Féminicides : "Il existe des marges de progression très importantes" dans les commissariats, reconnaît le Syndicat des Commissaires de la Police Nationale

 "Mais cela exige des moyens", souligne son secrétaire général, David Le Bars.

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David Le Bars (FRANCEINFO)

"Il n'est pas acceptable que des femmes qui sont déjà allées dans des services de police ou de gendarmerie ne voient pas leurs plaintes traitées et leur cas réglé", a admis David Le Bars, le secrétaire général du SCPN, le Syndicat des Commissaires de la Police Nationale, lundi 2 août sur franceinfo en réaction aux annonces de mesures par Gérald Darmanin. Le commissaire reconnaît qu'il "existe des marges de progression très importantes" dans la lutte contre les féminicides mais "que cela exige des moyens". Dans une interview au journal Le Parisien [article payant], le ministre de l'Intérieur a notamment annoncé le traitement prioritaire des plaintes pour violences conjugales et l'augmentation du nombre d'officiers spécialisés. Concernant ce point, David Le Bars s'est dit "sceptique" compte tenu de la difficulté à trouver des volontaires pour exercer ces missions au sein des commissariats.

franceinfo : Deux tiers des femmes victimes de féminicides avaient fait des signalements aux forces de l'ordre. Qu'est-ce que vous inspire ce chiffre ?

David Le Bars : C'est la démonstration qu'il existe des marges de progression très importantes pour que ce chiffre se réduise. Il n'est pas acceptable que des femmes qui sont déjà allées dans des services de police ou de gendarmerie ne voient pas leurs plaintes traitées et leurs cas réglés. Après, c'est beaucoup plus compliqué que cela. Le traitement d'une procédure judiciaire sur violences conjugales, si cela doit être une priorité, il faut aussi comprendre que cela exige des moyens. Une femme doit être relogée et puis surtout il faut que la justice puisse suivre parce que derrière chaque affaire judiciaire c'est un procureur de la République qui donne des instructions.

Gérald Darmanin annonce le recrutement de 22 000 officiers de police judiciaire pour traiter ces plaintes, est ce que cela va suffire ?

Il s'agit d'augmenter le nombre d'officiers de police judiciaire à 22 000, puisqu'on en a 18 000 actuellement.

"Là-dessus on peut être assez sceptique puisque c'est une filière qui fait l'objet d'un rejet en interne parce que l'investigation est de plus en plus compliquée avec les charges procédurales."

David Le Bars, le secrétaire général du SCPN

à franceinfo

Donc il faut trouver des volontaires et ensuite il faut aussi regarder la cartographie des officiers de police judiciaire en France et ça nécessitera sans doute de la répartition. Il y a des endroits où il y en a peut-être un peu trop et il y en a d'autres où il n'y en a pas assez. Ce sont donc des sujets ambitieux au sein même du ministère de l'Intérieur.

Le ministre de l'Intérieur veut en finir avec les mains courantes. Il faut que 100 % des constatations se transforment en plaintes ou en signalement, selon lui. Est-ce que cela va dans le bon sens ?

Sur l'intention oui, mais une victime quand elle ne veut pas déposer plainte par peur de la réaction du conjoint, on ne pourra pas la forcer à déposer une plainte. En revanche, ce qu'il faut retenir, c'est que le parquet peut poursuivre. Sur une simple main courante il va falloir qu'on mette en place une information partagée avec les parquets sur toute la France pour que la justice soit aussi informée des mains courantes et c'est là où les moyens de la justice doivent être renforcés également.

Est-ce qu'il faut plus de formation des policiers ?

C'est une évidence mais cette matière-là qui est une matière prioritaire est également une matière qu'on a laissé être traitée par des policiers et des gendarmes qui sont en début de carrière et qui ne sont pas des spécialistes, donc bien évidemment qu'il faut leur donner des moyens, les spécialiser. Il faut aussi se rappeler que dans ces commissariats, certains locaux sont totalement désuets. On traite cette matière extrêmement difficile dans une masse d'affaires judiciaires dans laquelle des femmes victimes se retrouvent à venir déposer plainte. Cela pose la question de la confidentialité, de la qualité des locaux et de la pertinence des effectifs qu'on dédie à ce genre de fonctions.

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