INFO FRANCEINFO. La réforme des lycées ne change rien dans les choix d'orientation et la domination des matières scientifiques, selon une étude du SNES-FSU

Les "hiérarchies de prestige" entre formations sont toujours à l’œuvre dans les choix des spécialités, selon le syndicat, malgré la prochaine mise en place de la réforme Blanquer. 

Des lycéens dans leur établissement, à Paris (illustration).
Des lycéens dans leur établissement, à Paris (illustration). (THOMAS PADILLA / MAXPPP)

La réforme du lycée, qui entrera en vigueur à la rentrée 2019, va-t-elle corriger les défauts du système actuel, et notamment la prédominance de la série scientifique ? Non, selon le SNES-FSU qui révèle une étude jeudi 18 avril, que franceinfo a pu consulter en exclusivité. Selon le syndicat, "la suppression des séries au profit d'un ‘libre choix’ de ‘spécialités’ n'a absolument pas remis en cause la domination quantitative de la série S dans le lycée"

Le SNES-FSU a réalisé "une première enquête quantitative concernant l’effet de la réforme Blanquer sur les choix d’orientation des élèves actuellement en seconde". Pour réaliser cette enquête, le syndicat s’est appuyé sur les trois premiers vœux réalisés par les élèves de seconde, sur un échantillon de 3 998 élèves répartis dans 18 lycées de France. Ces lycées ont été sélectionnés selon des critères représentatifs, affirme le syndicat.

L'ancienne série S toujours plébiscitée

Premier constat formulé par le SNES-FSU : les "hiérarchies de prestige" entre formations sont toujours à l’œuvre. Les élèves reconstituent les anciennes filières et choisissent prioritairement les matières qui correspondent à l’ancienne série S. "Les trois spécialités les plus souvent demandées par les élèves sont justement les trois disciplines centrales de la série S. Elles sont suivies par deux disciplines qui sont au centre de la série ES, elles-mêmes suivies par deux disciplines typiques de la série L", précise le document.

Ainsi, 65,7% des élèves de 2nde demandent la spécialité "mathématiques" pour l'année de 1ère, seuls 42,6% optent pour la spécialité SES (Sciences economiques et sociales). Tandis que, 33,3% choisissent la LLCE (Langue, littérature et civilisation etrangères) et 20,6% s'engagent en HLP (Humanités, littératures et philosophie). "On retrouve donc exactement la hiérarchie quantitative entre les séries S, ES et L", conclue l’étude.

Les filles restent littéraires, les garçons scientifiques

Autre enseignement majeur de l’enquête : cette réforme ne remet pas en cause "les inégalités sociales de parcours scolaires". D’une part, l’enquête montre que ce "libre choix de spécialité" n’a aucun effet sur les inégalités de genre : traditionnellement, les garçons sont sur-représentés dans la filière S et sous-représentés dans les filières L et ES. L’analyse des données recueillies par le SNES montre qu’il n’y a pas d’évolution.

La structure des choix de spécialités est clairement marquée par le genre. Des disciplines attirent massivement les garçons, de manière très déséquilibrée comme les mathématiques. Les filles s'orientent nettement plus que les garçons vers les sciences économiques et sociales. On aura reconnu les séries S et ES.SNES-FSU

D’autre part, les inégalités de niveau sont également maintenues. "D'un côté, les disciplines ‘prestigieuses’, celles qui sont beaucoup plus souvent demandées par les meilleurs élèves : il s'agit des trois disciplines scientifiques qui renvoient directement à la série S. De l'autre côté, les disciplines sans doute vues comme moins prestigieuses sont nettement plus demandées par les élèves les plus faibles", analyse le syndicat.

Une tendance contestée par l'Éducation nationale 

Pour le SNES, la réforme Blanquer ne "modifie donc pas les déséquilibres dans les choix d'orientation entre parcours". Un constat qui n’est pas du tout partagé du côté de l’Education nationale. "Ce n’est pas du tout la tendance que l’on observe", affirme Jean-Marc Huart, le Directeur général de l'Enseignement scolaire.

Selon lui, "ce qu’on nous dit, c’est que les élèves utilisent véritablement la liberté qui leur est donnée de choisir parmi l’ensemble des onze ou douze spécialités, affirme Jean-Marc Huart. C’est la première année où les élèves s’interrogent sur ce que seront les matières l’année prochaine. Ils regardent les programmes des différentes matières pour faire un choix éclairé et c’est ressenti de manière extrêmement positive", conclut-il.