujourd'hui plus à Haplincourt . Le couple et leur petite fille louent un appartement à Arras, à une trentaine de minutes en voiture. Le permis syrien de Jamal n'était pas reconnu en France et la vie à la campagne était devenu intenable pour son épouse Badiah. "Il n'y avait un bus que la matin à 6h et le soir, je n'avais pas de permis, pas de voiture, je devais rester chez moi tout le temps", explique la mère de famille. 

Des transports inexistants à la campagne, alors qu'en ville tout est à portée de mains. Ce qui facilite un grand nombre de démarches au quotidien. 

"C'est plus simple parce que quand on est réfugiés on a toujours besoin d'aller à la préfecture, à la CAF, pour faire beaucoup de papiers."

Badiah, réfugiée syrienne

à franceinfo

La mobilité est un vrai souci en campagne, quand il faut travailler ailleurs, se soigner ailleurs. Michel Flahaut, le maire d'Haplincourt, voit bien les limites de cette proposition du président : "Le permis en milieu rural, ça fait partie de l'intégration. C'est obligatoire. Il faudra que monsieur Macron y pense dans son projet s'il veut ramener des gens dans les villages où il n'y a pas de travail et pas de commerces", met en garde l'élu. 

Michel Flahaut souhaite obtenir des réponses sur ce point. Jamal, lui, a trouvé un poste de menuisier près d'Arras. Il a passé son permis français entre temps, mais sa famille va rester en ville, où ils se sont créés une nouvelle vie. Pas question de retourner à Haplincourt. 

L'accueil de réfugiés dans une commune rurale du Pas-de-Calais - Le reportage de Willy Moreau
écouter

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Immigration

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.